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Cohn-Bendit veut rééduquer Sarkozy

mercredi, 14 mars, 2012 - 12:21

La pilule anti-Schengen administrée par Nicolas Sarkozy reste en travers de la gorge des eurodéputés. Daniel Cohn-Bendit lui propose des cours de rattrapage pour comprendre l'Europe. Plus virulent, l'ex-Premier ministre Belge, Guy Verhofstadt , se demande qui est le vrai candidat de l'extrême-droite.

(De Strasbourg) La demande de Nicolas Sarkozy de réformer l’espace de libre-circulation Schengen lors de son discours du 11 mars à Villepinte n'en finit pas de faire des vagues au Parlement européen. Les eurodéputés, réunis cette semaine à Strasbourg en session plénière, n'apprécient pas du tout l'instrumentalisation soudaine de l'Europe par le président-candidat.

Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des verts, suggère ainsi d’éduquer le président de la République. Des cours de rattrapage afin de lui expliquer son fonctionnement.

Je propose à Sarkozy un séminaire sur l’Europe. Je suis prêt à sacrifier un weekend pour lui expliquer l’Europe"

Et quand Daniel Cohn-Bendit entend Nicolas Sarkozy mettre en avant la porosité de la frontière gréco-turque pour réclamer, de nouveau, la réforme de l’espace de libre-circulation, ça lui donne de l’urticaire.

Qu’on arrête d’être idiot face à la Turquie. On fait des lois complètement débiles sur le génocide arménien au parlement français ou dans d’autres, on provoque la Turquie qui évidemment n’a aucune raison d’être gentille avec l’Europe. L’Europe bloque toute les négociations donc [la Turquie] dit aux clandestins allez-y".

Même Guido Westerwelle, le chef de la diplomatie allemande, interrogé ce matin par Reuter, souligne que

Ce n'est pas protéger les frontières au sein de l'Union européenne qui rendra l'Europe plus sûre, mais plutôt la protection de ses frontières extérieures."

Le "cynisme" de "Nicolas Le Pen"

Ainsi, si Nicolas Sarkozy a voulu engendrer un nouveau clivage au sein de l'électorat, c'est raté au niveau du Parlement européen. L’ancien premier ministre libéral belge Guy Verhofstadt est encore plus virulent à son encontre.

Chef de file des libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt et le Wall Street Journal, hier à quelques heures d’intervalle, sont aussi montés au créneau en comparant Nicolas Sarkozy à sa rivale du Front National.

Dire que la moitié des immigrés doivent quitter la France comme le président Sarkozy l’a dit (1), s’attaquer à la viande halal, et au même moment s’attaquer aux autres partenaires [européens] s'agissant de Schengen, moi je me demande qui est, en fait, le candidat de l’extrême-droite, est-ce Le Pen ou est-ce Sarkozy ?"

demande l’ex-Premier ministre belge.

Le Wall Street Journal titre, lui, un éditorial "Nicolas Le Pen". Pour le quotidien américain, la "rhétorique anti-immigrant" de M. Sarkozy, au-delà d’être "cynique", est destinée à "courtiser les supporters du Front National xénophobe de Marine Le Pen".

C’est bien cela qui inquiète Guy Verhofstadt, surtout venant de la part de quelqu’un qui exerce les plus hautes responsabilités.

On n’a jamais vu dans aucun pays ce qui se passe pour le moment [en France]. Un président français en exercice qui utilise ce langage là, voilà le problème aujourd’hui."

Recyclage politique

Stupéfaction également à Bruxelles lorsque le candidat Sarkozy réclame une réforme de Schengen et menace de suspendre la participation de la France si rien n’est acté dans les douze mois qui suivent. Une menace jugée d'autant plus absurde que la révision requise est déjà dans les tuyaux de l’UE depuis près d’un an, et cela suite à une demande franco-italienne!

Malgré tout, à la Commission européenne, on préfère officiellement ne pas commenter en expliquant avoir conscience que ces déclaration émanent du candidat Sarkozy et non pas du président de la République française.

Or, explique-t-on officieusement, "on sait bien qu'un candidat dans une situation délicate peut recourir à une surenchère et un recyclage d’idées politiques de ses concurrents pour tenter de reconquérir des voix".

(1) En réalité, Nicolas Sarkozy a suggéré que le nombre d'immigrants légaux entrant chaque année en France devait être, à terme, divisé par deux.




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