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‘Enacting populism’, quand l’art part en campagne

mercredi, 29 février, 2012 - 09:17

A quelques semaines de l’élection présidentielle, l’exposition Enacting populism in its mediaescape, à Paris, parodie un QG de campagne politique. Vidéo performance, contrat de corruption ou études de discours, les inventions "artivistes" déconstruisent les représentations médiatiques.

"Préparez le tsunami, votez pour moi". Chemise rose, cravate flashy et manteau de fourrure, le "Président" imaginé par Alterazioni Video s'affiche sans complexe dans un turbo movie, structure filmique au mix revendiqué d’inspirations, du clip de MTV à la pièce brechtienne.

Populisme et démocratie

La proposition répond à l’appel de Matteo Luccheti, critique d’art et commissaire d'exposition: Enacting populism! (re-jouer le populisme!). Quelles relations possibles entre les pratiques artistiques et une forme de populisme véhiculée par les médias ? Une douzaine d'artistes et collectifs transdisciplinaire danois, autrichiens, français, italiens ou étatsuniens ont apporté leurs contributions, jouant avec les lignes de la syntaxe populiste pour mieux en révéler les mécanismes.

Avec ce projet, confie Matteo Luccheti, "je souhaite montrer que nous pouvons échapper ou agir contre les mythologies négatives qui nous entourent". Sa réflexion se nourrit des théories du politologue argentin Ernesto Laclau: en l’absence d’antagonisme idéologique fort, le politique cesse d’être représentatif pour jouer seulement de sa représentation dans les médias. Un regard sans angélisme porté sur notre régime démocratique.

Un QG de campagne presque comme les autres

Tout a commencé en 2010, par une résidence au centre artistique AIR d’Anvers. Une ville symboliquement forte, siège du Vlaams Belang, ce parti populiste radical de droite, le mieux élu d’Europe en 2004 (24,2% des voix aux législatives flamandes). Aujourd’hui, l’initiative se décline en conférences, performances, débats, blogs, et s’expose actuellement à Paris, à la Kadist Art foundation.

Des créations activistes qui jouent sur le fil du réalisme. Recherches sur l'imagerie de propagande, études de discours ou inventions de pseudo slogans politiques, les œuvres se chargent d'une troublante ambiguïté. A deux mois de l'élection présidentielle, Enacting populism transforme l'espace d'exposition de la Kadist Art foundation en un QG de campagne à l'apparence (presque) lambda.

La corruption en contrat

Les auteurs de cette métamorphose ne sont pas vraiment des petits nouveaux sur la scène de l’artivisme. Poils à gratter des biennales ou expositions internationales, ils explorent, pour certains depuis près de deux décennies, les facettes d’un art engagé. Parfois, leurs préoccupations interfèrent avec celles des secteurs de l’économie ou de la science, pour des collaborations inattendues et fructueuses.

Il en va ainsi des inventions du groupe Superflex, fondé en 1993 à Copenhague, qui décline sa pratique artistique en Tools (outils) percutants et provocateurs. Après le "Guarana Power", soda énergétique d’une coopérative brésilienne locale, créé en résistance au monopole de multinationales, la bière "open source" dont la recette est accessible à tous, ou encore la mise en œuvre d’une série de plagiats de grandes marques, le collectif présente "Corruption Contract". Un dispositif ultraléger (un simple document manuscrit), correspondant à un contrat type par lequel le client s’engage à prendre part à des activités corrompues… Incisif !

Des artivistes innovants

Cette dénonciation sans équivoque de la collusion d’intérêts entre sphères politiques et milieux d’affaires n’est pas sans rappeler l’initiative de l’autrichien Olivier Ressler: avec "Robbery", une vidéo aussi succincte qu’éloquente, il dresse un parallèle entre les émeutes sociales et pillages de 2011 en Grande Bretagne et la ponction dans les caisses publiques menée depuis 2008 par les gouvernements pour secourir les banques.

Autre propos, autre stratégie, Nicoline Van Harskamp, lauréate du Prix de Rome en 2009, aborde le pouvoir du langage parlé et sa capacité à influencer la perception. Pour "Character Witness", performance qu’elle présente ici sous format vidéo, l’artiste décortique les alibis personnels mis en œuvre dans les discours de personnalités politiques célèbres (Ariel Sharon, Hillary Clinton ou Margaret Thatcher).

Loin des caricatures ou raccourcis qu’on aurait pu attendre sur le thème approché, Enacting populism interpelle le spectateur, l’invite à identifier et déconstruire les stratégies médiatiques. Et ouvre un peu plus l’espace de l’artivisme, au côté des détournements du Critical Art Ensemble ou des canulars joyeux des Yes Men.


ENACTING POPULISM IN ITS MEDIÆSCAPE
Jusqu’au 22 avril 2012
Du jeudi au dimanche, de 14h à 19h

KADISTARTFOUNDATION
19 bis – 21 rue des Trois Frères 75018 Paris – France
tel. / fax : +33 (0)1 42 51 83 49

Commissaire: Matteo Lucchetti
Avec: Alterazioni Video, Heman Chong, Luigi Coppola, Danilo Correale, Foundland, Nicoline van Harskamp, Steve Lambert, Oliver Ressler, Anna Scalfi Eghenter, Société Réaliste, Jonas Staal, Superflex.




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