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Pas de quartier pour les leaders de la Révolution orange

Iouri Lutsenko, condamné à 4 ans de prison, ici en compagnie de Ioulia Timochenko, elle aussi emprisonnée

Iouri Lutsenko, condamné à 4 ans de prison, ici en compagnie de Ioulia Timochenko, elle aussi emprisonnée / Sergei Chuzavkov/AP/SIPA

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Mer, 29/02/2012 - 16:30

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Après Ioulia Timochenko, toujours emprisonnée en dépit de problèmes de santé, la justice ukrainienne a condamné l'ancien ministre de l'Intérieur Iouri Loutsenko pour détournement de biens et abus de pouvoir. Depuis le retour au pouvoir du président Ianoukovitch, en 2010, une dizaine de membres de l'ancien gouvernement ont été jetés en prison. L'opposition dénonce des procès politiques, mais peine à mobiliser.

Une neige fine tombe sur Kiev et virevolte dans les rues encombrées du centre-ville, avant de tomber sur le trottoir. Il fait froid, ce lundi 29 février au matin. Les températures sont légèrement redescendues depuis quelques jours, ce qui n'empêche pas une poignée de manifestants, regroupés dans la rue, de scander bruyamment des slogans convenus, répétés depuis des semaines: "Liberté à Yura !", "Justice !"

A l'intérieur du tribunal du district de Pechersk, Yuri Lutsenko, 47 ans, ancien ministre de l'intérieur des gouvernements de la Première ministre d'alors, Ioulia Timochenko (2005-2006 et 2007-2010), écoute le verdict rendu par le juge, Serguei Vovk.

Après plus d'un an de procès pour abus de pouvoir et corruption, il est condamné à 4 ans de prison. En détention depuis décembre 2010, cela veut donc dire qu'il lui reste à purger une peine de 2 ans et 10 mois. La sentence prononcée, Yuri Lutsenko a juste le temps de dénoncer un "procès politique" et de répéter sa détermination à prouver son innocence. Il est rapidement évacué vers sa prison. Journalistes et manifestants se dispersent peu après.

Abattement et désintérêt

Les grandes heures de la mobilisation lors de la condamnation de l'ancienne Première ministre Ioulia Timochenko semblent bien loin. Fin 2011, sous le soleil d'octobre dernier, c'étaient des centaines de manifestants qui s'étaient confrontés aux forces de police pour tenter de bloquer l'avenue Khreshatyk, l'artère principale de Kiev et d'investir le tribunal. Quelques mois plus tard, pour une cause similaire, l'ardeur n'est plus la même, et le froid n'est pas seul en cause.

A l'image des anciens hérauts de la révolution orange, leur camp fait grise mine. L'opposition politique au Parti des Régions au pouvoir demeure décapitée et désunie, malgré l'approche d'élections législatives en octobre. Les militants n'ont pas réussi à mobiliser les foules de manifestants qu'ils avaient promis.

L'opinion publique ukrainienne, déçue par les échecs de l'ancienne Première ministre et aux prises avec une situation économique difficile, se désintéresse ouvertement de son sort. Devant la colonie pénitentiaire de Kachanivska à Kharkiv, où Ioulia Timochenko est maintenant emprisonnée, on compte souvent plus de journalistes que de démonstrations de soutien.

Maladie et acharnement

Dans sa cellule, la détenue serait pourtant mal en point. Après de longues négociations, une équipe de docteurs allemands et canadiens lui a rendu visite le 14 et 15 février, pour y mener une consultation indépendante. Leur diagnostic est encore tenu secret. Mais, pour un des médecins allemands, elle est "sérieusement malade". Un de ses homologues canadiens, Peter Kujtan, confirme qu'elle souffre de "douleurs constantes" et qu'elle ne peut plus quitter son lit. Il accuse la direction de sa prison de Kharkiv de mentir sur son état de santé et d'avoir entravé les tests que lui et ses collègues ont conduit auprès de la détenue.

Pour la fille de Ioulia Timochenko, Yevguenia, sa mère souffre d'une hernie discale, qui nécessiterait son transfert dans un hôpital spécialisé. Un déplacement impossible, dans la mesure où il irait "à l'encontre des intérêts du pouvoir", qui préférerait garder Ioulia Timochenko séquestrée et isolée. Une nouvelle preuve de ce qu'elle considère comme une persécution politique acharnée.

Yevguenia Timochenko est aujourd'hui le pilier central de la défense de sa mère et son soutien le plus fervent. Coupée de sa mère et de son père, en exil en République Tchèque, elle vient d'annoncer son divorce d'avec Sean Carr, chanteur de rock britannique, et confesse ne plus avoir le temps de s'occuper de la chaîne de restaurants qu'elle avait lancé il y a quelques années. Esseulée, le visage fatigué et la voix résignée, elle se débat pour garder l'attention des médias et des chancelleries occidentales sur le sort de sa mère.

Un procès baclé

Les perspectives d'amélioration du sort de Ioulia Timochenko et de Yuri Lutsenko semblent minces. Tous deux grandes figures politiques de l'Ukraine indépendante, leur passé s'avère certes controversé. Ioulia Timochenko, ancienne oligarque du gaz, est devenue au cours des années 1990 une des personnalités les plus riches d'Ukraine. Elle est soupçonnée de fréquentations et d'actions peu recommandables. Néanmoins, les procès qui viennent de s'achever ont été dénoncés comme manipulés et politisés par nombre d'observateurs, tant ukrainiens qu'étrangers.

On n'en finit plus de souligner des vices de procédure et l'absence de preuves irréfutables qui auraient pu justifier les lourdes peines qui ont été prononcées. Toutes les tentatives d'appel ont échoué jusqu'à présent, et le simple transfert de Ioulia Timochenko vers un hôpital spécialisé où elle serait traitée convenablement semble difficile à obtenir.

Le président Victor Ianoukovitch lui-même, dans un entretien télévisé diffusé vendredi 24 février, a reconnu que le procès de son opposante n'avait pas "respecté les normes européennes". Un aveu empreint d'ironie, puisqu'il a annoncé de pouvoir rien y faire, sauf entamer une réforme du système judiciaire ukrainien.

Tenter sa chance à l'étranger

Pour Yuri Soukhov, un des avocats de Ioulia Timochenko, la situation est critique. Vêtu d'un gros pull-over, mal rasé, il confie, abattu :

Il n'y a plus de perspectives d'amélioration du sort de Timochenko en Ukraine. Sans pression internationale, nous n'arriverons à rien.

D'où une stratégie d'internationalisation à outrance de l'affaire. Yevguenia Timochenko et les avocats de sa mère n'en finissent plus de voyager entre les États-Unis, et l'Europe de l'ouest. Après un voyage à Washington D.C., elle s'est envolée pour Londres, avant de se rendre à Vienne pour s'adresser à l'Assemblée Parlementaire de l'OSCE.

Elle considérerait même un voyage en Russie pour rencontrer le Premier ministre Vladimir Poutine, pourtant farouche adversaire de sa mère.

Mesures de rétorsion de l'UE

Une stratégie qui porte ses fruits en termes de mobilisation. Le Conseil de l'Europe dénonce une "vendetta politique" dont souffrirait Yuri Lutsenko et appelle à sa libération. L'ambassade de l'Union Européenne (UE) en Ukraine parle de "motivation politique" dans la condamnation de l'ex-ministre de l'intérieur.

En décembre dernier, la Commission européenne a refusé de signer un Accord d'Association majeur entre l'UE et l'Ukraine, en guise de protestation contre une utilisation préférentielle du système judiciaire. Steven Pifer, ancien ambassadeur américain en Ukraine, a récemment demandé à son gouvernement de dresser une "liste noire" de personnalités ukrainiennes dans leurs demandes de visa pour les États-Unis.

La mobilisation internationale ne faiblit pas, malgré un impact remarquablement faible. Depuis ces derniers mois, la situation de Ioulia Timochenko et de ses alliés n'a fait que s'empirer. Et, sur Khreshatyk, le campement installé devant le tribunal par les militants de son parti est, certes, encore dressé. Mais la musique s'est tue, les passants ne s'arrêtent plus, et la plupart des tentes sont fermées et vides.




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