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Hollande lance un avertissement aux dirigeants européens

lundi, 12 mars, 2012 - 17:37

Dans un entretien donné au Spiegel, François Hollande revient sur le lapin posé par Angela Merkel qui lui préfère Sarkozy. Il désamorce la polémique, avant de passer à l'offensive contre le clan des dirigeants conservateurs qui "devront l'écouter".

Non, François Hollande n’est pas fâché. Il ne se sent ni humilié, ni rejeté, ni politiquement atteint par le coup de vache d’Angela. Non, vraiment, tout va bien. Les journalistes du Spiegel auront pourtant tout essayé.

Après avoir révélé la supposée entente des dirigeants conservateurs européens à l’encontre du candidat socialiste, faisant état de leur commun refus de le recevoir, le quotidien allemand pouvait espérer un invité un peu plus remonté. Les journalistes ont eu beau le titiller, il n’a pas mordu à l’hameçon. Muet comme une carpe, Herr Hollande.

Sans rancune

Il y a d’abord les petites questions, naïves et taquines. "Si vous gagnez, Mme Merkel, qui ne veut pas vous voir avant, devra donc vous rencontrer après l’élection?", ou "N’avez vous vraiment aucun ressentiment à son égard?", mais encore "Promettez vous la Lune?". Puis les phrases affirmatives laissées en suspens, qui appellent, au minimum un démenti, au mieux une véhémente réponse: "Vous faites donc campagne comme candidat qui affronte l’Allemagne…". Ou, s’agissant de sa non-rencontre avec Merkel: "Un refus humiliant…"

Une série de coups d’épée dans l’eau: François Hollande louvoie entre les questions du Spiegel, et désamorce. "Je ne force personne [à me rencontrer, ndlr], j’indique simplement ma disponibilité", dit-il, excusant presque Mme Merkel, dont "[il] comprend les raisons". Oui, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se soutiennent, eux qui "appartiennent à la même famille de partis conservateurs", mais cela ne présage en rien de ses propres relations futures avec la chancelière allemande. "Ce sera pour moi l’occasion de lui dire exactement ce que je veux".

Et de prendre du recul sur la polémique:

Ce ne sont pas les dirigeants étrangers qui décident des élections pour le peuple français. Peut-être m’ont-ils rendu service sans le savoir".

Sans rancune.

Même flegme du présidentiable lorsque les journalistes l’affublent de qualificatifs peu flatteurs: "paria de l’Europe", "naïf" ou encore "Hollandréou" [reprenant l’expression de Jean-Luc Mélenchon]. Rien, François Hollande répond, plus ou moins platement, sans se vexer.

"Ils devront m'écouter"

L’interview s’attarde ensuite longuement sur l’annonce de François Hollande de renégocier le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), signé le 2 mars dernier à Bruxelles. Un texte dont François Hollande regrette qu’il n’aborde pas explicitement l’importance de la croissance. Sans étayer ni préciser davantage. Il devient plus bavard cependant sur le couple franco-allemand dans la crise.

Je pense que la France n’a pas été assez claire avec nos amis Allemands sur l’importance des eurobonds comme outil contre la spéculation. Et sur la nécessité d’associer discipline budgétaire et croissance.

Les eurobonds pourraient "financer des investissements ciblés dans des projets orientés vers la croissance" dit François Hollande, qui propose de les rebaptiser "project bonds" si cela devait rassurer les Allemands, très hostiles à ce type de refinancement.

Le candidat Hollande va un peux plus loin, pour la première fois depuis le début de l’interview, lorsqu’il évoque le déficit et la dégradation de la note souveraine de la France, deux handicaps qui ont affaibli "le rapport de force" avec l’Allemagne au profit de cette dernière. Autrement dit, l’Allemagne domine un peu trop les débats du règlement de la crise de la dette.

L’occasion pour lui de se positionner en futur pilier de la politique européenne:

Je veux lancer un avertissement aux dirigeants européens: ils devront m’écouter"

lâche-t-il dans un style qu’on lui connait peu. Un pas en avant, un en arrière, Hollande désamorce dès la réponse suivante:

Ne pas imposer! Personne n’impose quoi que ce soit à quiconque en Europe. C’est n’est ni mes méthodes, ni mon tempérament".

Pas de "Merlande"

D’ailleurs, il n’y aura pas de coalition franco-allemande pour dicter son destin à l’Europe, François ne veut pas de "Merlande", après ces années de "Merkozy".

Enfin dernier volet, tourné vers son image en France, et ce qui le distingue de son concurrent. "Sarkozy candidat des riches, et Hollande de la détestation des riches?", demande le Spiegel, évoquant la fameuse imposition à 75%.

Je n’aime pas l’indécence et la fortune imméritée"

répond le candidat qui estime que, "dans la crise, on peut attendre [des riches] qu’ils soient patriotes, ce qui inclut la solidarité". Mais lorsqu’on l’accuse de stigmatiser le succès, il répond:

Si j’étais réellement partisan de l’échec, alors c’est Nicolas Sarkozy que je soutiendrais".




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