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Les populistes européens mettent la viande halal à toutes les sauces

mercredi, 22 février, 2012 - 15:44

La viande halal est toujours l'indigeste plat principal de la campagne présidentielle. En France comme en Europe, l'extrême droite s'est habilement appropriée le thème du bien être animal pour mieux le détourner. Dans les pays du nord, l'abattage rituel est prohibé. Ailleurs, les régimes dérogatoires dominent.

La polémique sur la viande halal n'en finit pas de s'imposer dans la campagne présidentielle. Initiée par Marine Le Pen, elle est relancée, coup sur coup, par le candidat Nicolas Sarkozy et par François Fillon, notamment.

Dimanche dernier, lors de son meeting à Bordeaux, Nicolas Sarkozy a plaidé pour "l'étiquetage de la viande en fonction de la méthode d'abattage". La veille, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, avait déjà entretenu la polémique en déclarant : "Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent par exemple obligatoire la présence de la nourriture halal dans les repas des cantines". Et hier, lors d'un déplacement à à Saint-Quentin, le candidat Sarkozy a remis le couvert en affirmant que "Le premier sujet de préoccupation [et] de discussion des Français […] c'est cette question de la viande halal."

Quant à François Fillon, en élargisant la question à toutes les "traditions ancestrales" d'abattage rituel des animaux, autrement dit, en France, selon les rites Halal et casher, il s'est attiré les foudres du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France.

Richard Prasquier, président du Crif, se dit "choqué de l'entendre s'exprimer ainsi. Sa déclaration est stupéfiante" car 

même s'il dit que c'est à titre personnel qu'il s'exprime, quand on est Premier ministre, on a une parole officielle. Nous sommes dans un pays de séparation de l'Eglise et de l'Etat […] Il n'a pas à s'immiscer dans des traditions religieuses".

Faux-nez de Marine Le Pen

Marine Le Pen, pour sa part, ne se préoccupe que de la viande "halal". Politiquement plus habile que François Fillon, elle se focalise sur le rite d'une seule religion, l'Islam. 

La raison en serait, n'en doutons pas, non pas une quelconque préoccupation électorale ou idéologique, encore moins une réaction raciste: Marine Le Pen pense avant tout aux consommateurs et au bien-être animal !

Après avoir affirmé le 18 février, en faisant l'amalgame entre production et distribution, que "l'ensemble de la viande qui est distribuée en Ile-de-France, à l'insu du consommateur, est exclusivement de la viande halal",  la candidate du Front National a expliqué vouloir ainsi "montrer aux Français qu'ils sont méprisés dans leur propre pays" et "faire condamner cette tromperie et obliger à informer les consommateurs sur la viande qu'ils achètent".

Le fait que tout le monde soit obligé de se soumettre à une exigence alimentaire issue d'une religion, dont je persiste à dire qu'elle reste tout de même nouvelle, est quelque chose qui est profondément inadmissible et scandaleux",

a-t-elle encore déclaré. Preuve que l'argument de la souffrance animale n'est qu'un faux-nez destiné à masquer les attaques contre une religion.

Mais toutes les voix sont bonnes à prendre et le Front National s'est fait une clientèle électoralement fidèle auprés des amis des bêtes. Cela tombe bien, cela va, pour elle, de pair avec l'anti-islamisme.

Ainsi, après l’interdiction de la vivisection des primates pour la recherche scientifique, le Front National est, si on en croit Nation Presse, le seul parti de France qui s’oppose à ce qu'il nomme "l’impôt islamique" [qui serait versé aux organismes musulmans de certification]. 

Islamophobie et souffrance animale

L’extrême-droite et les partis populistes européens ont, comme le Front National, souvent repris le flambeau de l'interdiction de l'abattage rituel, en surfant sur deux vagues à la fois, l’islamophobie et la sensibilité de nos contemporain pour la souffrance animale.

En Belgique, le Vlaams Belang, le parti d’extrême-droite dirigé par l’Anversois Filip Dewinter qui atteignait encore des scores de 24 % aux élections régionales avant l’arrivée du concurrent populiste N-VA, a manifesté chaque année contre l’abattage rituel, image, selon lui, des valeurs immigrées "incompatibles avec les valeurs occidentales".

En Italie, les populistes de la Ligue du Nord entament le même refrain : "L’histoire de l’Occident, et donc de l’Europe, est toujours liée aux principes découlant de l’éthique et de la culture chrétienne", affirment-t-ils sur leur site Internet. Le parti régionaliste a déjà introduit deux projets de loi visant à interdire l’abattage rituel des animaux.

Aux Pays-Bas, les députés, poussés par le Parti pour les animaux et le Parti pour la liberté, avaient décidé en juin 2011 d'interdire l'abattage rituel. Plus précisément, ils avaient supprimé la dérogation permettant aux abattoirs respectant un rite religieux de déroger à la loi imposant la pratique de l'étourdissement. Mais le Sénat a retoqué cette décision en décembre dernier. 

Marine Le Pen n’est pas donc pas seule en Europe. Du Parti pour la Liberté de Geert Wilders à la Ligue du Nord en passant par le Vlaams Belang ou les Sverigedemokraterna (extrême droite suédoise), c’est toute la droite radicale, voire néo-nazie, européenne qui se préoccupe du sort des animaux.

Une pratique interdite au nord de l'Europe

Quant à l'abattage des animaux selon des rites religieux, il est interdit ou très encadré dans plusieurs pays européens.

Alors que la réglementation européenne oblige les abattoirs à étourdir les animaux avant de les tuer, les viandes halal  et casher bénéficient en France d'une dérogation afin que des animaux puissent être abattus en respectant des rites religieux. Ces derniers consistent, notamment, à égorger l'animal encore vivant.

En fait une majorité de pays accorde une telle dérogation: L'Allemagne (depuis 2002), le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne (sauf pour la viande bovine), la Belgique.

En revanche, d'autres pays appliquent strictement la législation européenne: Grèce, Autriche (6 provinces), Norvège, Islande, Estonie, Norvège, Suède et Suisse. Ces trois derniers pays interdisent même formellement l'abattage rituel.

Toutefois, certains d'entre eux admettent l'abattage à domicile pour consommation personnelle. En Finlande, au Danemark et en Grèce, l'abattage est toléré à la condition expresse que l'animal soit préalablement endormi par un choc électrique. De fait, cette méthode fait débat au sein de la communauté musulmane.

Pendant plusieurs années, le débat sur l'abattage rituel a été beaucoup déterminé par des considérations de souffrance animale. Même si des courants islamophobes se sont engouffrés dans ce combat en s'abritant derrière ce prétexte. Plus récemment, en revanche, des arguments de traçabilité et d'information des consommateurs ont été pris en compte. A ce titre, une revendication de labellisations fiables a vu le jour. C'est ainsi que des labels "halal nationaux" ont été mis en place en Italie et en Belgique.

Car la question du halal est loin d'être économiquement neutre. Le marché européen est estimé à 54 milliards d'euros (13,5 milliards pour la France et 5 pour l'Italie) et le secteur est fortement exportateur en direction… des pays musulmans. 




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