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Roms albanais: l’éducation contre l’exclusion

vendredi, 20 avril, 2012 - 12:20

A Fushë Kruja, non loin de la capitale albanaise, seuls un quart des enfants Roms savent correctement lire et écrire, renforçant l'exclusion de la communauté. Reportage.

Erinda s'arrête auprès des jeunes filles qui traînent dans les rues de la communauté Roms de Fushë Kruja, aux environs de la capitale albanaise. "Allez, tu viens aux activités aujourd’hui. Il faut venir, d’accord?". Erinda Toska a 25 ans et, depuis un an et demi, la jeune femme travaille pour l’association humanitaire ADRA Albanie (Adventist Development and Relief Agency).

Fondée en 1991, ADRA Albanie fait partie d’une des premières organisations non gouvernementale (ONG) à être intervenue dans le pays après la chute du communisme. Les financements de l’ONG sont multiples. L’ADRA Reflect Program, par exemple, est soutenu financièrement par le bureau d’ADRA Autriche et la municipalité de Vienne.

Un quart des enfants ne sont pas alphabétisés

L'Albanie n’a plus de problème d’analphabétisme depuis quelques années, au point d'afficher un taux de 98,7 % d’alphabétisation. Le pays reste cependant l’un des États des Balkans qui dépense le moins pour l’éducation: 2,6% de son PNB seulement.

Les chiffres concernant la scolarisation des Roms sont, eux, difficiles à évaluer. Un récent rapport de l’Unicef sur les communautés Roms des Balkans, on estime que seulement 40% des enfants Roms vont à l’école primaire. À Fushë Kruja, sur 233 enfants âgés entre 6 et 18 ans, seulement 57 d’entre eux sont considérés comme alphabétisés, soit seulement 24%.

Erinda coordonne depuis huit mois ce projet d’alphabétisation des enfants et des femmes de la communauté Roms du village. Les cours ont lieu au coeur de leur quartier, facilitant ainsi au maximum l'accès de la population à ce service.

Trois fois par semaine, Erinda se rend sur le terrain pour organiser les classes. Elle est assistée d'une équipe d’enseignantes et d’éducateurs. À ses côtés, il y a Erma, 28 ans et bénévole pour la même ONG, qui enseigne quelques notions d’albanais et de mathématiques aux enfants âgées entre 6 et 10 ans. Ou encore Flutra, qui s’occupe des jeunes filles, âgées entre 10 et 15 ans. Au milieu des Albanais, une jeune française de 25 ans, Marika, fait son année de service civique avec l’ONG.

"Mauvaises traditions"

Toutes avaient la même idée en tête lorsqu’elles ont commencé ce projet: donner la possibilité à ces enfants et ses jeunes femmes d’apprendre.

Nous ne leur apprenons pas seulement à écrire correctement l'albanais. A travers les mots, nous travaillons sur des thèmes comme l'éducation civique ou la vie familiale,

explique Erinda, soulignant le côté pluridisciplinaire du projet.

Nous voulons faire comprendre l’importance de l'école aux enfants et aux femmes. Nous aimerions qu’ils sortent de nos classes avec un œil critique sur leur situation et certaines mauvaises traditions, comme par exemple les mariages ou les grossesses lorsque l’on a seulement 12 ou 13 ans,

continue Erinda, visiblement touchée par la situation des femmes Roms.

Nomadisme

Difficile de faire classe à des enfants qui n’ont pas l’habitude d’aller à l'école. Le village dispose bien d'un établissement destiné à la communauté Rom, mais l'éloignement et la démotivation des uns et des autres nuisent à la scolarisation des enfants.

Normalement, ils devraient aller à l'école tous les jours. Mais le manque de motivation des parents, et celui des professeurs ne poussent pas les enfants à aller en classe,

commente Erma, énervée par cette manière de fonctionner.

Car, ces activités pédagogiques proposées par l’association humanitaire ne remplacent pas l’école. Pour Erma, l’idéal serait de n'intervenir qu'en soutien, après l’école. "Si au moins ils allaient apprendre la journée à l’école de Fushë Kruja, nous pourrions avancer davantage dans leur apprentissage en les aidant à faire leur devoir le soir par exemple", ajoute-t-elle.

L’autre problème, c’est l'irrégularité de la présence des enfants et des jeunes filles à leurs classes.

Il est difficile de les forcer à venir. Pour les jeunes femmes mariées, c’est encore plus compliqué car elles doivent s’occuper de leur maison. Et puis, ce sont des nomades. Parfois, nous avons des élèves pendant plusieurs semaines et puis un jour, on apprend qu’ils sont partis ailleurs,

souligne Erinda.

Un avenir en dehors de la maison

Ces classes d'alphabétisation ouvrent de nouvelles perceptives d’avenir pour certaines jeunes filles. Quand on leur demande ce qu’elle aimerait faire plus tard, les réponses sont hésitantes mais pleines d’espoir:

J’aimerai bien être coiffeuse,

lance Eglandina.

En face d’elle, Christina semble avoir été inspirée par le travail de l’ONG: "Je souhaiterais enseigner", dévoile la jeune fille à la classe.

Leurs familles, bien qu’au début un peu frileuses, encouragent dorénavant leurs enfants à se rendre à ces cours. Apprendre, c’est ce qu’il leur importe. Une chance que leurs parents n’ont pas forcement eu. Mais certaines familles restent encore retranchées dans leurs traditions, surtout lorsque cela concerne les jeunes femmes:

Xhella, une de nos élèves s’est mariée et ne vient plus à nos classes. Son beau-père est son tuteur désormais. Il refuse de laisser Xhella venir à nos classes car, en tant que femme mariée, elle doit rester et travailler à la maison. Voila son nouvel avenir,

raconte Erinda, consciente que parmi toutes les difficultés auxquelles son association est confrontée, l’inégalité flagrante entre les hommes et les femmes reste un problème majeur au sein de la communauté Roms de Fushë Kruja.




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