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La Pologne, à plein gaz…de schiste

jeudi, 19 avril, 2012 - 09:42

L'extraction du gaz de schiste c'est pour 2014 en Pologne. Bien que l'eldorado ressemble de plus en plus à un mirage, Varsovie défend mordicus sa position au niveau européen: quelque qu'en soient les conséquences environnementales, c'est le prix à payer pour l'indépendance énergétique du pays vis à vis de la Russie.
2ème volet de l'enquête de notre correspondant.

José Bové, après deux passages éclairs en Pologne l’an passé, avait déclaré:

Si nous gagnons en Pologne, c’est la fin des gaz de schiste en Europe."

Mais Varsovie n'est pas prêt à abandonner son eldorado et confirme, à Bruxelles, sa position de leader dans sa croisade pour l’extraction du gaz de schiste. Dans un rapport présenté à la mi-avril, qui doit être voté en session plénière au Parlement européen en septembre, l’eurodéputé polonais Boguslaw Sonik a contré les écologistes, en concluant:

La ligne rouge, c'est de ne pas interdire l'exploitation des gaz de schiste au niveau européen, comme le demandent les écologistes en France et en Allemagne." 

Démarrage en 2014

La Pologne, entend toujours démarrer l'exploitation commerciale des gisements de gaz de schiste à partir de 2014, et ne compte pas suivre l’exemple de la France, ni hésiter, telles la Bulgarie ou la la Roumanie, entre le mirage d’une indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie (qui livre 70% du gaz consommé en Pologne) et l’interdiction – provisoire – d’explorer les réserves nationales.

Dans des pays où le charbon domine, le gaz de schiste s’inscrit dans la stratégie énergétique de l’UE qui souhaite aboutir en 2050 à une économie à basse émission. Cette position est partagée par la Commissaire européenne à l’Action pour pour le climat, Connie Hedegaarde"

a ajouté Boguslaw Sonik en début de semaine à Varsovie.

Un gisement de promesses politiques

Alors, "no fracking Europe !", comme le souhaiteraient les écologistes ?

C’est un faux débat, car la seule idée d’un moratoire européen sur les gaz de schiste est contraire au Traité constitutionnel qui garantit la souveraineté nationale en matière de décisions concernant le secteur énergétique"

déclare Andrzej Szczesniak.

Cet expert énergétique indépendant, ne cesse de souligner que le rêve américain a peu de chances de se reproduire dans une Pologne qui rêve de devenir un eldorado énergétique européen. Le gouvernement estime désormais que les réserves polonaises représentent de 348 à 765 milliards de mètres cubes – bien loin des 5.300 milliards que faisaient miroiter les estimations américaines précédentes.

C'est pourquoi Andrzej Szczesniak dénonce également le manque de responsabilité et de sérieux de la classe politique polonaise.

De gauche à droite, nos hommes politiques parlent de l’opportunité de se libérer du joug énergétique russe, rêvent que notre pays devienne une deuxième Norvège, avec des retraites financées en partie par le fameux gaz. Et créent des mythes. Nos autorités vont jusqu’à soupçonner les services spéciaux russes de comploter avec les écologistes en France et en Bulgarie pour interdire le gaz de schiste. Et quand une société à capital mixte autrichien et russe, a obtenu une concession pour extraction du gaze de schiste en Pologne, certains politiques et médias ont prétendu que Gazprom ouvrait des structures chez nous pour prendre la main sur les ressources polonaises. Enfin, certains parlent d’un complot éco-terroriste."

Optimisme béat

Le Premier ministre libéral Donald Tusk, avait d’ailleurs déjà relayé cette dernière thèse il y a moins d’un an à Paris, à la veille de la présidence polonaise, déclarant: "Je sais parfaitement qui exerce les pressions contre l’extraction du gaz de schiste. Ne dites pas que c’est l’Europe. Certaines personnes et institutions font efficacement leur lobbying, mais nous procéderons comme nous l’entendrons".

Nicolas Sarkozy lui avait alors répondu: "On sait que le gaz de schiste est important pour vous, on ne veut pas vous créer de difficultés au niveau européen".

La grande majorité des médias polonais semble tomber dans le piège de l’optimisme béat et nourrit l’espoir que le pays devienne une grande puissance énergétique en Europe. L’information selon laquelle le gaz de schiste est aux États-Unis sept fois moins cher que celui de Gazprom consommé en Pologne, contribue sans doute à convaincre l’opinion publique (trois Polonais sur quatre seraient pour l'extraction du gaz de schiste).

Certes, le jeu en vaut toujours la chandelle. Mais il faut enfin adopter une attitude rationnelle et prendre une série de mesures. Les priorités? Une législation fiscale avec des taxes sur l’exploitation, sinon nous tombons dans le néocolonialisme avec une Pologne dominée par les majors de l’énergie, Américains en tête. Reste aussi à garantir aux propriétaires des concessions pour l’exploration la priorité pour les concessions de production. La liste est très longue"

conclut Andrzej Szczesniak.




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