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Les barrages portugais ont la jaunisse

vendredi, 2 mars, 2012 - 14:56

Pour faire oublier que les barrages font tâche dans le décor naturel, EDP, l’électricien portugais, a décidé de les relooker. Les façades du barrage de Bemposta viennent ainsi de muer, partiellement, du gris-béton au jaune flashy.

C’est le jaune des engins de chantier, un hommage à leur travail."

António Mexia, le patron d’Electricité de Portugal (EDP), justifie ainsi la couleur des édifices qui jouxtent le barrage de Bemposta. EDP a décidé de prendre le contre-pied de la tradition et d’en finir avec le gris-béton.

Centrales hydrauliques nouvelle génération

Bemposta, dans le nord du Portugal, est situé en plein cœur du parc régional du Douro International, près de la frontière espagnole. Ce barrage et celui de Picote II, à Miranda do Douro, viennent de faire l’objet de grands travaux destinés à renforcer leur capacité hydraulique, et améliorer la gestion de l’eau qui provient d’Espagne.

Ce sont 300 millions d’euros qui ont été investis par EDP pour rentabiliser les centrales hydroélectriques. La capacité de Picote II est augmentée de 125% et celle de Bemposta II de 85%. Un saut qualitatif qui permettra d’économiser jusqu’à 30 millions d’euros par an. Entamés en 2007 et 2008, ces aménagements ont donné du travail à 3.000 personnes, directement ou indirectement employées par une centaine d’entreprise. Les changements sont peu visibles: les centrales nouvelle génération sont enterrées.

Des grands noms de l'architecture

En surface, les parois de béton sont celles d’origine (années 1960). Mais les murs latéraux du barrage ainsi que les salles des machines sont désormais recouverts d’un jaune qualifié de "criard" par les habitants de Mogadouro, une bourgade de 600 âmes. La population, si profondément familiarisée avec son mur de béton gris, est sutout choquée par ce jaune "pétant" du barrage.

Certains villageois ont un peu de mal à penser que l’on puisse qualifier l’intervention "d’œuvre d’art". C’est pourtant un artiste plastique très conceptuel et reconnu qui en est l’auteur, Pedro Cabrita Reis. Et pour le patron d’EDP, Antonio Mexia, c'est le début d’une longue aventure artistique.

L’entreprise a, en effet, prévu de confier à des architectes de renom les travaux de ses futurs barrages. C’est le cas de l’ouvrage de Foz Tua, que l’architecte Souto de Moura, distingué du prix Pritzker d’architecture en 2011 – l'équivalent du prix Nobel pour l'architecture, sera chargé de concevoir.

Le talentueux concepteur a choisi d’enfoncer le plus possible son barrage dans la terre, ou de le dissimuler dans la pierre environnante. L'ouvrage devra être terminé en 2015. Quant au responsable d’EDP, il prévoit l’intervention d’artistes sur dix barrages, pour créer ainsi un circuit original d’art public. 

Le désespoir des écologistes

Leur argument esthétique ne convainc cependant pas. Les maires des villages à proximité de Bemposta ont estimé que la peinture jaune de Bemposta II altère profondément la nature environnante, alors que l’idée serait au contraire de rendre le barrage le plus discret possible. Même son de cloche chez les écologistes qui dénoncent une aberration visuelle.

Mais le combat est ailleurs, pour les ONG environnementales. GEOTA (Groupe d’études sur l’ordonnancement du territoire et l’environnement) a déposé début février 2012 une plainte à Bruxelles contre le barrage de Foz Tua. Selon l’association écologiste, l'infrastructure va porter un préjudice social, économique, culturel et écologique à la région. Pour les écologistes, c’est bien la mort annoncée de la vallée du Tua. Sa construction est, par ailleurs, émaillée d’accidents qui ont coûté la vie à trois ouvriers et fait cinq blessés en janvier dernier.




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