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Adoption: espoir déçu pour les couples gays portugais

vendredi, 24 février, 2012 - 11:47

Le Portugal est l’un des dix pays dans le monde à avoir légalisé le mariage homosexuel. Aujourd'hui, les députés portugais pouvaient aller encore plus loin en permettant aux couples gay d'adopter des enfants. C'est raté.

Ils sont 600. Six cents couples du même sexe à avoir dit "oui" devant un représentant de l’Etat depuis juin 2010. Des mariages célébrés en toute légalité et dans une quasi indifférence de la société qui a accepté sans trop sourciller la légalisation du mariage gay. Approuvée, il y a deux ans par une majorité de gauche à l'Assemblée nationale, la loi n’avait cependant pas autorisé l’adoption par les couples homosexuels.

Le PS portugais a fait bouger les lignes

A l’époque, le Parti Socialiste avait délibérément mis un frein à son ardeur à légaliser le mariage homosexuel. Une sorte d’autocensure pour éviter un blocage interne, le PS portugais comptant en son sein de nombreux catholiques qui n’avaient pas hésité à agiter le spectre de l’abstention si on allait jusqu’à proposer l’adoption. La prudence avait alors prévalue.

Le chef du gouvernement de l’époque, le socialiste José Socrates, avait fait du mariage homo l’un de ses chevaux de bataille, après avoir fait adopter la légalisation de l’avortement en 2007 après un référendum sur la question.
Le premier ministre avait néanmoins attendu son second mandat pour tenir parole sur le mariage homosexuel. Réélu, mais sans majorité absolue, Socrates avait alors imposé sa loi autorisant le mariage gay.

Les Portugais plutôt favorables

Restait la question de l’adoption. Elle est porteuse de fracture, plus que la question du mariage homosexuel, qui fait passer la question de la sphère privée (un acte consenti entre deux adultes) à la sphère publique ou sociétale: l’éducation des enfants.

Le Portugal contemporain, qui en quelques années est passé du monde rural au monde urbain, a beau se montrer libre d’esprit, il n’en est pas moins un pays latin, où les rôles sont bien définis entre le père et la mère pour s’occuper des enfants.

Curieusement pourtant, les Portugais, décidemment habiles à prendre le contrepied des préjugés, se disent favorables à l’adoption entre parents du même sexe. 

C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude réalisée par le psychologue Pedro Alexandre Costa de l’Institut de Psychologie Appliquée de l’Université de la Beira Intérieure. Les personnes interrogées mettent en avant l’intérêt supérieur de l’enfant au sein des familles homoparentales. Le chercheur met en avant les discriminations dont les enfants sont victimes, notamment à l’école, pour avoir des parents du même sexe.

8 à 10% des couples gays ont des enfants

Selon le psychologue, entre 8 et 10 % des coupes homo et bisexuels ont des enfants. Une donnée dont on ne peut pas faire grand-chose dans la mesure où on ignore, fort heureusement, le nombre d'homosexuels.

Le Bloco de Esquerda (Extrême gauche),  soutenu par le PEV, le parti des Verts, avait déposé un projet de loi qui vise à mettre fin à cette situation curieuse du Portugal qui est le seul pays ayant autorisé le mariage sans prévoir la possibilité qu’ils aient des enfants. Il s’agit de mettre fin à cette discrimination par rapport aux couples hétérosexuels.

Mais finalement le texte n'a pas été adopté, les députés ayant, semble-t-il, voté en ordre dispersé. Le PSD (parti social démocrate, droite libérale), le CDS-PP (parti populaire, chrétiens démocrates) et le PS n'avaient pas donné de consignes de vote, ce qui a compliqué le décompte. Certains socialistes et sociaux-démocrates ont votés pour.

En 2010, la loi sur le mariage homosexuel n’avait pas été votée par le PSD et le CDS-PP. Particulièrement opposés au mariage gay, les députés du CDS avaient affirmé qu’à peine 30 % de la population étaient favorables à l’adoption. Mais à l’époque aucune enquête sérieuse n’avait été réalisée sur la question. L’actuel premier ministre, Pedro Passos Coelho, dans l’opposition il y a deux ans, s’était montré plus libéral. En 2008 il avait déclaré que

nul ne peut être discriminé ou limité dans ses droits en raison de ses choix sexuels".

Le président de la République, membre influent du PSD, avait, pour sa part, promulgué la loi du bout des doigts, montrant clairement sa désapprobation. Il est toujours chef de l’Etat et il a sans nul doute indirectement contribué à l'échec de ce vote sur l'adoption.


Actualisé le 24 février à 15h30, lors de l'annonce des résultats du vote sur l'adoption.


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