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Carnaval et mardi gras: enivrons-nous, demain c'est carême !

Carnaval de Cologne / LEHR/SIPA

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20.02.2012 | 21:26

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Les pays germaniques et latins ont la fièvre. Une fièvre de fin d’hiver et de carnaval. C'est Mardi Gras, le "jour des fous". Enquête sur cette fête catholique aux rites bien païens, placée sous le signe du 11, chiffre de la déraison. 

Le célèbre cri "Alaaf" résonne dans les rues, sur les places, aux balcons, aux terrasses… partout dans la région de Cologne en Allemagne, mais aussi à Maastricht aux Pays-Bas ou encore à Eupen et Malmedy, dans les cantons germanophones de Belgique.

"Alaaf", c’est le cri des participants au carnaval. C’est un vieux mot du dialecte de Cologne qui signifie "11".
Car toute la période du carnaval est placée sous le "närrische Zahl" ou "gekkengetal", en néerlandais, le nombre des fous: 11, c’est 12 – 1. Et 12, dans la symbolique chrétienne est celui de la perfection : les 12 apôtres, les 12 signes du zodiaque,… les 12 étoiles du drapeau européen (rappelant "les 12 étoiles qui entourent la couronne de la Vierge Marie", hommage du très catholique père de l’Europe, Jean Monnet) …

11 est donc le chiffre de la déraison. Et c’est aussi pourquoi les festivités du carnaval rhénan commencent en réalité le 11 novembre à 11 h 11 !

A Maastricht, on prépare pour Mardi Gras, l’élection du Prince du Carnaval et une première parade part du Vrijhof, le vieux quartier. A Cologne, à Eupen et Malmedy, les participants se déguisent déjà et rivalisent d’humour lors des Kappensitzung, les "soirées en chapeaux", sorte de soirées-cabarets.

Les comités organisateurs s’appellent "elferrat", le conseil des onze et sont composés de 11 membres. Toute cette tradition s’apparente au "jour des fous", un jour où tout est renversé, où ce sont les fous qui commandent et les souverains qui obéissent, un jour où tout marche cul-par-dessus-tête !

Tradition pré-chrétienne

Carnaval, de l’italien carnevale viendrait du latin carnem levare, ôter, abandonner la viande. Car il est célébré le Mardi Gras, le dernier jour où on peut manger et boire tout son soûl avant les 40 jours maigres du carême. En France, le carnaval ou ses participants se sont longtemps appelés "carême-prenant".

Selon le calendrier religieux, la période du carnaval commence le 6 décembre avec l’Epiphanie, qui marque la fin des fêtes de Noël et se termine le mercredi des cendres.

D’autres carnavals se célèbrent à la mi-carême : ce sont les "laetare", comme à Stavelot, avec ses "Blancs-Moussis", personnages habillés tout en blanc et au long nez rouge qui rappelle la carotte des bonshommes de neige…

Mais la tradition chrétienne s’est-elle-même greffée sur des traditions plus anciennes: des rites païens, liés aux sociétés agricoles, qui marquent le passage de l’hiver au printemps. Nombreux sont d’ailleurs les carnavals qui se terminent par un bûcher.

Des rites immuables et multiséculaires

Si le carnaval est une folie, c’est une folie très codifiée avec ses rites précis et immuables, son vocabulaire riche et coloré, ses fonctions honorifiques établies selon une hiérarchie parfois pluriséculaire : en Belgique, Malmedy célèbre cette année son 554e carnaval...

Dans la tradition rhénane, la semaine de carnaval proprement dite commence le "jeudi gras", qui est aussi le "jour des femmes", le Weiberfastnacht, appelé aussi unsinniger Donnerstag, le "jeudi fou". Un rappel du peu de considération dont jouissait la raison des femmes dans les sociétés agricoles d’autrefois… Pendant cette journée, les femmes découpent les cravates des hommes qui ne leur offrent pas d'oboles : symbole de contestation du pouvoir masculin. Preuve que cette folie féminine est toute relative.

  • Le vendredi est le Rußfreitag , le vendredi de la suie, le jour le plus calme, où ce sont souvent les familles qui paradent déguisées.
  • Le samedi est le Nelkensamstag, "jour des oeillets" ou Schmalzsamstag, le "jour de la graisse". C’est souvent, comme à Maastricht, le jour où le "Prince du Carnaval" est hissé sur un char et promené à travers la ville. A Cologne, ce sont les fantômes, les Jeister en dialecte local ou Geister en allemand, qui défilent, portant des costumes aux couleurs des 4 saisons.
  • Le dimanche est le Herrenfastnacht, Priesterfastnacht, Pfaffenfastnacht, "le carnaval des maîtres ou des curés" ou encore le Tulpensonntag, "le dimanche des tulipes", où l’on savoure les beignets confectionnés la veille.
  • Le "lundi des roses", le Rozenmontag, est le jour le plus important des carnavals rhénans : à Cologne, il attire souvent entre 1 et 2 millions de personnes qui admirent les 10.000 participants du cortège.
  • Le Mardi Gras, le dernier jour, est celui où l’on brûle "Monsieur Carnaval", appelé le Nubbel à Cologne. A Malmedy c’est la Haguète qui finit sur le bûcher: un personnage qui "happait les chairs" des participants avec un instrument bizarre pendant le défilé de la veille.

C’est aussi le jour des pleurs : les participants, surtout les anciens, comptent déjà les jours avant le prochain 11 novembre : encore 264 nuits...

Plus au sud de l'Europe, les carnavals du Mardi Gras sont multiples. 

Les Portugais fêtent Mardi Gras malgré leur premier ministre

é Carnaval, ninguém leva a mal, "C’est Carnaval, personne ne le prend mal". Le dicton populaire portugais se décline à toutes les sauces en 2012. La fête est en principe concentrée entre le dimanche gras et le mardi gras, mais elle a parfois des extensions, le samedi précédent, voire même le vendredi avec le défilé des écoles. Ensuite c’est mini vacances pour tout le monde. Le mardi gras de Carnaval n’est pas un jour férié officiel, mais accordé par les autorités, et par les entreprises. En raison de la crise, le premier ministre, Pedro Passos Coelho, a prévenu trois semaines seulement avant la venue du roi Carnaval qu’il n’y aurait pas de tolérance de pont.

Trop tard ont répondu les Portugais qui travaillent souvent une année entière pour organiser les festivités, et aiment se livrer aux railleries populaires.

Depuis une vingtaine d’années, le Carnaval portugais a perdu de son identité : il emprunte beaucoup aux écoles de samba brésiliennes, avec ce qu’il faut de chars allégoriques, de jeunes danseuses peu vêtues, de plumes et de paillettes. Sans toutefois avoir le panache du grand frère brésilien. Peu importe! On aime se déguiser, on aime se moquer et provoquer.

Dans le nord du Portugal, les carnavals traditionnels perdurent : des hommes masqués, ou même entièrement dissimulés sous des costumes multicolores parcourent les rues des villages pour surprendre les habitants, précédés des sonnailles. Ces carnavaliers semblent tout droit sortis de l’époque médiévale. Les historiens et ethnologues affirment que cette manière de faire fuir l’hiver et de préparer le printemps est bien plus ancienne encore.

Des siècles de religion catholique n’ont pas réussi à les faire disparaitre. Leur survivance jusqu’à nos jours est étonnante à des années lumières de la pâle imitation du "sambadrome" de Rio de Janeiro réalisé dans des villes moyennes qui cherchent à attirer les touristes. Mais c’est carnaval, alors personne ne le prendra mal !

En Italie: Sarko en papier maché 

La crise, le chômage, le fisc, les hommes politiques. Ce sont ces thèmes qui ont été choisis cette année par les organisateurs du Carnaval de Viareggio. Le défilé a été ouvert dimanche dernier avec un char allégorique illustrant Equitalia, l’agence des impots représentée sous les traits du comte Dracula. On a aussi vu passer un Nicolas Sarkozy version géant en papier maché, habillé en Napoléon à cheval à la recherche de sa gloire perdue.

Le candidat à la présidence était accompagné de Mario Monti et d’Angela Merkel chevauchant des canons en sous-vêtements. Derrière eux, le tout puissant patron de la Banque Centrale européenne, Mario Draghi. Sans oublier Silvio Berlusconi accompagné de jeunes filles en fleur et de représentants de la Justice pour illustrer les quatre procès en cours du Cavaliere.





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