Connexion

Syndicate content

La Commission européenne prise en flagrant délit d’opacité

jeudi, 26 avril, 2012 - 13:47

Suite à la polémique créée par une vidéo de la Commission européenne jugée xénophobe, Myeurop a demandé à avoir accès à tous les documents concernant sa production. Cette demande légitime et légale s'est finalement heurtée à un refus catégorique. La transparence n'est toujours pas à l'ordre du jour à Bruxelles.

Début mars 2012, la Commission européenne produit une vidéo, postée sur Youtube, censée vanter une Europe unie dans l'adversité. Le scénario du clip 'Growing together' est inspiré d'une scène célèbre du film Kill Bill. Une jeune femme blanche moulée dans une combinaison intégrale jaune identique à celle d'Uma Thurman dans le film de Quentin Tarantino, est attaquée par trois hommes à la mine patibulaire d’origines chinoise, indienne et latino. (Voir article Myeurop du 23 mars sur le sujet).

Mais, miracle, la jeune femme a le don de se démultiplier. Onze héroïnes écrasent alors les "méchants" avant de se transcender en étoiles du drapeau européen avec en incrustation la phrase qui, elle, tue vraiment: "Plus on est nombreux, plus on est forts".

Dès le 6 mars, le clip jugé raciste par de nombreux internautes, est retirée. Un fiasco qui aurait coûté, selon plusieurs articles de presse, la bagatelle de 130.000 euros. Stefano Sannino, directeur de la Direction générale de l'élargissement, se défend alors en expliquant que la polémique n'était pas prévisible, puisque le clip avait été testé avec succès sur un "groupe cible".

Le doute coule de source

C'était sans compter sur des sources internes à la Commission selon lesquelles "la vidéo a coûté beaucoupplus que 130.000 euros. On parle plutôt de 360 000 euros". Une autre 'fuite' est même allée jusqu'à remettre en cause l'existence du test auprès d'un panel d'Européens.

N'ayant cependant aucune preuve tangible, Myeurop a voulu tester jusqu'où la transparence del'Union européenne pouvait aller. Une première demande de consultation de tous les documents concernant la vidéo a donc été faite au service de presse de la DG élargissement de la Commission européenne, le 12 mars. Sansrésultat.

La demande fut réitérée le 18 mars avec pour réponse: "Nous sommes en train d'y travailler bien sûr et regardons quels documents pourraient être rendus publics". Ce qui veut dire que des documents relatifs à une simple opération de communication pourraient être gardés secrets…

La Commission joue à cache-cache

Le même jour, nous déposons une demande d'accès aux documents devant le Secrétariat général de la Commission européenne. En effet, le règlement 1049/2001, l'équivalent du Freedom of Information Act américain, permet d’accéder, en principe, à tous les documents, même élaborés avec des tiers, des institutions de l'UE.

Finalement, une réponse sera donnée le 17 avril – un mois plus tard, donc. Le directeur général de la DG élargissement nous écrit qu'aucun document ne nous sera communiqué. Pour justifier son refus en ce qui concerne la "divulgation du rapport de test" sur un groupe cible, Stefano Sannino invoque le refus du "contractant dont émane le document". Rendre public ces documents

porterait atteinte à ses relations commerciales avec les sous-traitants concernés ; cela découragerait les participants potentiels à de tels groupes de test dans le futur et aurait un effet défavorable sur les activités de conseil fournies à la Commission par l'équipe et les consultants du contractant".

Une image technocratique et opaque

Les documents financiers, et, en particulier, les factures de l'agence de communication que nous avions demandé à consulter ne nous ont pas été remis. Et pour cause, "la Commission n'a pas encore reçu de factures de la part du contractant", nous assure-t-on. Plus d'un mois après, le contractant n'aurait donc pas réclamé son dû.

Stefano Sannino précise toutefois, sans pour autant nous communiquer de preuves écrites, "qu'en termes de coûts de production, 127.397,78 euros ont été attribués à la vidéo 'Growing together'".

 

En refusant de rendre accessibles de simples documents relatifs à cette vidéo, la Commission européenne laisse planer le doute: la DG élargissement aurait-elle menti sur son coût ? Le test évoqué sur un groupe cible existe-t-il ?

Quoi qu'il en soit, l'exécutif européen ne fait, de bout en bout dans cette affaire, que confirmer l'image technocratique et opaque de l'Union européenne que bon nombre de ses citoyens se font d'elle. Ce n'était vraiment pas le moment pour elle.




Pays