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L’extrême droite liquide le gouvernement néerlandais

lundi, 23 avril, 2012 - 12:50

Alors que Hollande mène le 1er tour de l'élection présidentielle française, les Pays-Bas n'ont plus de gouvernement. Le chef de l'extrême-droite néerlandaise Geert Wilders a fait tomber la coalition libérale-chrétienne au pouvoir. Une occasion pour la gauche hollandaise de revenir au pouvoir. Comme en France?

Il l'a fait. Geert Wilders avait annoncé à la fin de 2011 que "2012 serait l'année de vérité" pour le gouvernement et pour le soutien que son propre parti – le très populiste PVV (Partij Voor de Vrijheid) – lui vend au prix fort. Il vient de donner une explication on ne peut plus claire à cette affirmation : il a tout simplement fait chuter la coalition libérale-chrétienne au pouvoir en quittant brutalement la table des négociations budgétaires.

On savait depuis le début que si les libéraux et les chrétiens étaient prêts à avaler la soupe amère anti-immigration de Wilders, ce dernier faisait de l'opposition à l'Europe une affaire personnelle.

Un échec annoncé

L'islam ne suffit pas à maintenir la pression sur les "élites de La Haye". Pour se placer en contestataire permanent Wilders doit se trouver de nouveaux créneaux. En témoigne la création récente du site de dénonciation des Polonais et autres ressortissants de l'Est européen.

Les signes annonciateurs n'avaient pas manqué pourtant: depuis sa déclaration de "l'année-vérité", Wilders n'a jamais cessé de critiquer la politique européenne de ses alliés. Au beau milieu des négociations budgétaires, il a déclaré qu'il "ne se sentait pas prêt à signer de nouvelles diminutions". Entendez de nouvelles diminutions dans les prestations sociales. Le gouvernement avait besoin de 14 milliards d'économies supplémentaires pour satisafaire les critères de la règle d'or européenne…

Une journée pendant laquelle tout le pays était suspendu au bon vouloir du grand faux blond à l'islamophobie délirante… Une journée pendant laquelle Mark Rutte avait déployé tous ses efforts pour ramener le trublion à la table. Avec succès semblait-il. Le bruit courait dans toutes les rédactions, et puis sur toutes les manchettes, que Wilders avait arraché un accord douloureux : il restait à condition que les Pays-Bas baissent le montant de leur aide au développement d'un milliard.

Le coup de grâce

Le pays entier respirait à nouveau. Sauf que, comme à son habitude, Wilders semait de nouveau le doute sur Twitter, le 13 avril : "Les news sur l'accord du Catshuis [la résidence du premier-ministre, où avaient lieu les négociations budgétaires, NDLR] dans les médias sont tout à fait prématurées : ça peut encore partir dans tous les sens", affirmait-il.

Et puis, le coup de grâce, ce samedi 21 avril. A sa sortie des négociations, Geert Wilders annonce qu'il rompt, que le PVV n'acceptera pas "les absurdes exigences bruxelloises". Que celles-ci ne peuvent "que détériorer l'économie néerlandaise, diminuer la croissance, augmenter le chômage, et surtout attaquer les plus faibles, les retraités et les bénéficiaires de l'aide sociale".

Il réclame donc des élections au plus vite. Les sondages du dimanche démontraient que la majorité de ses partisans lui donnait raison et réclamait des élections anticipées.

La coalition poignardée dans le dos

Ce lundi après-midi, Mark Rutte présentait sa démission à la Reine. Le Premier ministre a pourtant tout tenté pour sauver la coalition.

Il s'est laissé insulter lors de la rentrée parlementaire – "Pour une fois, agissez normalement !", lui avait lancé un Wilders déchaîné devant un parlement médusé par tant de grossièreté ! Lors de la création du site anti-polonais, le chef du gouvernement s'est obstinément refusé à commenter l'action de son partenaire, pourtant critiqué aussi bien au Parlement européen qu'au sein de la toute-puissante fédération des entrepreneurs néerlandais.

Ce revers de son remuant allié ne pouvait tomber à un pire moment : la coalition – déjà minoritaire – est au plus bas dans les sondages. Alors qu'elle disposait de 74 sièges lors de la formation du gouvernement en octobre 2010, l'institut Maurice De Hond – le plus écouté des sondeurs néerlandais – la crédite de 63 sièges sur 150. Nettement insuffisant. Le parti chrétien (CDA) est en pleine crise, divisé entre son aile droite, favorable à la collaboration avec le PVV et son aile gauche, fidèle à ses idées sociales et sa conception du "vivre ensemble" malmenée par un an d'attaques populistes tout azimut, des musulmans aux Polonais en passant par la "clique de La Haye" et les "voleurs de Bruxelles"

A gauche toute !

De plus, le parti qui a engrangé le plus d'intentions de vote ces derniers mois n'est autre que le SP – le parti socialiste néerlandais –, qui s'oppose de manière de plus en plus radicale à la politique ultra-libérale du cabinet Rutte. Les partis d'opposition se réjouissent : 79 % des électeurs du parti travailliste (PvdA), 77 % des socialistes et 71 % des écolos se déclarent satisfaits de l'échec des négociations budgétaires.

Si cela ne suffisait pas, les agences de notation menacent : si les Pays-Bas n'arrivent pas à satisfaire les exigences européennes, ils perdront leur précieux triple A et devront payer leurs crédits plus chers.

Le Sénat débattra de la situation politique ce mardi 24 avril matin. Une majorité de partis réclame des élections rapides, certains pour septembre, mais les plus pressés – SP, PVV et PvdA – souhaitent que les électeurs puissent se prononcer avant l'été.

Un avertissement pour la France sarkozyste ?

Une leçon pour Nicolas Sarkozy ? Si la droite traditionnelle peut être attirée par les sirènes du populisme, voire de l'extrême-droite, droite et extrême-droite ne se font jamais de cadeau. Comme l'affirmait Jean-Marie Le Pen, "les Français préfèrent l'original à la copie". Et les résultats du premier tour (17,9% pour le FN) ont montré que les démonstrations musclées profitent aux factions les plus dures.

Si Nicolas Sarkozy devait remporter le second tour avec les voix du Front National, nul doute qu'il ferait des déçus dans tous les camps : trop à droite pour la gauche, trop nationaliste-populiste pour son propre camp et trop mou, trop centriste, pour les frontistes et leurs sympathisants qui attendent davantage que des "réformettes"…

Nul doute non plus qu'entre contestations sociales et radicalisations politiques, le nouveau gouvernement Sarkozy aurait affaire à forte partie.

A l'inverse, en cas de victoire de François Hollande, une coalition de gauche aux Pays-Bas rétablirait le déséquilibre gauche-droite européen: le premier-ministre socialiste français se sentirait un peu moins seul…




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