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François Bayrou: « mon Europe fédérale respecte les nations »

mercredi, 18 avril, 2012 - 10:44

Le candidat centriste à l'élection présidentielle a répondu à nos questions sur l'avenir de l'Europe. S'opposant à l'approche intergouvernementale, il est partisan d'une réforme et d'une démocratisation des institutions européennes. Pour lui, ce n'est pas au couple franco-allemand de dicter sa loi à tous les autres.

Une fois de plus, à l’occasion de la campagne présidentielle, l’Europe redevient le bouc émissaire de tous nos maux, à droite mais aussi à gauche. N’y a­t­il plus, en France, que le centre et les Verts pour la défendre ?

Vous le savez, je suis un fervent défenseur de l’Europe, car l’Europe est la clé de l’avenir
de la France, comme la France est la clé de l’avenir de l’Europe. Je défends une Europe démocratique, politique, efficace et juste pour nos pays et nos citoyens. Je regrette vivement que nombre de responsables politiques persistent à fermer les yeux devant cette évidence : l’Europe est par nature une zone de solidarité positive pour ses membres.

Vous préconisez un président élu au suffrage universel qui réunirait les fonctions de président du Conseil européen et président de la Commission. Mais comment faire accepter ce présidentialisme dans une Europe de culture parlementaire ?

Je tiens à l’élection d’un président de l'Union européenne au suffrage universel, pour que, enfin, un responsable politique incarne, face aux intérêts nationaux, l’intérêt supérieur de l’Union. Cette femme, ou cet homme, coordonnera le Conseil et présidera la Commission, les deux fonctions étant fusionnées.

Nous avons besoin d’une démocratisation de nos institutions européennes. Aujourd’hui les citoyens ne connaissent pas leurs dirigeants européens, qui ont été choisis dans le secret de cénacles technocratiques, ils sont perdus dans le labyrinthe institutionnel qui a peu à peu été construit.

Nous devons retrouver l’idéal démocratique qui a porté la création de l’Europe pour cette union de nations. Ceci exigera de simplifier nos institutions. Je ne doute pas que cet argument de fond pèsera de tout son poids dans les négociations que j’ouvrirai.

S'il est besoin d'une transition, le Président de l’Union peut, dans un premier temps, être élu par un Congrès des parlements de l'Europe représentant à parts égales les parlements nationaux et le Parlement européen.

Personne n’ose parler aux Français de "transferts de souveraineté". Ne sont­ils pas, avec les Britanniques, le peuple le plus souverainiste d’Europe ?

Les Français, comme tous les peuples, sont dignes et fiers. De leur histoire, de leurs institutions, de leurs principes. Il ne faut jamais oublier cela. Les Français n’ont pas été les seuls à rejeter le traité portant Constitution pour l’Europe en 2004. Je considère que les responsables politiques ne savent pas, ne savent plus, parler d’Europe aux citoyens, et plus généralement de politique au sens noble du terme.

Si je suis élu Président de la République, je restaurerai sa mission fondamentale de pédagogie civique. C’est au Président de la République d’aller devant les Français pour expliquer les raisons de ses choix, les grands objectifs qui doivent être tenus par le peuple français, par les peuples européens, pour nous relever plus forts de la crise que nous connaissons actuellement.

Vous évitez de vous déclarer "fédéraliste", alors même que Laurence Parisot, au nom du Medef, n’hésite pas à le faire…

Mon fédéralisme est de type coopératif. Comme dans une coopérative agricole, il est décentralisé. Il respecte les nations et les libertés. Le modèle fédéraliste centralisateur est un modèle qui ne marchera pas en Europe.

Le "couple franco‐allemand" n’est‐il pas un facteur de blocage majeur en Europe du fait du double verrouillage qu’il impose: l’orthodoxie monétaire que la France accepte en échange de l’approche intergouvernementale dont l’Allemagne s’accommode ?

L’Europe a besoin du couple franco-allemand que vous évoquez, mais ce n’est pas à deux pays de prescrire actions et décisions à tous les autres. Je retrouverai une relation franco-allemande équilibrée, où la vision des deux pays est exprimée clairement aux yeux de tous, et ne se présente jamais comme dominatrice.

Je suis en désaccord avec cette approche hégémonique selon laquelle la loi de l’Europe, désormais, serait la loi intergouvernementale. Au contraire, la méthode communautaire est la seule qui puisse permettre à l’Europe d’exister. Je retrouverai la méthode communautaire, avec une Commission de plein exercice en charge de la défense de l’intérêt général européen. Mais nous avons besoin d’assainir nos finances publiques, de respecter la "règle d’or", d’assurer les conditions de la stabilité et de la croissance dans notre pays et en Europe.

Peut-­‐on faire émerger une véritable démocratie européenne en s’occupant seulement des institutions ? Ne faut-­‐il pas partir d’abord des citoyens ? Mais comment leur donner le désir d’Europe ?

Nous aurons fait un grand pas vers une véritable démocratie européenne lorsque nos institutions auront été réformées, lorsqu’elles seront plus simples, plus transparentes, plus justes et plus ouvertes à la société civile. J’attache une grande importance à l’Initiative citoyenne européenne, qui offre aux citoyens européens la possibilité de faire entendre collectivement leur voix au Parlement.

Il importe de renforcer, aux yeux des gouvernements nationaux et des citoyens européens, l'importance, la légitimité des débats du Parlement européen. Il faut que le Parlement européen fasse connaître à l'opinion publique son agenda largement à l'avance. Lorsque les citoyens européens sauront qui les dirigent, pourront s’opposer à leurs décisions, pourront pleinement s’exprimer dans le débat européen, je suis certain que le désir d’Europe grandira.

On parle beaucoup de l’Europe protectrice. Les peuples ne seraient-­‐ils pas plus motivés si on leur parlait d’une Europe offensive et influente ? Est-­‐ce possible et comment ?

Effectivement, je soutiens que l'Europe a besoin d'indépendance stratégique. Nous devons lui donner une stratégie industrielle, grâce à des politiques de recherche dans des grands programmes définis ensemble: bio‐technologies, nano‐technologies, énergies nouvelles et renouvelables, astrophysique fondamentale, matériaux. Ces éléments sont fondamentaux pour permettre à la France et à l’Europe de retrouver une voix forte sur la scène internationale, pour défendre et promouvoir nos intérêts supérieurs.

Peut-on expliquer l’Europe si rien n'est fait pour la rendre vivante et concrète?

J’attache une grande importance aux campagnes de sensibilisation, à la dimension européenne des programmes scolaires, à la prise en compte de l’importance de l’Europe dans la vie quotidienne de nos citoyens. Il est important que l’école s’ouvre au monde, et notamment à l’Europe, que des experts ou associations agréés interviennent auprès des élèves pour les familiariser avec cette Europe que, souvent, ils ne connaissent pas ou connaissent mal.

Car comprendre l’Europe et son fonctionnement permettra de développer l’attachement envers cette construction et les valeurs qu’elle porte. Les échanges linguistiques, scolaires, les dispositifs Erasmus occupent une place considérable dans l’Europe de la jeunesse.




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