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Les banques allemandes en terrain miné

lundi, 26 mars, 2012 - 15:51

Les banques allemandes ont un péché mignon, un investissement peu glorieux mais dynamique: l'armement à sous-munition. Seul hic: L'Allemagne est signataire de la Convention d'Oslo, qui en prohibe l'usage et le commerce. Le secteur bancaire, Deutsche Bank en tête, avait promis de se désengager. Il ne l'a pas fait.
Repéré sur la Deutsche Welle

La Deutsche Bank a décidément de fâcheuses habitudes. Celles de miser sur des investissements éthiquement et légalement douteux. Après son fonds spéculatif indexé sur l’espérance de vie d’un échantillon de retraités américains, c’est un business non moins morbide qui défraie la chronique de cet établissement bancaire au passif déjà lourd: les armes à sous-munitions et les mines antipersonnel.

1,3 milliard d'euros

La Deutsche Bank avait été une première fois épinglée en 2011 par l’ONG Facing Finance sur la teneur de certains de ses investissements orientés vers l’industrie de ce type d’armement. Elle compte ainsi parmi ses encombrants clients le constructeur Alliant Techsystems, premier fabriquant mondial de munitions, et spécialisé dans le guilleret art des bombes à sous-munition. Une firme mondialement reconnue pour sa tendre innovation sur le marché: intégrer de l’uranium appauvri à ses meurtriers gadgets.

Si 90% des investissements allemands réalisés dans ce secteur transitent alors par la Deutsche Bank, celle-ci n’est cependant pas seule. Selon les estimations de Facing Finance et du lobby environnemental Urgewald, les institutions financières allemandes contournent massivement l’interdit: début 2011, leurs investissements dans cet explosif commerce s’élèveraient à près de 1,3 milliard d’euros, sous forme de prêts, de crédits et d’investissements.

Problème, l’Allemagne est signataire de la Convention d’Oslo, ou Convention on Cluster Munitions (CCM). Ce texte, signé par 68 Etats et entré en vigueur en août 2010, prohibe l’usage, la production, et le commerce des mines antipersonnel et des armes à sous-munitions.

Fausses promesses

Le PDG de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, s’engage alors à corriger le tir. Et l'établissement de se blanchir, début 2012. Josef Ackermann déclare ainsi le 2 février que la banque s’est retirée de tout investissement lié à l’industrie de cet armement prohibé.

Le rapport rendu public la semaine dernière par Facing Finance vient souligner un peu plus la mauvaise foi du patron, et les mensonges de la huitième banque européenne: il montre que le lendemain de l’intervention télévisée d’Ackermann, la Deutsche Bank accordait un prêt au constructeur américain L-3 Communications, fabriquant d’armement à sous-munitions. En outre, l’étude évoque cette fois le chiffre de 1,6 milliard d’euros. En d’autres termes, depuis les promesses des banques de se retirer du marché, leurs investissements y ont augmenté.

Le 22 mars, au lendemain des révélations de l’ONG facing Finance, l’opposition allemande a décidé de déposer une loi. Le SPD, la gauche et les Verts veulent encadrer légalement l’interdiction, et établir des sanctions. Objectif: sevrer cette industrie d’investissements, et surtout, éviter à l’Allemagne ce flagrant porte-à-faux vis-à-vis de la Convention d’Oslo et du droit humanitaire.


Repéré sur la Deutsche Welle: Germany still financing cluster bombs, despite pledge




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