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Visite au cœur de la Stasi

IPON-BONESS/SIPA

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21.02.2012 | 13:26

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A Berlin, l’ancien siège de la police politique du régime communiste vient de rouvrir ses portes au public. Au milieu des meubles en formica et des récits des ex-prisonniers, visite guidée dans un sinistre appareil d’État. Reportage et témoignages d'anciens détenus politiques.

Des meubles en formica, de grands tapis, une télévision et une radio datant des années 1960… Non il ne s’agit pas d’un marché aux puces pour amateurs de vintage, mais du musée de la Stasi à Berlin. Un décor bien doux pour une police politique qui donnait des sueurs froides à de nombreux habitants de la République Démocratique d’Allemagne.

"Protéger la classe ouvrière"

Le musée a rouvert ses portes en début d’année, après un an et demi de travaux. Il est situé dans les énormes bâtiments de l’ancien QG, qui s’étendent sur vingt hectares dans le quartier de Lichtenberg à l'est de Berlin. L’architecture est massive, presque oppressante. A l’intérieur, le visiteur découvre les rouages de cette énorme machine, destinée à assurer la sécurité de l’Etat communiste, et à "protéger la classe ouvrière".


©Stasimuseum Berlin 2010

 

A la chute du Mur, plus de 91.000 personnes travaillaient pour cet organe étatique. Sans compter les quelques 189.000 travailleurs non officiels: des "mouchards" qui livraient des informations sur leurs voisins ou leurs collègues. Au fil des ans, la Stasi a réuni quelque 180 kilomètres de dossiers sur plus de 6 millions de ses habitants. Rapports, photographies, films… Tous ceux qui étaient susceptibles de nuire au régime pouvaient être surveillés.

La panoplie du parfait espion

Deux pièces de l’exposition sont consacrées aux gadgets des espions professionnels: des méthodes dignes d’un parfait James Bond. Micros cachés dans un crayon ou dans une montre, mini caméras, appareil photo dans un arrosoir, etc. Petit détail amusant: pour surveiller les opposants au communisme, on utilisait du matériel produit par l’ennemi.

Ils achetaient beaucoup d’appareil photos en France notamment. La Stasi était un gros importateur !",

explique Steffen Leide, le guide du musée.

Par contre, interdiction pour les employés d’écouter une radio de l’Ouest ! Au deuxième étage, les bureaux d’Erich Mielke, le patron des lieux de 1957 à 1989, sont restés figés dans le passé. On a laissé les téléphones, la statue de Lénine dans un coin et celle de Marx à l’entrée… On y trouve même une note destinée à sa secrétaire. Dessus, les instructions précises pour préparer le petit déjeuner du patron. Même l’emplacement de l’œuf sur la table est indiqué.


©Stasimuseum Berlin 2010

 

Si ces petits détails peuvent faire sourire, ils n’en font pas pour autant oublier l’horreur de la Stasi. Au moindre signe de "comportement hostile", on risquait de se faire enfermer dans ses geôles. Un simple style un peu marginal pouvait nourrir les soupçons. On découvre ainsi des manuels destinés à instruire les employés de la Stasi, décrivant les personnes "susceptibles de devenir des ennemis du régime". Les jeunes hippies et les punks par exemple, n’avaient pas les faveurs du gouvernement.

Dans les années 1980, tous les membres d’un groupe musique punk ont été arrêtés parce que les textes de leurs chansons étaient critiques vis-à-vis du gouvernement. Ils ont tous fait au moins un an de prison",

raconte le guide.

Des cachots qui en ont brisé plus d’un

Certaines prisons sont aujourd’hui ouvertes ou public, comme celle de Bautzen, réservée aux condamnés politiques. Une fois par an, d’anciens détenus font visiter les lieux. Leurs récits sont édifiants. Si la torture physique n’était pas de mise, les persécutions morales étaient monnaie courante. Hartmut Richter y a passé presque six ans pour avoir aidé des gens à fuir la RDA:

Je ne pouvais pas recevoir de courrier de ma famille. Ma sœur avait été arrêtée en même temps que moi et je n’avais aucun moyen de savoir ce qu’elle était devenue".

Même chose pour une de ses codétenues de l’époque: "J’avais une petite fille, et je ne pouvais pas avoir de ses nouvelles. Les gardiens ne cessaient de me répéter que de toute façon, je ne méritais même pas d’être mère". Elle aussi avait fait passer des gens à l’Ouest. Aujourd’hui, cette femme ne supporte plus d’être enfermée :

J’ai du enlever toutes les portes chez moi, sauf celle de l’entrée. Cela m’angoissait trop".

Un passé difficile donc, mais qu’il ne faut pas oublier. En 1989, après la chute du Mur, les habitants de Berlin Est occupent le quartier général de la Stasi. Ils veulent empêcher Mielke et ses acolytes de détruire les fichiers. "Nos dossiers nous appartiennent", peut-on lire sur les banderoles de l’époque. "Les occupants ont très vite décidé d’en faire un mémorial pour les victimes de la Stasi", explique Leide, le guide du musée. "Dès l’été 1990, une association a été créée pour conserver les lieux et a commencé à organiser des visites".

Une "destasification" inachevée

Pour ce qui est des dossiers, ils sont gérés par une autorité fédérale créée en 1991. Et tous ceux qui ont un jour été sous surveillance peuvent venir les consulter. Près de 100.000 personnes viennent chaque année. Et ce qu’ils y trouvent est parfois surprenant.

J’ai vu des images de mon appartement de l’époque, raconte un ancien opposant au régime de RDA. Ils avaient tout photographié : les journaux que je lisais, mes disques, des lettres personnelles… J’ai également appris que le logement au-dessus du mien était occupé par des espions !"

Cependant l’Allemagne est bien loin d’avoir achevé sa "destasification". La loi de 1991 prévoit notamment la possibilité d’exclure de la fonction publique tout ancien collaborateur de la Stasi, mais les modalités d’application diffèrent d’un Land à l’autre. Et des scandales éclatent régulièrement. Quatre députés du parti d’extrême-gauche die Linke, anciens membres de la Stasi, ont ainsi été élus au Parlement du Brandebourg en 2009, et siègent désormais au gouvernement régional.

Par ailleurs, bien peu de cadres du régime ont eu à répondre de leurs actes après la réunification. Si 30.000 procédures ont été engagées, seules 19 ont abouti à des peines de prison. A l’époque, il était plus important d’assurer l’unité de la nation que de poursuivre les acteurs de la dictature. Au musée de la Stasi, les victimes peuvent toujours faire entendre leur voix.





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