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Déportés sous Staline, ils parlent enfin aujourd’hui

mercredi, 23 mai, 2012 - 10:25

Plus d'un million d'européens ont été déportés par Staline vers les villages de la Sibérie et d'Asie Centrale avant, pendant et après la seconde guerre mondiale. Pendant trois ans, des chercheurs et des journalistes ont donné la parole aux derniers survivants arrachés à leur terre natale. 

La plupart des récits commençait par un voyage en train” raconte Marta Craveri, historienne italienne qui a fait partie de l’équipe de 13 chercheurs. Pendant près de trois ans, historiens, ethnologues, sociologues et géographes associés à des journalistes de Radio France International ont parcouru l’Europe et la Russie pour retrouver les Européens victimes de la déportation au Goulag.

Un million de personnes aurait été déplacé, avec leur famille, à l’Est. Et c’est la première fois que les historiens se penchent sur leur histoire d’aussi près. Ils ont ainsi réussi à recueillir 160 témoignages en 9 langues. Un recueil de sources orales sans précédent dans la recherche historique.

Les chercheurs ont décidé de se limiter aux personnes déportées de 1939, le début de la guerre, jusqu’à la mort de Staline en 1953. Ils s'appellent Klara, Silva, Iaroslav ou Antanas… Ils sont Lituaniens, Ukrainiens, Tchèques, Lettons ou Polonais. Et ils racontent leur histoire, de l’arrestation à la déportation dans des villages lointains de la Sibérie ou d’Asie Centrale.

Une histoire de vies brisées

Alain Blum, directeur du centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen, 

Il était question de savoir comment nous pouvions réécrire ces différentes histoires en gardant la diversité des parcours en lien avec l’expérience collective”.

Spécialiste du travail forcé en Union soviétique, Marta Craveri ne voulait pas d'une compilation d'archives natioanles, mais écrire une histoire européenne à travers les récits des déportés. La plupart n'avaient jamais témoigné:

Les deux tiers des personnes interrogées parlaient de leur histoire pour la première fois”.

Parole de déportés

Sur le site dédié à ces archives sonores, on peut découvrir les visages de ces déportés, leurs voix mais aussi les découvrir à travers des vidéos. On peut lire leur histoire, les écouter parler de leur vie au Goulag, mais aussi voir leurs documents personnels. Pour ses concepteurs, c'est un "musée virtuel".

C'est ainsi que Antanas Seikalis, né en 1933 en Lituanie, a partagé sa collection personnelle de photographie avec l'équipe de chercheurs.

Jeunes prisonniers lituaniens du camp de Kengir, en mai 1955. © Antanas Seikalis

Jeunes prisonniers lituaniens du camp de Kengir, en mai 1955. © Antanas Seikalis

 

Diffuser les témoignages

Parallélement, un livre, "Déportés en URSS: Récits d'Européens au Goulag(1)", réunit 13 témoignages sélectionnés parmi les 160 recensés. 

L'ouvrage est accompagné d’un CD audio en version originale et en version française. Une démarche multimédias permettant de retranscrire au mieux la parole de ces anciens déportés.

Il est important de laisser la version originale, même si on ne connaît pas la langue. Elle permait de saisir la musicalité du langage et rend le témoignage plus vivant".

explique valérie Nivelon, journaliste à RFI.


(1)"Déportés en URSS: Récits d'Européens au Goulag", Éd. Autrement/RFI, 24 €. Paru le 22 février 2012. Auteurs: Alain Blum, Marta Craveri et Valérie Nivelon avec les contributions de Mirel Banica, Juliette Denis, Marc Elie, Catherine Gousseff, Malte Griesse, Emilia Koustova, Anna-Marie Losonczy, Jurgita Maciulyté, Françoise Mayer, Agnieszka Niewiedzal, Isabelle Ohayon.


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