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L’avortement, toujours pas à l’ordre du jour en Irlande

vendredi, 20 avril, 2012 - 16:06

Le gouvernement irlandais a rejeté hier une proposition de loi pour légaliser l’IVG dans certaines circonstances graves. L’avortement reste toujours un sujet tabou dans ce pays marqué par son héritage catholique.

Nouvel échec pour la légalisation de l’avortement en Irlande. Hier au Dáil Éireann, le parlement irlandais, une proposition de loi pour autoriser l’avortement sous certaines conditions, a été rejetée. Pourtant en 2010, la Cour Européenne des Droits de l’Homme avait condamné le vide juridique qui entoure la question de l’avortement en Irlande.

En effet, depuis 1992 la loi prévoit une exception à la criminalisation de l’avortement si la vie de la mère est menacée. Cependant, aucune structure médicale ne pratique l’interruption volontaire de grossesse sur le sol irlandais.

Ainsi, même les femmes qui répondent aux critères limités de la législation irlandaise doivent se rendre à l'étranger. Le plus souvent au Royaume-Uni, où l’avortement est légal depuis 1967.

Stigmatisation

Cette alternative est très coûteuse et les Irlandaises qui en ont fait l'expérience dénoncent la stigmatisation et le sentiment d’abandon.

Ruth Bowie est l’une d’entre elles. Elle a décidé de se faire avorter quand elle a appris que son bébé, atteint d’une maladie grave, ne pourrait pas survivre après la naissance. Elle a confié son histoire au quotidien irlandais The Irish Times, qualifiant de "cruelle" la nécessité de voyager pour la procédure.

Fervente croyante et bien consciente des conséquences de la divulgation de son nom et de sa photo dans le journal, elle explique :

Je crois en un Dieu aimant et compréhensif et que je ne serai pas damnée pour ce que j’ai fait. Je veux dire aux gens qui nous jugent: où est votre compassion? Où est l’amour dans tout ça ?”

“L’affaire X”

L'exception en cas de risque pour la vie de la mère a été adoptée à l’issue d’une affaire qui avait choqué l’Irlande. En 1992, une adolescente de 14 ans, appelée X pour protéger son identité, tombe enceinte suite à un viol par un voisin.

Les parents prévoient d’emmener leur fille en Angleterre pour qu’elle puisse y subir une IVG. Ils demandent aux forces de l’ordre irlandaises si l’ADN du fœtus avorté sera recevable comme preuve contre le violeur.

Les policiers informent le procureur général de l’intention de la jeune fille de subir un avortement. Elle est alors interdite de sortie de territoire pour une durée de neuf mois.

La jeune fille, qui avait confié à sa mère avoir des pensées suicidaires, a finalement fait une fausse couche. Mais l’affaire a suffisamment captivé et choqué le public irlandais pour que la loi soit amendée.

20 ans de flou juridique

Depuis 1992, six gouvernements successifs ont choisi d’ignorer la question de l’avortement, sujet très sensible dans un pays profondément marqué par son héritage catholique.

La députée socialiste Clare Daly a entrepris de remédier à cette faille juridique avec sa proposition de loi intitulée Traitement Médical (Interruption de grossesse en cas de danger pour la vie de la femme enceinte) 2012. Elle a expliqué au Parlement qu’elle introduisait cette réforme au nom des 150.000 femmes "exportées" pour leurs avortements.

Mais la proposition de loi a été rejetée, sans grande surprise. Le gouvernement a expliqué qu’un rapport sur la question était attendu d’ici deux mois et qu’il serait illogique de faire suite à la réforme avant la réception de ce rapport.

Victoire pour les "pro-life"… et les "pro-choice"

Les associations contre l’avortement ou "pro-life" ont applaudi cette décision. Le site de "l’Institut pour la Vie" avait publié un article critiquant la proposition de loi de Clare Daly, en affirmant que celle-ci légaliserait "l’avortement à la carte". Pour Niamh Ui Bhriain, porte-parole de l’association,

l’Irlande sert au mieux les mères et les bébés quand l’avortement est interdit et que nous offrons à la place des options qui célèbrent la vie".

Rebecca Rougheen, de Youth Defense, explique quant à elle:

Nous sommes en train de constater la poussée la plus véhémente et la plus soutenue pour écraser les lois pro-life irlandaises en vingt ans, mais nous unissons le peuple pour dire: 'pas dans notre pays, pas en notre nom'."

C’était la première fois qu’une proposition de loi pour la légalisation de l’avortement était débattue au Dail Eirann. Beaucoup d’associations féministes ont donc, elles aussi, estimé que le débat était, au moins, une première étape décisive.

Des attitudes qui évoluent

Sinead Ahern de l'association "Choice Ireland" a confié à Myeurop qu'elle s'attendait à ce résultat "néanmoins décevant", mais qu'elle avait bon espoir que la législation soit adoptée à l'automne une fois le rapport rendu. Selon elle, l'opinion publique en Irlande a énormément évolué vis à vis de l'IVG.

A l'heure actuelle la majorité des Irlandais pense que l'avortement devrait être accessible au moins pour les femmes qui ont été violées, quand la grossesse menace la vie de la mère ou quand le bébé n'a aucune chance de survie après la naissance."

L'activiste "pro-choice" tire ainsi un bilan positif de cet échec. "Le débat était très constructif et beaucoup de parlementaires se sont exprimés en faveur de la législation, même parmi ceux qui ont voté contre".

Reste un adversaire de taille: les lobbies pro-life, très influents et bien financés, qui demeurent intraitables sur l'introduction de services d'avortement dans le pays.




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