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Le Palais de Tokyo fait son show

mercredi, 11 avril, 2012 - 16:35

Les cornes de brumes retentiront depuis la colline de Chaillot ce jeudi 12 avril au soir. Comme un signal de départ d’un paquebot trop longtemps resté à quai, la performance très sonore du jeune marseillais Fouad Bouchoucha annonce le nouveau départ du Palais de Tokyo. 

Créé il y a dix ans, le Palais de Tokyo a vu se succéder les directeurs, les projets, les ratages. Aujourd’hui, un nouveau cap est donné. Métamorphosé par les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, le centre d’art a triplé sa surface (22 000 m2). Il est fin prêt à appareiller.

Objectif: devenir une place incontournable sur la scène internationale de l’art contemporain ; et pour lever l’ancre, un warm-up impétueux, démesuré, festif. Car c’est avec 28 heures non-stop de concerts, performances, installations et conférences que Jean de Loisy, conservateur chevronné, qui a repris en 2011 les commandes du navire parisien, a souhaité donner le ton.

Une nuit blanche…et un peu plus. Automobiles radioguidées grippant un circuit composé de 6000 disques vinyle, histoire de Babar réinventée, récit strident tragi-comique de la vie d’un cochon: 80 artistes envahissent le Palais de Tokyo.

Dès l’ouverture, on voulait placer le Palais de Tokyo sous le signe d’une très forte liberté : pour ces 30 heures d’ouverture en continu, tous les espaces, à toute heure du jour et de la nuit, sont mis à disposition des artistes et du public"

revendique Vittoria Matarrese, responsable des événements spéciaux au sein de l’institution.

Ovnis provocateurs

Spécial, ce warm-up l’est à plus d’un titre. Associant stars des biennales (Christian Marclay, Daniel Buren) ovnis provocateurs et noisy (Lucas Abela) ou artistes plus confidentiels, le rendez-vous se veut une vision condensée de la programmation à venir.

Fidèle à son code génétique, le Palais de Tokyo soutient prioritairement les artistes les plus expérimentaux, les plus nouveaux, les plus intenses"

clame Jean de Loisy. L’esprit est pointu et exigeant. On pourrait le taxer d’élitisme, s’il ne marquait pas une volonté d’ouverture : l’événement est public et gratuit. 10 000 participants sont attendus.

Le défi est corsé. Outre le casse-tête d’un rassemblement, sur moins de deux jours, de 60 évènements et 250 intervenants de tous pays, les équipes ont dû concevoir le projet au cœur d’un colossal chantier: quatre niveaux ont été réaménagés, depuis la Galerie haute jusqu’aux profondeurs du niveau Seine…

Rite sacrificiel

Le béton est brut, les structures apparentes. Le Palais de Tokyo sort tout juste de dix mois d’intenses travaux. Le site, dont les deux tiers étaient jusqu’alors en friche, est désormais pleinement investi. Les artistes y ont aussi imprimé leurs marques : aux fenêtres du restaurant, on aperçoit les vitraux colorés, aux motifs de bandes dessinées, de Christian Marclay. Planant au-dessus de l’escalier principal, la sculpture de Peter Buggenhout surplombe le visiteur. Le bâtiment, créé en 1937 pour l’exposition universelle, a enfin achevé sa mue.

Cinéma, mezzanines, auditoriums, couloirs, bureaux : les artistes se sont glissés dans tous ces nouveaux interstices, et guideront le public à travers une exploration labyrinthique. Pour peu que les visiteurs parviennent à s’extraire du musée du sommeil de Joris Lacoste, ils pourront assister en direct à une version inédite de Contrawork, un rite sacrificiel étonnant, orchestrée par Hajnal Nemeth, une artiste Hongroise qui l’an dernier représentait son pays pour la Biennale de Venise.

Oraison funèbre d'une voiture décomposée

Durant 30 heures, un mécanicien procède au démantèlement, pièce par pièce, d’une voiture. Mais cette manœuvre mécanique se charge d’une dimension surréaliste : une oraison funèbre, déclamée par trois chanteurs, accompagne tout le processus de décomposition, pour un étrange opéra. Le véhicule, menace des autoroutes et symbole d’une société énergivore, devient à l’issue d’un long et méticuleux calvaire un martyre inoffensif.

Un peu plus loin, on pourra aussi écouter Vertical composition for a new muséum, une performance chantée inédite menée par l’anglais Olivier Beer. Des choristes, répartis dans l’espace, jouent de la structure du lieu comme d’une caisse de résonnance, jusqu’à en faire vibrer le bâtiment…

Cette profusion expérimentale invite à l’euphorie. Mais pour la direction du "Palais", rien n’est encore gagné. Pour 2012, l’Etat (à plus de 50%) et des mécènes privés (JTI France, la fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, la fondation Louis Roederer) ont mis la main à la poche. Pour maintenir la voilure, le principal combat sera de pérenniser ces financements. De quoi dégriser les lendemains de fête.


Le Palais de Tokyo
13, av. du Président Wilson
75016 Paris
Tel: 01 47 23 54 01
www.palaisdetokyo.com

Du jeudi 12 avril à 20h au vendredi 13 avril à minuit, ouverture non-stop. Ouverture définitive, le 20 avril, avec la 3e édition de La Triennale d’art contemporain. 




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