Connexion

Syndicate content

Nicolas Sarkozy découvre le chômage partiel après la bataille

jeudi, 3 mai, 2012 - 10:17

L'Allemagne a récemment mis fin au chômage partiel subventionné alors que la France découvre tardivement son efficacité pour sauver des emplois. Lors du débat d'hier soir, François Hollande a souligné le retard de la France et Nicolas Sarkozy a mis en avant le financement de "180 millions d'heures de chômage partiel". Extraits et analyse.

Pour François Hollande l'Allemagne a, dés le début de la crise, utilisé massivement le chômage partiel pour en atténuer les effets. Et ceci sans attendre que les dégâts sociaux ne soient irrémédiables.

Quand l'Allemagne met plusieurs milliards pour l'aide au chômage partiel, nous, en France, on a attendu le mois de janvier [2012] pour mettre en place un mécanisme de chômage partiel. Donc, vous avez été en retard. D'où l'ampleur du chômage.

Réponse de Nicolas Sarkozy:

Nous avons financé 180 millions d'heures de chômage partiel. […] Quand le carnet de commandes dans l'entreprise diminue, au lieu de mettre la personne au chômage, l'État prend à sa charge, avec les syndicats d'ailleurs, le temps de formation quand la personne ne va pas à l'usine ou au bureau parce qu'il n'y a pas de travail. Monsieur Hollande vient de dire qu'on a été en retard, qu'on n'a rien fait: 180 millions d'heures payées, c'est plus d'un milliard d'euros.


Chômage partiel : travaille ton dossier François…
par Hollandefail

Le chômage partiel n’a, en fait, pas vraiment le même sens pour un travailleur français ou allemand. Remis effectivement récemment au goût du jour par Paris avec la suppression de la demande préalable d'indemnisation, ce dispositif sert depuis longtemps de soupape de sécurité à la première économie européenne pour le plus grand bonheur des employeurs et de leurs salariés…

Depuis mars dernier, les sociétés hexagonales n’ont plus besoin de requérir auprès des préfets de demande d’indemnisation avant de mettre au chômage partiel une partie de leur personnel. En Allemagne, au contraire, ce système de flexibilisation du marché du travail n’est plus vraiment à la mode. L’heure actuelle est, en effet, plutôt aux hausses de salaire qu’aux dégraissements massifs…

Taux de chômage au plus bas depuis la réunification

La bonne santé de l’économie rhénane explique cette différence majeure. L’an dernier, la croissance allemande a ainsi atteint 3%, un chiffre deux fois supérieur à celui de la zone euro. Son taux de chômage a dans le même temps chuté à son plus bas niveau depuis la réunification (6,8 %) grâce à une hausse de 1,3 % de l’emploi. Et, Berlin est parvenu à ramener son déficit public de 4,3% à 1% de son produit intérieur brut (PIB) entre 2010 et 2011.

La grande force de l’Allemagne est la capacité de son économie à s’adapter en permanence au monde qui l’entoure et qui évolue sans cesse,

résume Isabelle Bourgeois, maître de conférence à l’Université de Cergy-Pontoise.

1,2 million d'emplois sauvés en Allemagne

Un des symboles les plus forts de cette flexibilité est, sans aucun doute, le recours massif au chômage partiel. En 2009, Berlin n’a ainsi pas hésité à engloutir 6 milliards d'euros dans ce dispositif, une somme dix fois supérieure à celle investie par Paris. Au second trimestre de cette année-là, plus de 1,53 million d’Allemands "profitaient" de ces aides, contre à peine 275.000 dans l’Hexagone.

Cette stratégie, certes coûteuse, aurait permis de sauver 1,2 million d'emplois, si l’on en croît les calculs de l'Institut de recherche sur le travail (IAB). Chez notre voisin, le dispositif d’indemnisation, qui date des années 1950, comprend deux différences majeures avec le nôtre.

Le législateur a tout d’abord imposé des règles différentes en fonction du motif avancé pour justifier le chômage partiel. Les raisons invoquées par l’employeur peuvent ainsi être saisonnières, structurelles lorsque son activité est à la peine, ou conjoncturelles quand l’ensemble de l’économie est en berne.

En France, l'employeur fait l'avance, en Allemagne l'Etat paye

Et, à la différence du système français dans lequel l’employeur fait l’avance de cette indemnisation qui lui est ensuite partiellement remboursée par l’État, le dispositif allemand traite l’allocation de chômage partiel comme une prestation sociale directement versée au salarié par l’assurance chômage.

Cette indemnisation s’élève à 60% du salaire net d’activité pour les salariés sans enfant et à 67% pour les salariés avec enfants. Elle est distribuée pour une période maximale de 6 mois. Ce modèle n’est toutefois pas gravé dans le marbre.

En 2009, Berlin a ainsi permis que les allocations soient versées pour une durée exceptionnelle de 24 mois. Presque tous les grands groupes cotés au Dax [le CAC 40 allemand] et des dizaines de milliers de PME ont profité de cette décision pour mettre une partie de leur personnel en repos forcé afin de passer la crise sans encombre.

Retour des embauches

Ces mises au chômage partiel massives n’ont toutefois pas créé de levées de boucliers, les représentants du personnel sachant que cette période était transitoire. Et elle l’a bien été… Dès que les beaux jours sont revenus sur l’économie allemande, les compagnies ont repris tous leurs salariés à temps plein et certaines recommencent même à embaucher.

En fait, pour être efficace, le chômage partiel doit être utilisé au plus fort de la crise et non pas après-coup comme c’est le cas actuellement en France. Il ne peut également fonctionner que dans un climat de relative confiance entre les employeurs et leurs salariés. Nous n’en sommes pas là en France…




Pays