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HSBC: Portrait d’une « global bank »

jeudi, 3 mai, 2012 - 10:57

myeurop avec  

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Classée parmi les premiers groupes bancaires du monde, ses messages publicitaires originaux font l’éloge de la diversité. "Multinational" peut-il, doit-il rimer avec "multiculturel" ? Reportage au sein de la banque HSBC.

Quartier d’affaire de la défense, l’immeuble accueille les ressources humaines d’HSBC France. Comme partout, les fumeurs prennent l’air, les hôtesses ressemblent à des hôtesses. Arrive en courant un salarié jeune, sans doute dynamique, qui se bat avec son noeud de cravate. Sereine, une femme porte un foulard ; elle sort son badge et passe le tourniquet. Le candidat suivant y coince l’étui de son instrument de musique. Un petit homme noir, dreadlocks, énorme casque sur la tête, entre à son tour. Le service com’ aurait-il prévu cette mise en scène à mon intention ?

L'histoire commence en Chine, en 1865, quand l’écossais Thomas Sutherland ouvre un établissement bancaire pour financer les activités commerciales dans les comptoirs. Cent quarante-cinq ans plus tard, la Hongkong and Shanghai Banking Corporation emploie 312 000 salariés dans 86 pays. L’entreprise s’est développée en agrégeant des banques locales ou nationales dans les régions du monde stratégiquement importantes. "Si Barclays symbolise la banque britannique ou la Société générale la française, HSBC représente le type-même de la banque globale."

Pierre Lebleu, directeur des ressources humaines, sourit :

Travailler avec des clients et des employés de cultures, d’origines, de religions et d’opinions différentes est, chez nous, une tradition. 

Reconnaitre les différences mais parler le même langage

Un discours qui correspond à la communication du groupe : reconnaître les différences tout en parlant un langage commun. "Nous avons été parmi les premiers à signer un accord global sur quatre thèmes de la diversité : genre, handicaps, seniors et origines", annonce Valérie Glory, responsable emploi et diversité de la filiale française. La CFDT, elle, considère ce texte comme "fourre-tout", ayant certes le mérite d’exister, mais se contentant d’un "service minimum qui donne quelques bons exemples". Valérie Glory poursuit :

Une étude menée en 2007 avec l’observatoire des discriminations a conclu à l’absence de discrimination liée aux origines ou au sexe dans nos recrutements, mais à une insuffisance côté seniors. Le rattrapage sur l’égalité salariale des femmes ou leur nomination à des postes de cadres est plutôt bien entamé: 600 managers ont reçu une formation à la diversité depuis 2005. L’entreprise participe à différents dispositifs et forums pour diversifier ses recrutements en termes d’origines ou de handicap. 

La diversité comme source de performance

HSBC ne revendique pas l’image d’une multinationale plus éthique ou plus responsable que n’importe quelle autre. Ce ne sont pas des préoccupations philanthropiques qui gouvernent la banque dont l’objectif reste clairement de gagner de l’argent. Elle a seulement expérimenté que le respect puis la valorisation des différences améliorent les performances.

Cette pratique fondamentale est économiquement profitable, souligne le directeur RH. Nous savons par expérience que la prise en compte des opinions et des cultures diverses nous rend plus réactifs, plus créatifs et plus adaptables. 

L’opération Vision and values a permis d’interroger 3 300 salariés à travers le monde. Les premiers résultats attestent de la pertinence interculturelle de "l’ouverture", de la "fiabilité" et de la "solidarité".

Un chantier qui ne s'arrête jamais

À partir de spécificités locales jamais figées et du respect des différences, une profonde culture d’entreprise semble se forger. "Depuis 2008, les offres de mobilité mondiale se développent, explique Valérie Glory. Nous sommes de plus en plus invités à postuler pour des missions de quelque temps à l’étranger." HSBC vient aussi de démarrer le programme "next generation" pour détecter et accompagner ses futurs hauts dirigeants. L’aptitude à se mouvoir dans un espace multiculturel, mais aussi à l’animer, est présentée comme un atout fondamental. Le comité mondial dédié à la diversité va dans le même sens. Il se décline au niveau continental puis national. Pierre Lebleu insiste :

J’ai vraiment pris conscience que le chantier diversité ne s’arrête jamais, que les régressions semblent inévitables, qu’il nous faut être toujours vigilants et plein d’initiatives.

Gérer le multiculturalisme, c’est combattre les discriminations en fonction du lieu et du temps. Dans l’immeuble londonien du siège social à Canary Wharf, une salle de prière a été aménagée, quand aucune demande de ce type n’a été formulée du côté français.

Échanges informels avec Valérie Glory :

Effectivement, dans nos bureaux du quartier de la Défense, les femmes peuvent porter un foulard mais, à ma connaissance, aucune d’entre elles n’est en contact direct avec la clientèle. Je croise régulièrement des collègues qui l’enlèvent en arrivant et le remettent pour partir. À HSBC Londres, pas mal de salariées portent des foulards avec un tailleur, l’uniforme bancaire. Je crois d’ailleurs que c’est plutôt l’abandon du tailleur ou des vêtements stricts qui serait considéré comme subversif…

Regard circulaire dans le hall encombré. "Dans le groupe, les Français ont la réputation d’être des râleurs et des esprits critiques, ce qui n’est sans doute pas un mal en soi. On trouve également qu’en matière vestimentaire, nous sommes assez… décontractés." Avant de partir, un dernier coup d’oeil sur Valérie Glory confirme l'opinion sur les frenchies : elle porte bien une veste très classique… mais sur un jean.
 




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