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Le parlement européen ferme la porte à DSK

jeudi, 22 mars, 2012 - 11:07

Dominique Strauss-Kahn ne donnera de conférence au parlement européen. Il avait été convié par EU40, une association regroupant des parlementaires de moins de 40 ans - mais dont beaucoup ne savaient même pas qu'ils en faisaient partie. Face à la fronde de ces eurodéputés, le nom de DSK a été retiré de la liste des invités.

Mardi 20 mars, vers neuf heures du matin, la journée démarre au Parlement européen. Commencent à pleuvoir les premiers mails, les premières invitations aux évènements organisés quotidiennement par les eurodéputés et les groupes politiques: expositions, concerts, auditions publiques, conférences de presse, conférences tout court. A 9h30, c'est le coup de tonnerre. Les 754 membres du parlement et leurs assistants reçoivent l'invitation suivante.

La nouvelle de ce débat avec la participation de Dominique Strauss-Kahn n'en est en fait pas vraiment une. L'association EU40, qui se présente comme un réseau informel et pluripartite de jeunes eurodéputés, avait annoncé la conférence en janvier, et plusieurs médias avaient relayé l'information. L'évènement était aussi signalé sur le site du réseau, et la rumeur circulait apparemment dans les couloirs du Parlement européen, mais sans qu'on y prêtât trop d'attention. Et pour cause: ce réseau, presque personne n'en avait entendu parler.

Interrogé fin février, le président d'EU40, l'eurodéputé allemand Alexander Alvaro (Libéraux & Démocrates), nous expliquait que cette initiative, lancée au lendemain des dernières élections européennes, avait pour but de promouvoir les échanges entre les jeunes membres du parlement, en organisant des évènements autour de "thèmes importants pour les générations futures – les ressources énergétiques, le changement climatique, l'approvisionnement en nourriture et en eau".

A l'insu des jeunes eurodéputés

Le réseau, nous avait-il assuré, "est en train de grandir lentement mais solidement, mais je voudrais qu'il reste quelque chose de modeste. Nous voulons nous baser sur la qualité et viser des résultats sur le long terme. C'est pour ça que nous n'essayons pas d'apparaître dans les médias, du moins pas pour l'instant".

Très sensible au problème de la corruption, qui a déjà entaché la réputation du Parlement, le réseau s'était doté d'un code de conduite strict et d'un auditeur externe. "Je ne peux pas me porter garant pour la centaine de membres d'EU40", avait conclu Alvaro,

mais j'espère qu'ils ont – en tant que jeunes – une mentalité différente.

Avec une centaine de membres sur un total d'environ 750 eurodéputés, comment ce réseau pouvait-il être inconnu au parlement? Très simple: beaucoup de ses membres ne savaient pas qu'ils en faisaient partie, du moins jusqu'à mardi matin, quand ils ont reçu des demandes de réaction à la conférence organisée par "leur" réseau.

Je ne participe pas du tout à EU40, je n'étais pas au courant de cet évènement avant de recevoir votre mail et je n'aurais jamais accepté qu'on invite DSK,

a répondu une eurodéputée suédoise et, comme elle, bien d'autres.

Un "invité d'honneur" embarassant

L'espagnole Esther Herranz García (Parti populaire européen), elle, savait qu'elle était membre du réseau mais a demandé mardi, dans une lettre adressée à Alvaro, à en être retirée:

Puisque DSK est moins connu pour ses résultats professionnels qu'il ne l'est pour ses scandales, je crois qu'il n'y a aucune raison pour que notre organisation le considère comme un invité d'honneur.

Selon l'assistant d'un autre député, "tous les MPE qui avaient moins de 40 ans en 2009 ont automatiquement été inscrits au réseau". Ce qui, aux yeux de Karima Delli, autre "membre involontaire" d'EU40, est inacceptable:

J'ai tout de suite écrit pour demander qu'on retire mon nom et mon image du site. Quand on est jeune, on doit innover. Or inscrire des gens à un groupe sans les consulter, cela n'a rien d'innovant et ce n'est pas démocratique.

Delli, qui a rappelé qu'il existe un "Intergroupe Jeunesse" officiel au Parlement européen, a aussi remarqué que

Monsieur Juncker [le chef de file de l'Eurogroupe] et les autres ont une responsabilité dans la crise, et ce ne sont pas eux qui vont apprendre aux jeunes comment en sortir.

La journée de mardi a donc été marquée non pas par une, mais bien par deux vagues d'indignation. La première, dirigée contre Alvaro, est restée dans l'enceinte du parlement, tandis que le tollé contre Strauss-Kahn a déferlé sur les médias, surtout après la publication de la lettre que trois eurodéputées – les belges Véronique de Keyser (Socialistes & Démocrates) et Isabelle Durant (Verts) et la hongroise Zita Gurmai (S&D) – ont envoyé au président du PE Martin Schulz, lettre publiée au passage sur le site de De Keyser.

Pas de tribune pour DSK

Ce message, joint à de nombreux autres qui n'ont pas été rendus publics, a poussé le président du Parlement Martin Schulz à "prendre note de cette inquiétude" et à la "signaler aux organisateurs de la conférence", ainsi qu'il écrivait sur Twitter en début de soirée. Très rapidement, la photo et le nom de Strauss-Kahn ont disparu du site d'EU40. Vers 22 heures Alvaro confirmait sur Twitter:

DSK a annoncé qu'il doit décliner l'invitation.

Comment les responsables d'EU40 ont-ils pu ne pas prévoir ces réactions? "Les eurodéputés sont libres d'inviter qui ils veulent au parlement", a déclaré un fonctionnaire de l'institution, "et quand ils choisissent des personnes qui dérangent, c'est souvent exprès, pour susciter des polémiques et attirer l'attention. Mais parfois ils le font sans penser aux conséquences. Et je pense que cela a été le cas avec l'invitation de Strauss-Kahn".

S'il n'est donc pas sûr que le réseau ait voulu contribuer à la réhabilitation de l'ex directeur du FMI, ce dernier comptait sans doute sur le 27 mars pour retourner de nouveau sur une scène publique, après la conférence plutôt agitée de Cambridge, le 9 mars dernier. Il n'en sera rien.

Mercredi matin, à 10.20, les 754 membres du Parlement européen et leurs assistants ont reçu l'invitation suivante, sans aucune explication:




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