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Avec la crise, les jeux de hasard raflent la mise en Italie

mercredi, 14 mars, 2012 - 17:49

Loto, bingo, roulette et autres jeux de hasard font fureur en Italie. Avec la crise et le chômage, les Italiens sont de plus nombreux à tenter leur chance pour s'en sortir, comme par miracle. Comme toujours, le seul vrai gagnant est l'Etat qui engrange des milliards qui tombent à pic!

Il est à peine dix heures et demie du matin et une centaine de joueurs sont déjà assis autour des tables rondes éparpillées dans la pénombre du rez-de-chaussée du Bingo Re, la plus grande salle de jeux d’Europe.

Dans l’entrée, une hôtesse accueille les visiteurs avant de leur ouvrir les portes du temple. L’atmosphère ressemble à celle du film Casino de Martin Scorsese. Il y a l’odeur des cigarettes, malgré l'interdiction de fumer dans les lieux publics], du café qui accompagne les joueurs le matin, des parfums de femmes.

Les joueurs à l’air faussement détendu sont assis autour des tables et discutent entre eux. Crayon en main, ils sont prêts à cocher les petites cases des cartons de bingo, la tombola qui fait fureur en Italie. Des écrans géants disséminés dans toute la salle, affichent les numéros égrenés comme un chapelet par un employé. Une femme remplit attentivement sa fiche en soufflant des volutes de fumée.

"Je joue à la tombola environ trois à quatre fois par semaine, toujours le matin. Cela me détend. Je ne dépense pas beaucoup. Contrairement à d’autres, je n’ai pas la fièvre du jeu. C’est juste un passe-temps, un plaisir" déclare cette blonde à la cinquantaine plaisante.

Les locaux de la salle de jeux ouvrent à huit heures vingt du matin et ferment à l’aube.

"Le public est varié. Dans la journée, nous avons des retraités ou des ménagères, le soir et la nuit, des jeunes, des professions libérales. Le soir, la clientèle est plus bourgeoise" explique Massimo Ruta, directeur pour l’Italie de Codere, géant espagnol des machines à sous et propriétaire de la salle Bingo Re.

Des économies, sauf pour les jeux

Chaque jour, quelques quatre cent personnes se bousculent dans les deux étages de cet établissement qui peut accueillir jusqu’à mille visiteurs.

"Nous pouvons difficilement établir des statistiques car en Italie contrairement à l’Espagne ou la France, nous ne devons pas vérifier l’identité des personnes. Mais les salles sont pleines au moins quatre jours par semaine" confie Massimo Ruta. Et le chiffre d’affaire ? La réponse est vague: "Disons que nos treize salles réalisent, grosso modo, une centaine de millions d’euros par an".

Etranglés par une crise économique et financière sans précédent, les Italiens économisent sur tout, à commencer par la nourriture et les loisirs. Mais, paradoxalement, pas sur les jeux.

Je joue tous les dimanches aux machines à sous. Durant les fêtes de Noel, j’ai gagné 6000 euros. Cela met du beurre dans les épinards de mon couple"

raconte Katia. Cette italienne d’adoption, d’origine bulgare, travaille depuis cinq ans dans un bar huppé de la capitale. Mais son maigre salaire ne lui suffit pas. Du coup, elle tente régulièrement sa chance tout en cantonnant son rayon d’action aux machines à sous.

Ce n’est pas le cas de tous les joueurs. De l’autre coté des Alpes, tout fait recette, les cartes "gratte et gagne", les courses, les parties de foot, les casinos en ligne. Selon le ministère du Trésor, le chiffre d’affaire des jeux de hasard était de 76,1 milliards d’euros l’an dernier contre 61.5 milliards d’euros en 2010. Soit une augmentation de 23,9%. Sur les 76 milliards de chiffre d’affaires, 54, 8 milliards ont été distribués aux joueurs.

Salles de jeux et tripots clandestins

L’Etat a prélevé sa dîme. C'est le seul vrai gagnant, avec 9,2 milliards de taxes et autres impôts sur les jeux soit 5,7% de plus que l’année précédente. Une contribution non négligeable au désendettement du pays. Les retombées des salles de jeux sur l’emploi, sont, elles aussi, importantes. Depuis la légalisation en 2000 des salles de bingo, les entreprises impliquées ont créé 120.000 emplois.

Mais les salles de jeux pourraient revoir leur chiffre d’affaires à la hausse si l’Etat leur permettait de multiplier leurs activités.

Nous pouvons avoir deux licences par salle, l’une pour le bingo l’autres pour les machines à sous. C’est anormal et nous avons demandé au gouvernement de modifier la loi"

confie Massimo Ruta.

Le Premier ministre, Mario Monti,  pourrait donner son feu vert en échange de l'augmentation des taxes sur les machines à sous.

Autoriser les salles de jeux à diversifier leurs activités serait aussi une façon de lutter contre les tripots clandestins gérés par la mafia. Selon l’association antimafia Libera, une quarantaine de clans mafieux se seraient partagés un gâteau d'au moins 10 milliards d’euros.  


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