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Le Caudillo dans un distributeur de coca n’est pas mort !

samedi, 18 février, 2012 - 13:38

L'œuvre du sculpteur Eugenio Merino, représentant Francisco Franco engoncé dans un distributeur de Coca-Cola, sacrilège ou devoir de mémoire? Une vive polémique qui donne raison à l'artiste: l'ombre de Caudillo plane toujours sur l'Espagne.

Se faire prendre en photo aux côtés de Franco, trente six ans après sa mort, c’est très tendance à la Feria d’art contemporain de Madrid, l'ARCO. En ce vendredi de février 2012, ils sont nombreux à poser avec le vieux dictateur mort en 1975… 

Il est très réaliste, même s’il est drôle avec sa tête plus grosse que le corps"

constate Nacho, lycéen de 17 ans venu admirer la sculpture avec deux camarades.

C’est la seule œuvre dont on ait entendu parler avant de venir"

explique l’une d’elles, Andrea.

Plus vrai que nature

La sculpture "Always Franco" d'Eugenio Merino, a fait parler d’elle depuis l’inauguration de l'Arco il y a une semaine. Le général Franco fait de résine, de silicone et de cheveux humains est plus vrai que nature. Il est enfermé dans un distributeur automatique de canettes de coca.

La provocation laisse faussement indifférente une bonne partie des visiteurs, qui se bousculent pour la voir. Dans la foule, Miguel, la quarantaine:

Cela ne me fait ni chaud ni froid. Mais je pense que ça peut mettre mal à l’aise des personnes plus âgées"

L’œuvre n’est effectivement pas du goût de tout le monde. "Moi je trouve que ce n’est pas correct. Il faut respecter les morts", déclare Paku, la cinquantaine, qui ne se dit ni de droite ni de gauche.

Plus radicale (il fallait s’y attendre), la Fondation Francisco Franco a annoncé qu’elle déposerait une plainte contre l’auteur pour offense à la personne de Franco. Mais pour le vice-président de la Fondation Jaime Alonso, l’attaque va plus loin :

Quelle serait votre réaction si on offensait votre famille ou une personne que vous considérez comme le protecteur de vos valeurs et principes".

Réminiscences du franquisme

Pour Eugenio Merino, la réaction de la Fondation Franco prouve la pertinence du message qu’il a voulu délivrer à travers sa sculpture : l’esprit de Franco est toujours vivant en Espagne.

Cette polémique soulevée par l’artiste est un élément de plus de la controverse qui alimente la presse espagnole ces derniers temps: le procès du juge Garzón pour avoir instruit les crimes du franquisme ou les débats interminables sur l’opportunité ou pas de déplacer la dépouille du Caudillo du Valle de los Caídos, ont ainsi généré un débat tendu en Espagne ces derniers mois.

Et la moitié de la classe politique s’est précipitée pour rendre hommage à Manuel Fraga, qui a été ministre sous Franco, quand il est mort il y a quelques semaines"

rappelle Joaquin. Il trouve pour sa part,  la sculpture "superbe".

Je ne pense pas que l’Espagne soit vraiment divisée, mais c’est vrai qu’il existe des groupuscules encore actifs nostalgiques de Franco, comme les phalangistes. Et on trouve aussi des réminiscences du franquisme dans la magistrature, comme on l’a vu dans l’affaire Garzón, et dans l’Eglise, surtout. Il s’agit de personnes âgées, d’anciens partisans du régime franquiste",

nuance Miguel.

"On l'aime ou on le hait"

Si, pour certains, Eugenio Merino a vu juste dans son analyse de la société espagnole, chez d’autres, le scepticisme l’emporte sur tout autre sentiment : "C’est un gros coup de marketing" affirme Dulce, la trentaine.

Eugenio Merino avait déjà présenté un travail de ce genre lors de la dernière édition de l'ARCO, rappelle Xabier, venu du Pays Basque spécialement pour visiter la feria. L'artiste avait alors déjà déclenché une intense polémique et notamment le mécontentement de l’ambassade d’Israël en Espagne : son œuvre intitulée Stairway to Heaven, représentait un rabbin dressé sur les épaules d’un curé agenouillé sur le dos d’un imam en position de prière.

"Ce genre de proposition est un moyen facile pour attirer l’attention. Et en Espagne, le meilleur personnage qu’Eugenio Merino pouvait choisir, c’est évidemment Franco. Il pousse aux extrêmes : soit on l’aime soit on le hait", conclut Xabier.

Quant à la qualité artistique de l'œuvre, personne n'en parle vraiment.




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