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Le 1er tour de la présidentielle vu d’ailleurs: bye bye Sarko

lundi, 23 avril, 2012 - 12:00

La presse européenne et nord-américaine est quasi-unanime: François Hollande devrait l'emporter au second tour. Mais la victoire du candidat socialiste sera "aigre-douce". Vu de l'étranger, les Français ont exprimé  leur "rage" en votant masivement pour Marine Le Pen.

Allemagne: des Français frustrés et en colère

Une claque cinglante… Les journaux allemands sont tous d’accord pour reconnaître la cuisante défaite de Nicolas Sarkozy au premier tour de l’élection présidentielle. Le locataire de l'Élysée "a amèrement déçu les Français, résume le quotidien munichois de centre-gauche Süddeutsche Zeitung. Il a tellement voulu et si peu fait… Il reçoit maintenant l’addition pour le plus grand plaisir de la chef de l’extrême-droite anti-européenne, Marine Le Pen, et de François Hollande."

Pour le Spiegel, les résultats annoncés hier soir sont l’expression d’un "vote de rage". L’hebdomadaire estime que "les Français sont frustrés à la vue de l'état de leur pays et en colère contre leur président, Nicolas Sarkozy". Le Financial Times Deutschland confirme: "Quel échec pour un chef d'Etat sortant de faire si mauvaise figure face à un adversaire comme François Hollande, dont la campagne a consisté, avant tout, à esquiver et qui n'a jamais vraiment réussi à enthousiasmer ses partisans".

Le "second round" s’annonce toutefois difficile pour les deux candidats toujours en lice. "Si Sarkozy veut encore gagner au deuxième tour, il devra gagner à la fois les voix de l'extrême-droite et du centre – ce qui serait en tout état de cause une prouesse inédite dans l'arithmétique politique", prévient le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Hollande et Sarkozy vont maintenant devoir tenter de séduire cet imposant réservoir de mécontents pour le deuxième tour et les extrêmes vont leur forcer la main", confirme le Tagesspiegel.

Espagne : Hollande va gagner grâce à Le Pen

"Le Pen décide, Sarkozy résiste, Hollande gagne". Et, "La droite prend des forces". Voici le résumé, en Une, de La Razón. Le quotidien très à droite n’est pas le seul à souligner le poids décisif du Front National sur le second tour. El País, de centre gauche, s’en inquiète: "Il est très préoccupant non seulement que le résultat atteint par Marine Le Pen soit le meilleur jamais obtenu par le FN, mais aussi que son discours anti-européen et xénophobe ait contaminé l’ensemble du débat politique français, et en premier lieu celui de Sarkozy lui-même".

Toutefois, le quotidien ABC évoque la "schizophrénie" de l’électorat français compte tenu des sondages qui prédisent une victoire de François Hollande au second tour grâce au report de voix d’une partie des électeurs d’extrême droite. De fait, malgré les résultats serrés, plusieurs quotidiens insistent surtout sur la victoire de François Hollande qui "redonne espoir à la gauche" d’après El País, et permet à la France d’"amorcer son virage à gauche", pour le site web de Público.

Royaume-Uni : Sarkozy battu "sauf miracle"

Outre-Manche, la presse se garde bien d’être enthousiaste. Pour le Financial Times, le score de Nicolas Sarkozy est "une claque". Le quotidien économique britannique note que "c’est la première fois qu’un président sortant n’arrive pas en tête au second tour", mais que "le rapport de force est tout de même favorable à la droite".

Pour l’éditorialiste Gideon Rachman, le positionnement de François Bayrou sera "déterminant" pour le second tour. Selon le Guardian, le deuxième tour est plié d’avance, "sauf miracle". Parlant de victoire "aigre-douce pour la gauche", le quotidien juge "inquiétante" la montée du Front National. Comme la BBC, The Independent se montre beaucoup plus prudent sur l’issue du scrutin. Le journal estime que "le débat organisé pendant l’entre deux tour peut changer la donne".

Mais ce que notent avant tout les éditorialistes britanniques, c’est que les électeurs français ont voté de "façon contestataire". Le quotidien The Telegraph, explique ce rejet par la situation économique du pays, avertissant que "cette dynamique (…) est en marche sur tout le continent où les votants sont déçus des partis et tentés de se tourner vers les extrêmes".

Italie: "une gifle" pour le président sortant

Ouragan Le Pen, Sarkozy encaisse une gifle. Dans son analyse du premier tour de la présidentielle 2012, la presse italienne s'inquiète notamment de la nouvelle percée effectuée par le FN. Il Corriere della Sera estime que Marine Le Pen a accompli un véritable exploit. Le quotidien milanais souligne aussi que pour la première fois un président sortant se classe deuxième. Les sites d'information mettent aujourd'hui en revanche l'accent sur la chute des bourses liées, disent-ils, à l'incertitude engendrée par la victoire de François Hollande au premier tour et par la démission annoncée du gouvernement néerlandais.

Grèce: le miroir des prochaines législatives

Le 6 mai, second tour des présidentielles, est également la date finalement retenue pour les élections législatives anticipées grecques. Mais ce n'est pas le seul point commun entre les deux scrutins. Les thémes des deux campagnes électorales sont également semblables: l’émigration, l’identité nationale, le hiatus peuple/élite, la sortie de l’Union européenne… L’enjeu est aussi crucial pour chacun des deux pays. Les Grecs attendaient donc les résultats d’hier comme une première indication pour leur propre vote.

Les commentaires des quotidiens de ce lundi se lisent donc en miroir par rapport à la situation intérieure. Ethnos (Centre gauche) : "Espoir français avec l’avance de Hollande. La porte s’ouvre pour le changement des alliances dans l’UE" ; Kathimerini (Centre droit) : "Menaces préélectorales sur Schengen en France", juste à côté d’un autre article : "Inquiétude mondiale sur l’Euro". La poussée du Front National fait titrer à Eleftheros Typos (Droite populiste): "Une bonne gifle à la politique Merkozy", tandis que TA NEA (Centre gauche) souligne le danger : "L’extrême droite relève la tête".

Dans une Grèce tétanisée par la crise avec une population déboussolée, le climat devient de plus en plus irrespirable. Rien que la semaine passée: matraquage délibéré d’un photoreporter par les CRS lors d’une manifestation pacifique, lapidation par la police d’un voleur de voiture albanais et provocations violentes de Chrysy Avgi, groupuscule néo-nazi qui risque bien de se révéler être la très mauvaise surprise de l’élection grecque.

États-Unis et Canada: Sarkozy paye pour son "style tape-à-l’œil"

La tendance à "l’anti-establishment" a marqué les primaires républicaines aux États-Unis, et la presse nord-américaine a centré son analyse des résultats du premier tour avant tout sur l’importance des votes contestataires.

Pour le New York Times, "la poussée de la gauche et la colère aux extrêmes reflètent un désir de changement après 17 ans de présidents conservateurs". Notant qu'il s'agit aussi d'une contestation de "la version à dominante allemande du récit de la crise", le quotidien américain établit un parallèle avec d’autres signes de protestation en Europe ce weekend. Aux Pays-Bas, avec le rejet des mesures d’austérité, et en République Tchèque, où une manifestation historique a eu lieu pour contrer l’augmentation des impôts et les coupes budgétaires.

Au Canada, le Globe and Mail se risque à faire un rapprochement entre François Hollande et Marine Le Pen, avançant que les deux candidats "font partie d’un même phénomène" car ils font tous deux "campagne contre le statu quo européen".

Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, la plupart des journaux s’accordent à dire que c’est en partie son côté "bling bling" qui lui a porté préjudice. "Style tape-à-l’œil" pour The Montreal Gazette, "un air de luxe pédant" pour le Globe and Mail, "un goût pour la vie de château" selon le Washington Post : la mauvaise réputation du président candidat est tenace outre-Atlantique.




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