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La Bosnie et la Serbie toujours malades de leurs nationalismes

jeudi, 5 avril, 2012 - 10:48

Vingt ans après le début du siège de Sarajevo, la Bosnie a bien du mal à tourner la page. Mais elle n’est pas la seule. En dépit de l’arrestation des criminels de guerre et de sa volonté de se rapprocher de l’Union européenne, la Serbie continue de jeter de l’huile sur le feu.

C’était le 5 avril 1992. Après la Slovénie et la Croatie, la Bosnie proclamait à son tour son indépendance. Le nouvel Etat allait brusquement basculer dans la guerre civile quand des extrémistes serbes tiraient sur des manifestants pacifiques fêtant ce jour historique à Sarajevo. Au cours des mois précédents l’armée populaire yougoslave avait déjà commencé à se déployer sur les collines encerclant la ville. Les premiers bombardements, un jour plus tard, marquent le début du siège de la capitale qui a officiellement pris fin le 29 février 1996.

Vingt ans après, et malgré la signature des accords de Dayton qui ont scellé le sort de la Bosnie Herzégovine désormais séparées en deux entités (la fédération croato-bosniaque et la Republika Srpska), le pays n’en finit pas de panser ses plaies.

Difficile de tourner la page dans un pays où la méfiance entre les différentes communautés reste vive. L’unité de l'Etat bosniaque n’est, en fait, qu’une fiction. Et ce ne sont pas les récents propos du président de l’entité serbe, [autoproclamée "Republika Srpska"] Milorad Dodik, qui viendront prouver le contraire.

Notre capitale est Belgrade. Nous ne reconnaitrons ni n’accepteront aucune autre capitale"

a-t-il confié dans une interview publiée le 23 mars par le quotidien autrichien Der Standard lors de son séjour à Vienne où il était venu inaugurer la première représentation diplomatique de la Republika Srpska.

"Nous ouvrirons autant de représentations qu’il y a d’Etats" ajoutait-il dans cet entretien, avant de s’en prendre à la communauté internationale :

Les occidentaux ont reconnu le Kosovo pour humilier la Serbie. La communauté internationale a estimé que les Serbes et les Kosovars ne peuvent plus vivre ensemble. En Bosnie, c’est la même histoire, mais nous devons rester ensemble".

Double jeu serbe

Les diatribes du président de la "Republika Srpska", qui a menacé à plusieurs reprises d’organiser un référendum sur son territoire pour demander aux Serbes de Bosnie de se prononcer sur leur indépendance, seraient sans importance si elles ne résonnaient pas jusqu’à Belgrade.

En dépit des discours apaisants du gouvernement Serbe qui a livré Ratko Mladic et Radovan Karadzic, les criminels de guerre les plus recherchés, en échange de l’obtention du statut de pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne, l'ex-président de Serbie, Boris Tadic, reste un adepte du double discours. Pourtant pro-européen dans ses déclarations destinées aux dirigeants de l’UE, il n’hésite pas à flatter les nationalistes quand il se prononce à la fois pour "l’intégrité de la Bosnie" et "le soutien à l’entité serbe de Republika Srpska". 

Échéances électorales

Joignant le geste à la parole, Boris Tadic s’est d’ailleurs rendu en janvier dernier avec toutes les autorités serbes à la célébration du 20e anniversaire de la Republika Srpska. Et nul de doute que celui qui il y a quelques jours encore s’emportaient contre les frappes de l’ONU pendant la guerre du Kosovo en déclarant "c’était un crime contre notre pays et nos populations", pourrait encore dans les prochains mois jeter de l’huile sur le feu.

Après avoir démissionné de son mandat le 4 avril, soit dix mois avant les échéances électorales, pour pouvoir mieux s’engager dans la bataille, Boris Tadic s’apprête à nouveau à briguer un mandat lors des législatives et lors de la présidentielles qui se tiendront le 6 mai prochain…  


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