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Le centre existe… même en Europe

jeudi, 8 décembre, 2011 - 18:36

La candidature de François Bayrou fait ressortir l'éternelle question: vers qui va pencher le centre ? En Europe, tous les cas de figure sont présents. Les partis du centre ont parfois les moyens de jouer les arbitres pour mieux opter ensuite pour un camp ou pour un autre. Plus souvent à droite, quand même...

Chronique sur RFI by Myeurop

A l'heure où François Bayrou se présente pour la troisième fois à l'élection présidentielle, la France s'interroge de nouveau: qu'est-ce que le centre ? Est-ce plutôt de droite ? Plutôt de gauche ? N'est-ce qu'un leurre ? Un mouvement girouette ? 

La question est complexe, surtout quand elle s'applique au Mouvement Démocrate (MoDem), fondé en 2007 par François Bayrou justement pour affirmer son indépendance et sa liberté de pensée par rapport aux deux grandes familles politiques françaises, l'UMP et le PS.

Les partis du centre ont une histoire en France. Et, sous un régime partisan fondé sur le scrutin à la proportionnelle comme l'était la Quatrième république, ils ont même joué le rôle déterminant de pivot des majorités et des coalitions gouvernementales. Mais, avec l'avènement de la Cinquième république et de son système majoritaire, sont venues pour le centre les années de disette et les traversées du désert entrecoupées de retours aussi spectaculaires que sans lendemain (Lecanuet en 1965, Barre en 1988, Bayrou en 2007).

Depuis un demi-siècle, force est de constater que le centre a le plus grand mal à s'émanciper de la droite, dont il n'est naturellement qu'un sous ensemble. Car ce n'est pas faire injure à cette ci-devant grande famille que de constater que, à l'exception de l'étoile filante de Jean Lecanuet (générationellement encore très proche de la Quatrième république), tous les politiciens français s'étant réclamés du centre depuis l'avènement du gaullisme étaient originaires de la droite et, après s'en être éventuellement éloigné, y sont tous retournés. Une chose est certaine: le centre, en France, n'est pas issu de la gauche.

Mais qu'en est-il ailleurs en Europe ? Même si l'ADN des centriste tourne bien autour de la notion de "libéralisme social", on constate que le centre s'est détaché de la gauche dans certains pays (Royaume-Uni, Espagne), de la droite dans d'autres (France, Italie), qu'il est difficile à situer dans les pays où le mode de scrutin débouche automatiquement sur des coalitions gouvernementales (Europe du Nord) et qu'il n'existe tout simplement pas en Allemagne.

Allemagne: Quand la droite et la gauche se chevauchent

Entre la droite conservatrice (CDU-CSU) et le centre-gauche social-démocrate (SPD), la République fédérale a toujours connu un troisième parti qui, tour à tour, a joué la force d'appoint de gouvernements sociaux-démocrates et conservateurs: le parti libéral démocratique FDP.

Mais considérer le FDP comme un parti centriste serait une erreur. D'abord parce qu'il ne se revendique pas lui-même pas comme tel. Ensuite et surtout parce que son crédo reste la défense des petits patrons. Il est beaucoup plus "libéral" (dans le sens de la libre entreprise) que "démocrate" en ce sens qu'il penche incontestablement du côté de la droite même si l'opportunisme électoral l'a parfois déterminé à s'allier avec le centre gauche.

A vrai dire, CDU et SPD, ne laissant aucune chance à un "centre" d'émerger, font plus que se toucher: ils se chevauchent. En clair, certains modérés de la CDU sont moins à droite que certains "modernistes" du SPD. La meilleure illustration est la politique de réformes libérales et quasiment anti-sociales menée au début des années 2000 par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder.

Royaume-Uni: La singularité des "lib-dems"

Issu d'une scission du parti travailliste intervenue dans les années 80, le parti libéral démocrate (le "lib-dem") représente au départ la gauche moderniste et progressiste, sorte de pré-figuration du "New Labour" que Tony Blair allait mettre sur orbite dans les années 90. Mais en plus franchement libéral, même si la réforme de la City est au programme du parti.

Nick Clegg, son leader actuel devenu vice-premier ministre du gouvernement conservateur de David Cameron, l'avait affirmé haut et fort lors de la campagne électorale de mai 2010:

Nous avons besoin d’un gouvernement qui fera vraiment les choses différemment, qui rendra ce pays plus équitable et pour qui l’environnement sera vraiment important.

Car, à la grande différence du FDP allemand, les "lib-dems" ne récusent nullement l'étiquette de "centristes" et se posent même en contestaires avancés sur deux points majeurs: la protection de l'environnement et leur adhésion sans réserve à l'Europe. Dans un pays fondamentalement réfractaire à la machine bruxelloise, cette dernière posture est une vraie singularité. D'ailleurs, elle se paie comptant : lors des trois dernières élections européenne, les Lib-dems n’ont pas dépassé les 15%…

Espagne: un centre centralisateur

Bien singulier OVNI politique que cette Union Progrès et Démocratie (UPyD) née, en Espagne, des dissensions entre le premier ministre d'alors et leader du PSOE (socialistes) José Luis Rodriguez Zapatero et une passionaria du parti, Rosa Diez.

Rosa Diez ne se revendique pas nécessairement du centre. Mais sa popularité et l'originalité de son discours ont valu à sa formation 5 élus au Congrès des députés lors des dernières élections de novembre 2011. Un bon résultat dans un pays où, hormis les formations nationalistes, la gauche (PSOE et Izquierda Unida) et la droite (Parti populaire) se partagent le gâteau des votes.

A bien des égards, le parti de Rosa Diez est un cousin du MoDem français. Défenseur des libertés et de l'égalité, mettant la priorité sur l'éducation, l'UPyD se veut le chantre d'une régénération de la démocratie via un changement institutionnel. Un changement qui s'appelle l'unité espagnole.

Dans un pays de plus en plus décentralisé, où les "autonomies régionales" arrachent à Madrid de plus en plus de compétences, il est en effet audacieux de prôner, comme le fait l'UPyD, une (re)centralisation garante d'un traitement égal pour toutes les régions.

Italie: l'aiguille de la balance

En Italie, pays de bouillonnement partisan découlant du scrutin proportionnel, le centre n'a jamais été absent du paysage du fait de l'émiettement qui caractérisa longtemps la gauche modérée. Pourtant, à l'instar de la France, le centre moderne italien s'est détaché du vaste complexe de la démocratie chrétienne à l'effondrement de celle-ci, en 1994.

Pourtant, l'Union du centre (UDC) de Pier Ferdinando Casini n'a pas fait son "coming out" par rapport à ses origines. Et Casini a opté, dès la création de sa formation, pour l'alliance avec Forza Italia de Silvio Berlusconi. Pour le "Cavaliere", Casini fut un vrai compagnon de route. Ce qui lui valut, en 2001, la présidence de la chambre de députés.

A l'instar de François Bayrou avec l'UMP en France, Pier Ferdinando Casini a cependant rompu en 2006 avec un allié devenu de plus en plus encombrant. Mais, à la différence du Président du MoDem (il est vrai laminé par le scrutin majoritaire), cela ne lui a pas valu une déroute électorale. En 2008, l'UDC a ainsi remporté 35 sièges de députés et 5 sénateurs. Depuis, Casini se range résolument dans le camp de l'opposition et veut faire de sa formation libérale et catholique, l'aiguille de la balance du paysage politique italien.

Suède: le choix de la droite

Membre historique du Parti du centre, Maud Olofsson, qui en devient présidente en 2001, a fait singulièrement évoluer cette formation sur l'échiquier politique.

Le parti du centre, défenseur traditionnel de la ruralité et pourfendeur de l'énergie nucléaire, était à l'origine plutôt classé au centre-gauche. Mais Maud Olofsson en fit la formation du "libéralisme social", déterminant un rapprochement progressif avec les formations de droite.

Devenant bientôt l'alibi écolo des conservateurs, elle a contribué au succès électoral de l'alliance de droite en 2006 en entrant dans la coalition formée par les conservateurs, les chrétiens démocrates et les libéraux.

Un glissement qui fait dire aux Suédois qu'aujourd'hui, le vrai parti centriste, ce sont les Verts.
 




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