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Des thérapies pour "guérir" du "virus" de l'homosexualité

Les thérapies de groupe censées permettre aux gays de changer d'orientation sexuelle sont courantes en Ukraine / Ong Diana/SUPERSTOCK/SIPA

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20.02.2012 | 17:58

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A chaque maux, son remède. En Ukraine, pays encore fortement conservateur et patriarcal, l'homosexualité est souvent considérée comme une anomalie de la nature, une perversion occidentale, voire comme une maladie. Des associations et médecins proposent assistance et "thérapies" pour y remédier. Reportage.
 

Dans un café du centre de Kiev, Igor Medvid, représentant de Health Protection LGBT, une association de défense des droits des homosexuels et transsexuels atteints du Sida, décrit le travail de son organisation et la faible prise en charge des malades du Sida en Ukraine. Très vite, la conversation dérive sur les discriminations quotidiennes dont les homosexuels peuvent être l'objet, et les clivages mentaux qui persistent dans le pays.

Lui-même, ouvertement gay, s'est trouvé confronté de nombreuses fois à une intolérance insurmontable.

Au cours d'examens médicaux à la suite d'un problème vasculaire, j'ai parlé ouvertement de ma situation et j'ai dit que je préférais les hommes. Et là, le médecin m'a fortement conseillé d'aller me faire soigner, m'a dit que l'homosexualité était une maladie. Il y a encore un stéréotype très fort qui persiste parmi le personnel médical, mais aussi au sein de la police. On nous considère, au mieux, comme des 'gens bizarres'.

"Homo-négativisme"

En Ukraine, l'homosexualité est de longue date perçue par la majorité de la population comme un comportement déviant, voire une maladie. Sur les pages "diagnostics" du portail médical Medicina, elle est d'ailleurs classée comme un "dysfonctionnement sexuel".

Igor Medvid pointe aussi du doigt l'association "Amour Contre Homosexualité", groupement chrétien qui promeut les unions hétérosexuelles et les valeurs familiales comme fondements d'une société harmonieuse. Ses membres prennent en charge des dizaines d'homosexuels désireux de guérir.

Porte-parole de "Amour contre Homosexualité", Yuri Shpirniy rappelle que l'acceptation du phénomène est une tendance récente importée d'Occident, et qui va, d'une part contre les écrits de la Bible, et, d'autre part, contre le développement équilibré d'une société. Il ne se considère pas "homophobe", mais préfère le qualificatif "d'homo-négativiste".

Pour lui, seule une faible proportion d'individus souffrent naturellement d'un dysfonctionnement hormonal ou génétique qui les condamne à l'homosexualité. Mais celle-ci, en tant qu'orientation sexuelle, n'existe pas. La véritable cause de l'homosexualité et de sa propagation actuelle résiderait dans les troubles sociaux et spirituels de l'époque, ainsi que d'un effet d'imitation des pratiques occidentales.

"L'homosexualité peut se guérir"

Nombre d'homosexuels qui s'adressent à l'association sont redirigés vers la psychologue Ludmila Gridkovets, qui anime des séances de thérapies de groupe dans une église gréco-catholique de Kiev. Elle traite de problèmes conjugaux, de maternité ou encore de mal-êtres d'adolescents selon la méthode dite des "constellations familiales" de Hellinger.

A travers des jeux de rôles, celle-ci consiste à provoquer chez un individu des réactions intenses et dramatiques, qui lui font admettre l'évidence de comportements sexuels conventionnels et d'un modèle familial patriarcal. Une thérapie souvent critiquée pour son manque de validation scientifique et le modèle traditionnel qu'elle promeut comme unique alternative.

Forte de son expérience dans la résolution des problèmes conjugaux entre mari et femme, Ludmila Gridkovets est catégorique: il ne peut y avoir d'harmonie dans une relation entre individus du même sexe, dans la mesure où leurs natures s'opposent plutôt qu'elles ne se complètent.

Pour bien se développer, tout système biologique doit être reproductif, il doit auto-générer ses semblables. Les homosexuels sont les derniers représentants de l'évolution de l'espèce humaine, car ils ne peuvent se reproduire. Pour survivre, ils ont recourt à un système perverti. Mais vous savez, l'homosexualité peut être guérie.

Et elle affirme rencontrer un franc succès dans ses thérapies. Début février, pas moins de 48 hommes auraient rejeté leur homosexualité grâce à son traitement.

Interdire les sucreries ?

Le sexologue Georgi Ivanovitch a un avis plus partagé. Pour lui, l'homosexualité est avant tout un comportement sexuel. Le considérer comme une maladie et prétendre le guérir, ça n'a pas de sens.

C'est une absurdité sans nom ! Comment peut-on apprendre à un oiseau à voler, à un poisson à nager ? C'est une vision grotesque de ce qu'est un 'traitement' dans certains cercles médicaux. Par exemple, si une personne aime les sucreries, va t-on lui interdire d'en manger ? Et comment ? En interdisant les sucreries ? C’est juste impossible !

Mais le sexologue tient, lui aussi, à mettre en évidence la différence entre des homosexualités "naturelles" et "sociales". C'est contre cette dernière, qui serait le résultat de l'occidentalisation des mœurs et de la publicité, qu'il exprime une crainte de propagation à outrance.

Selon lui, les progrès de l'homosexualité dite "sociale" et du mouvement en faveur des droits civiques pour les LGBT [Lesbiennes, gays, bisesuels et transgenres] enclencherait un processus dangereux pour l'équilibre social de l'Ukraine. Comme il l'explique,

cela ouvrirait la porte à toutes sortes de revendications. Si l'on accorde des droits aux homosexuels, alors pourquoi pas aux nécrophiles ou zoophiles ? Ce sont aussi des orientations sexuelles comme les autres !

Endiguer la propagande

En Ukraine et dans d'autres pays de l'ex-URSS, cette division entre homosexualités "naturelle" et "sociale" est aujourd'hui utilisée pour tenter d'endiguer le phénomène, voir d'en nier la réalité. En Russie et en Lituanie, des lois adoptées récemment interdisent toute mention de l'homosexualité dans un espace public et a fortiori, médiatique. La Verkhovna Rada (Parlement ukrainien) étudie, depuis l'été 2011, un projet similaire.

Yuri Shpirniy confirme le renforcement d'une tendance à lutter contre la diffusion d'un discours pro-LGBT. Son association et ses partenaires organisent de nombreux colloques et manifestations à travers le pays.

Je constate que la société soutient sincèrement notre action. On le voit quand on demande des autorisations de manifester aux autorités locales. Nos activités suscitent toujours intérêt et sympathie de la part de l’administration et la police. Et cela se retrouve chez de nombreux représentants de l'élite libérale, qui auparavant se montraient plutôt sceptiques vis à vis de notre mouvement.

Dans le bar du centre de Kiev, Igor Medvid finit de siroter un thé vert de manière pensive. Il se prépare à porter devant un tribunal une affaire de discrimination homophobe dont il a été victime. Malgré sa détermination à lutter pour faire respecter ses droits, il confesse être dépassé par la situation en Ukraine.

La sexualité tel que je le comprends, ce n'est pas une maladie génétique. L'orientation sexuelle n'est pas une maladie. Je ne comprends même pas que l'on puisse se poser cette question.

Désabusé, Igor demande seulement à vivre comme il l'entend, sans être considéré comme un éternel déviant dans son pays.





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