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En Angleterre, on divorce pour tout et n’importe quoi

mardi, 10 avril, 2012 - 15:11

Sans clause de divorce par consentement mutuel, la loi anglaise force parfois les couples qui se séparent à faire preuve de beaucoup d'imagination pour convaincre les juges.
Repéré sur The New York Times

Le ragoût au thon, c'est plus possible. Je demande le divorce".

Voilà un motif que Vanessa Lloyd Platt, avocate londonienne spécialisée dans le divorce, a déjà entendu. Et ce n'est pas le pire.

En Angleterre, même pour un divorce à l'amiable les couples doivent se crêper le chignon car la loi ne prévoit pas de divorce par consentement mutuel. Il faut donc trouver un coupable, une raison pour "la rupture irrémédiable du mariage", même si la procédure ne mène pas à un procès. Les partenaires qui se séparent doivent alors présenter des raisons plutôt originales pour justifier la demande de divorce.

Concours de ridicule

En plus de trente ans de carrière, Vanessa Lloyd Platt en a ainsi entendu de belles. Elle révélait récemment dans le Times of London certaines des causes les plus excentriques mises en avant pas ses client(e)s. "C'est complètement fou", a-t-elle également confié au New York Times, "ces choses là ne devraient pas avoir leur place dans la procédure".

"Utilisation intempestive de la télécommande", "récalcitrance en cuisine", "retards répétitifs", "odeurs corporelles intenables": quand il n'y a pas d'adultère ou de "délaissement caractérisé", il n'est pas rare que les causes soulignées dans les demandes de divorce prennent une tournure grotesque.

Citée par le New York Times, Maître Lloyd Platt admet qu'il n'est pas toujours facile de garder son sérieux face à la formulation de certaines demandes. Difficile, en effet, de ne pas rire en lisant l'accusation suivante:

Le défendeur réclame du sexe tous les soirs au demandeur, ce qui est cause de friction entre les deux partis".

Des valeurs sociales obsolètes

De nombreuses voix s'élèvent depuis plusieurs années pour réclamer l'introduction du divorce par consentement mutuel, qui, selon le juge Matthew Thorpe, permettrait d'abolir "ces enquêtes douloureuses qui sont représentatives de valeurs sociales devenues obsolètes".

Le juge Nicholas Wall, président de la division du droit des familles à la cour suprême anglaise, soutient, lui aussi, un assouplissement des lois concernant le divorce. "J'ai foi en l'institution du mariage" a-t-il déclaré le mois dernier lors d'une conférence à Leeds, "mais je ne vois aucun argument contre le divorce par consentement mutuel".

Mais les conservateurs font systématiquement barrage à ces plans de réforme juridique en arguant qu'ils rendraient les divorces trop faciles à obtenir, menaçant ainsi l'institution du mariage. Les batailles de programme télé et les désaccords culinaires risquent donc de rester monnaie courante.


Repéré sur The New York Times: Tuna Again? In Fault-Finding England, It's a Cause for Divorce




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