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Qui sont les Pirates allemands ?

vendredi, 30 mars, 2012 - 10:48

Le jeune parti pirate allemand vogue de succès en succès. Mais qui sont-ils vraiment, ces moussaillons ? Les nouveaux Verts ? De sacrés buveurs de bière ? Ou bien une bande de geeks protestataires ? Il est temps de les passer à la loupe.

Le Parti pirate allemand (PP) a encore fait les gros titres cette semaine. Ils viennent en effet de conquérir un deuxième Parlement régional. Après celui de Berlin en septembre dernier, où ils ont pu installer quinze députés, c’est au tour du petit land de la Sarre de subir une vague orange [la couleur adoptée par les Pirates] . Avec 7,4% des voix, quatre pirates vont désormais y siéger.

Et leur succès ne s’arrête pas là. Rien qu’en 2011, ils ont gagné plus de 8.000 adhérents, ce qui porte leur nombre à plus de 22.000. Pourtant, il y encore peu, personne ne croyait au succès du jeune parti créé en 2006. Après leur score de 2% aux législatives de 2009, le politologue Oscar Gabriel les avait même qualifié de "parti de buveurs de bières". Et voilà qu’ils sont susceptibles de rentrer au Bundestag en 2013.

Du coup, finies les railleries. Il est temps de regarder d’un peu plus près qui sont ces Pirates qui partent à l’abordage de tous les parlements allemands.

Premiers à passer à la loupe: leurs électeurs.

Qui séduisent les Pirates ?

"Leurs électeurs se composent de deux groupes. Le premier est principalement composé de jeunes qui sont séduits par le programme des pirates centré sur la libéralisation de l’internet", explique le politologue Gero Neugebauer. Ces fans d’informatique, âgés pour la plupart de 18 à 34 ans, représentent le cœur de l’électorat Pirate.

Mais ce ne sont pas eux qui ont permis au parti de passer la barre des 5% nécessaire pour entrer au Parlement.

Le groupe le plus important est constitué de personnes qui votent pour les pirates en signe de protestation contre les partis traditionnels,

ajoute Neugebauer.

Ce qui attire ces électeurs chez les Pirates, ce serait leur promesse de rendre la politique plus transparente. Le jeune parti souhaite en effet que le citoyen puisse assister à toutes les phases du processus politique. Pour cela, les réunions de leur groupe de députés sont ouvertes à tous et diffusées en direct sur internet. Et ils veulent que les caméras aient aussi leur place dans les commissions parlementaires.

L’ignorance, pour un Pirate c’est un atout

Les citoyens sont fatigués de la politique de communication des partis traditionnels. Alors certes, Angela Merkel fait désormais des Podcasts et Sigmar Gabriel [le président du SPD] s’est mis sur Twiter. Mais les gens ont l’impression que les gouvernants n’ont pas vraiment envie d’expliquer leur politique.

L’autre aspect qui séduit les personnes fâchées avec les grands partis, c’est la candeur des candidats Pirates.

Quand Andreas Baum, le chef de la fraction berlinoise, a avoué pendant la campagne ne pas connaitre le montant de la dette de la capitale, les gens ont trouvé cela sympathique,

se rappelle Carsten Koschmieder, expert des partis politiques à l’Université libre de Berlin. 

"Les Pirates ne sont pas les nouveaux Verts"

Il est vrai que leur jeunesse et leur style peu conventionnel ont un certain charme. Voir un député berlinois arriver au Parlement en salopette de travail orange, ça bouscule un peu les habitudes des politiques traditionnels.

Ce côté alternatif leur a d’ailleurs souvent valu une comparaison avec les Verts des débuts. Souvenez-vous des baskets de Joschka Fischer… Mais selon Gero Neugebauer, les points communs s’arrêtent là.

Les Verts étaient issus des mouvements sociaux. Ils représentaient un conflit social entre l’économie et l’écologie. Les Pirates ne sont pas vraiment porteurs d’un conflit de ce genre.

Les Pirates quant à eux préfèrent se désigner comme "les nouveaux libéraux". Cependant, leur libéralisme ne s’applique pas aux marchés, mais à la société.

Pour eux le libéralisme c’est avant tout la liberté d’utiliser internet, d’accéder aux sources gratuitement, mais c’est aussi la liberté de pouvoir participer à la vie en société.

Pour cela les Pirates souhaitent des transports gratuits pour tous et une éducation sans aucun frais.

Ils veulent aussi instaurer un revenu de base distribué à tous les citoyens par l’Etat. Comme cela chacun serait libre de travailler ou non, de faire des études…

Des électeurs de tous bords

Une nouvelle approche qui a l’air de séduire les électeurs libéraux traditionnels. Lors des élections au Parlement de Berlin, les pirates ont réussi à prendre 6.000 voix au parti libéral FDP. En Sarre ce chiffre est de 4.000.

Mais le FDP n’est pas le seul à perdre des voix au profit des Pirates. Ces jeunes mordus de 2.0 ont réussi à capter 4.000 électeurs de la CDU, 3.000 du SPD, 7.000 de die Linke, et 3.000 des Verts.

Du coup les grands partis commencent à avoir peur de cette vague orange et tentent de se défendre. Leur principale attaque: la faiblesse du programme des pirates.

Or, il faut bien donner raison aux vieux loups de la politique sur ce point. Certes, les Pirates sont experts dès que l’on touche au World Wide Web. Ils ont des idées bien arrêtées en ce qui concerne les droits d’auteurs et la protection des données personnelles. Mais ils ont peu de choses à dire sur les autres sujets. La politique financière? Ni le pacte de stabilité, ni les questions d’impôts ne figurent dans leur programme. L’éducation? Mis à part en revendiquer la gratuité, pas un mot. Quant à l’Europe, elle n’apparait même pas dans les thèmes cités sur leur page internet.

Un programme bien vide… pour le moment

Des faiblesses dont les Pirates sont bien conscients.

Il nous faut élargir notre programme. Il nous faut juste un peu de temps. Nous ne voulons pas donner d’avis à la légère sans ne rien connaitre,

confirme Susanne Graf, élue au Parlement de Berlin.

Lors du congrès fédéral du PP en décembre dernier, son président Stebastian Nerz a bien insisté sur le fait que le parti devait prendre des positions claires sur des thèmes économiques et sociaux. Leurs lacunes, ils peuvent donc les combler. Mais il va falloir le faire vite. Car le charme de la candeur n’opérera qu’un temps.

Gero Neugebauer est cependant confiant, et il voit bien les Pirates faire leur entrée au Parlement fédéral en 2013. Quant à eux, ils s’affirment déjà prêts à participer à une coalition gouvernementale.

Nous voulons à long terme faire de la politique au sein du gouvernement, et plus seulement être décrits comme un parti protestataire,

affirme Bernd Schlömer, le vice président du PP.




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