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Parité: Mesdames les ministres toujours minoritaires en Europe

lundi, 14 mai, 2012 - 15:33

Comme il l'avait promis, François Hollande vient de réaliser la parité homme-femme au sein du gouvernement français. Une parité qui n'est atteinte que dans un seul autre pays, la Suède mais dont la plupart des pays du nord se rapprochent. Ailleurs, la représentation des femmes a tendance à diminuer lorsque les conservateurs arrivent au pouvoir. 

Myeurop sur RFI: La parité dans les gouvernements européens 

Le nouveau président de la république François Hollande l'avait promis: son premier gouvernement est composé à parité d'hommes et de femmes (17/17). Un engagement qui n'était, à vrai dire, pas facile à tenir sans donner une dimension étendue à ce cabinet. Mais le progrès est spectaculaire puisque le dernier gouvernement Fillon ne comptait que 4 femmes sur 25 ministres.

Trois femmes à la tête d'un pays

Dans le reste de l'Europe, cette parité est largement un mythe. A l'exception notable de la Suède, où sur un gouvernement de 24 ministres, 13 sont des femmes. Des femmes qui sont en outre titulaires de trois gros ministères: la défense, la justice et l'emploi. Mais le premier ministre est un homme, Fredrik Reinfeldt.

Il faut dire que les femmes chef d'Etat ou de gouvernement sont l'exception sur le continent. Si l'on excepte les trois reines d'Europe que sont Elisabeth d'Angleterre, Béatrix des Pays-Bas et Margrethe de Danemark, l'allemande Angela Merkel, la danoise Helle Thorning-Schmidt et la lituanienne Dalia Grybauskaitė sont bien isolées sur les photos officielles. Elles sont les trois seules femmes leader de leur pays sur les vingt-sept pays de l'Union. Elles sont, notons-le, plutôt du nord.

Le Nord en pointe

De fait, à côté de la Suède, deux autres pays nordiques offrent une représentation honorable aux femmes dans leur gouvernement. Le Danemark, outre son premier ministre féminin, compte neuf femmes sur 23 ministres. Neuf femmes également en Finlande mais sur un total de 19 et qui dirigent des ministères tels que celui des finances, de la justice et de l'intérieur.

Plus près de la France, un pays comme la Belgique se classe honorablement si l'on s'en tient simplement à ceux qui portent le titre de ministre. Ils sont treize dont cinq femmes. Mais si l'on rajoute les secrétaires d'Etat, le ratio tombe à 6 femmes pour 13 hommes, moins d'un tiers. Cela dit, la parité est quand même en bonne voie chez nos voisins belges puisque le parlement y compte 39% de femmes contre seulement 18,5% dans l'Assemblée nationale française sortante. Si l'on passe aux Pays-Bas, les femmes sont plus de 40% au Parlement et également un tiers au gouvernement.

La gauche favorise les femmes au sud…

Dans les pays du sud, la situation est contrastée. La parité est honorable en Espagne où les femmes sont deux fois mieux représentées au Parlement qu'en France puisqu'elles représentent 37 % des députés espagnols. Et l'ancien gouvernement socialiste de Rodrigo Zapatero faisait très fort puisqu'elles étaient majoritaires parmi les ministres. Avec le retour des conservateurs au pouvoir, la situation est moins brillante: le gouvernement Rajoy ne compte que 4 femmes sur 14 ministres.
En Italie, la constitution a beau promettre depuis 2003 un égal accès aux fonctions politiques, la féminisation du Parlement dépasse à peine 20% et le gouvernement ne compte que 3 femmes sur 18 ministres. A des beaux postes, il est vrai: l'intérieur, la justice et le travail.

… et au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, pourtant réputé pays de la diversité, la représentation des femmes s'est fortement dégradée récemment puisqu'elles ne sont que quatre parmi les 22 principaux ministres du gouvernement conservateur de David Cameron. Et les centristes du mouvement des Libéraux Démocrates sont, à cet égard, encore pires que les conservateurs puisqu'ils comptent 5 ministres, tous masculins. Au Parlement, le contraste est très fort. Autant les travaillistes ont pratiqué depuis quinze ans une politique volontariste sur la parité et comptent aujourd'hui 81 femmes sur 177 députés, autant les conservateurs et les libéraux démocrates sont un véritable contre-exemple en Europe avec respectivement 15 et 12% de femmes députées.

Quant à l'Allemagne, qui montre l'exemple en Europe par sa femme chancelière, le gouvernement y est honorablement féminisé avec six femmes sur 16 ministres au gouvernement fédéral. Des femmes qui, en outre, occupent des postes important: à part la chancellerie, la justice, le travail, l'agriculture, l'éducation… Elles sont par ailleurs un tiers des députés au Bundestag. C'est loin des performances scandinaves mais c'est quand même beaucoup mieux qu'en France.

La France victime du mode de scrutin

Assurément, la France avait un gros retard à rattrapper en matière de parité. C'est fait pour le gouvernement mais cela reste à faire au Parlement. Ce retard s'explique par le fait que les partis politiques y ont énormément tardés à féminiser leurs cadres et surtout leurs élus. Pourtant, la loi sur la parité des candidatures aux élections a été promulguée en juin 2000 mais le retard français tient beaucoup au système electoral majoritaire à deux tours qui est une véritable machine à favoriser les sortants bien implantés localement. Périodiquement, on voit d’ailleurs des élus qui ne retrouvent pas l’investiture de leur parti dénoncer des parachutages et stigmatiser des décisions prises par les états majors parisiens. Bref, si le combat de la parité peut être gagné par volontarisme à la tête de l'Etat, les progrès promettent d'être plus lents chez les députés.


Retrouvez la chronique de Daniel Vigneron sur RFI 




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