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La mort n’a plus droit de cité à Falciano Del Massico

vendredi, 16 mars, 2012 - 11:10

Privé de cimetière à la suite d'un différent avec la commune voisine, le maire d'un village de Campanie demande à ses administrés de faire un ultime effort pour éviter de mourir. En attendant la construction d'une nécropole.

Il est interdit aux citoyens résidents ou de passage, d’outrepasser les confins de la vie terrestre pour rejoindre l’au-delà, dans la mesure du possible bien sûr.

Un maire qui interdit par décret à ses administrés de mourir, voilà un impératif hors du commun. Mais pas pour Giulio Cesare Fava, cardiologue et édile de Falciano Del Massico, un petit village peuplé de 3700 âmes situé à soixante kilomètres de Naples.

"Nous n’avons jamais eu de cimetière et je ne sais pas quoi faire de mes morts", explique Giulio Cesare Fava.

Pour sensibiliser le gouvernement de Mario Monti sur cette question post-existentielle, l’édile a décidé d’adopter cette mesure pour le moins cocasse le 5 mars dernier.

Falciano Del Massico tombe sur un os

Au début des années 60, ce petit village avait une administration commune avec la municipalité voisine de Carinola. 

Mais en obtenant son autonomie administrative en 1964, Falciano Del Massico a perdu le cimetière, les ingénieurs des Ponts et Chaussées ayant oublié de partager le champ des morts. Fidèle aux règles de bon voisinage, la municipalité de Carinola a accepté de prêter sa nécropole sur la base d’un contrat renouvelable tous les vingt ans.

Pendant quarante huit ans, les défunts de Falciano avaient ainsi pour dernière demeure le cimetière commun.
Mais aujourd’hui, il est saturé. Du coup, les nouveaux défunts doivent faire la queue dans les chambres froides en attendant que leurs familles leur trouvent une sépulture digne ailleurs.

Carinola veut agrandir son cimetière, mais comme la municipalité part du principe que chacun est responsable de ses morts, ils ne veulent plus des nôtres",

explique Giulio Cesare Fava. Alors que faire ? "Nous devons construire notre propre cimetière le plus rapidement possible", déclare Monsieur le maire. Soit, mais la chose est compliquée d’un point de vu administratif et coûte cher.

Trouver une solution économique

Et en période de disette financière, le gouvernement de Mario Monti a déjà suffisamment à faire avec les vivants, demande à la commune de trouver une solution peu onéreuse.

"Pour convaincre Rome, nous devons présenter un projet raisonnable", confirme Giulio Cesare Fava. Pas question de construire une cathédrale et un parking de 3000 places, comme le souhaitait l’édile précédent qui "avait la folie des grandeurs et ne comprenait pas que son projet estimé à 7 millions d’euros n’avait pas lieu d’être dans un village où meurent une trentaine de personnes par an", confie le cardiologue.

Pour échapper le plus rapidement possible à la dépendance funéraire, Giulio Cesare Fava s’est concerté en février dernier avec les propriétaires terriens de sa commune. "Aidez-moi à vous offrir votre nécropole en me louant un terrain", leur a-t-il dit.

Quatre champs lui ont été proposés.

"Je vais réunir le conseil municipal la semaine prochaine pour donner mandat à des ingénieurs. Il faut examiner les terrains et établir un devis en tenant compte des installations minimums à savoir, des services sanitaires et une chambre froide", confie le maire.

L’équipe municipale devra aussi régler les problèmes juridiques, Carinola accusant maintenant ses voisins de vouloir résilier unilatéralement le contrat de location de son cimetière! Une question que Giulio Cesare Fava balaie d’une chiquenaude.

"Ils ont voulu jouer aux petits malins, on verra bien qui aura raison"




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