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Istanbul met les mosquées aux normes… féminines

jeudi, 8 mars, 2012 - 10:24

En Turquie, la défense des droits des femmes passe aussi par le droit de prier dans les mosquées. Encore faut-il des salles des ablutions réservées aux femmes. Cela reste trop rare et elles sont souvent insalubres. Il y a un an, à l’occasion de la journée de la femme, un projet de rénovation a été lancé. 

L’imposante mosquée de Soliman le magnifique, l’un des joyaux d’Istanbul qui surplombe la Corne d’Or, est depuis quelques mois de nouveau ouverte au public. Après trois années de travaux, ce chef d’oeuvre de l’architecte ottoman d'origine arménienne, Sinan, a retrouvé de son lustre d’antan.

En plus de la rénovation des peintures murales, des murs extérieurs et le rafraichissement des tapis, cette mosquée compte désormais une salle aux ablutions réservée aux femmes. Large, propre et toute de marbre gris, cette pièce se situe en sous-sol à côté de toilettes modernes. "C’est beaucoup mieux qu’avant, se réjouit Ayse, une étudiante en arabe, venue prier entre deux cours à l’université voisine. Avant, il n’y avait pas de salle d’ablution, mais aujourd’hui on y trouve même de l’eau chaude !"

Accueillir les femmes

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, la plupart des mosquées historiques d’Istanbul ne possèdent pas de salles des ablutions réservées aux femmes. Mais cela est en train de changer depuis que Kadriye Avci Erdemli, mufti adjointe d’Istanbul, a pris à bras le corps le problème de l’accueil des femmes dans les mosquées.

Quand je suis arrivée en poste en 2006, j’ai reçu de très nombreuses plaintes concernant leur accueil dans les mosquées,

explique cette prédicatrice musulmane qui compte parmi les rares femmes mufti adjointes du pays (elles sont 10 au total).

"C’est pour répondre à une demande forte que nous avons lancé l’an dernier, à l’occasion de la journée des femmes, un projet d’embellissement des mosquées de la ville. C’est un projet unique en Turquie qui, vu son succès, vient d’être étendu à l’ensemble des mosquées du pays".

Depuis un an, les 2.979 mosquées que compte Istanbul ont ainsi été inspectées par 30 équipes composées de 2 personnes, qui ont rendu un rapport complet sur le sujet. "La situation est vraiment mauvaise", regrette Kadriye Avci Erdemli.

Un espace réservé… à l'extérieur

Les problèmes pointés du doigts sont multiples: si 92% des mosquées de la ville comprennent un espace réservé aux femmes, 12% de ces salles de prières sont dans un état jugé insuffisant voire insalubre. Plus problématique, 37% des mosquées ne disposent pas de toilettes réservées aux femmes et 43% ne mettent pas à leur disposition de salle des ablutions.

Et, quand il y en a, 83% laissent grandement à désirer en terme d’aménagement et de propreté. Or, la pratique des ablutions est au centre du culte musulman, les fidèles devant se laver les mains, le visage, les oreilles et les pieds avant d’effectuer les cinq prières quotidiennes.

Ces problèmes d’accueil, récurrents, concernent essentiellement les mosquées historiques qui, autre difficulté, nécessitent d’importants travaux et de multiplies autorisations de la part des monuments historiques pour être mises aux normes. Mais les mosquées nouvellement construites sont loin d’être parfaites.

Elles disposent toutes d’un espace réservé aux femmes, mais il se trouve souvent à l’extérieur, séparé de la mosquée, si ce n’est transformé en dépôt,

constate Kadriye Avci Erdemli. Depuis la remise de ce rapport, toutes une série de mesures ont été prises pour résoudre ces problèmes. Dès le mois de mai, les 30 équipes d'inspection referont le tour des mosquées pour vérifier l’avancée des aménagements.

Pour la moufti adjointe d’Istanbul, la raison de ces dysfonctionnements est simple:

Jusqu’à présent les femmes turques n’allaient pas souvent prier à la mosquée. Ce n’était pas dans leur culture. Elles priaient à la maison et cela même si du temps du Prophète, on sait que les femmes participaient à la prière à la mosquée. Cela s’est perdu par la suite,

explique-t-elle.

Concilier travail et prière

D’après cette même étude, dans 86% des mosquées de la ville, les Turques ne participent pas à la prière du vendredi, la plus importante de la semaine.

Cela est toutefois en train de changer. Les femmes ont désormais une vie sociale, elles travaillent et étudient. Elles sont plus actives, veulent concilier travail et prière. La mosquée prend donc une place plus importante dans leur vie.

Kadriye Avci Erdemli ne pousse pas les femmes à se rendre systématiquement dans les mosquées, mais cherche à suivre les évolutions de la société, et cela même si certains hommes désapprouvent. "Se rendre à la mosquée est un droit dont nous ne sommes redevables qu’envers Allah", explique-t-elle en rejetant l’idée selon laquelle les femmes devraient demander l’autorisation de leur époux pour se rendre à la mosquée.

Fatma Kaplan, une jeune femme de 28 ans rencontrée devant la mosquée Neuve dans le quartier d’Eminönü, confirme.

Les mentalités changent. Ma mère et mes tantes prient beaucoup plus souvent à la maison que moi car elles ne travaillent pas. Moi, je suis comptable et n’ai pas d’autres solution que de prier à la mosquée. Ce ne sont pas des lieux réservés aux hommes et cela ne doit pas l’être. D’ailleurs, je prends beaucoup de plaisir à venir y prier. Je prie de manière plus apaisée et je sens que je fais partie d’une communauté.

Seul souci, dans cette mosquée inaugurée au XVIIème siècle, il n’y a pas de salle des ablutions pour les femmes… du moins pour l’instant car elle en sera dotée d’ici quelques mois grâce au programme lancé par les autorités stambouliotes.




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