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L’Euro 2012 en Pologne: après l’euphorie, le scepticisme

vendredi, 8 juin, 2012 - 10:22

Que pensent les Polonais de l'Euro 2012 qui commence aujourd'hui. L'enthousiasme d'hier a fait place à une relative indifférence. Regards croisés de Polonais.

Les Polonais ont appris à se méfier des lendemains qui déchantent. Après l’occupation nazie, l'indépendance n'a été qu'une illusion, leur pays étant sous la férule soviétique. Puis, libérés du carcan communiste, ils ont été confrontés à dure réalité de l’économie de marché et ses laissés pour compte.

En 2007, rebelote: la Pologne est sélectionnée comme pays hôte de l'Euro 2012. C'est alors l'euphorie avec la promesse de nouvelles autoroutes, de gares rénovées, d’équipements sportifs derniers cri, de riches touristes occidentaux et d’une promotion du pays dans son ensemble. Cependant, il s’est avéré par la suite qu’il y avait aussi un revers à la médaille.

Et à la veille de l'ouverture de la compétition footballistique, le 8 juin, les inquiétudes sont grandes.

Les embarras de Wrocław

Andrzej habite à Wrocław, l’une des quatre villes polonaises qui accueilleront l’Euro : "Au début, j’étais un enthousiaste de l’Euro". Mais aujourd'hui, il ne voir plus que les aspects négatifs du championnat d’Europe des Nations. L’emplacement des écrans géants sur la place principale lui déplaît. La "fan-zone", cet espace réservé pour les manifestations officielles, est devenue un véritable ghetto encerclé de barrières. Il sera très difficile d’y accéder pendant l’Euro, alors qu’il s’agit d’habitude de la partie la plus vivante de la ville où les étudiants se retrouvent pour boire tranquillement une bière.

La ville a déroulé le tapis rouge pour les représentants de l’UEFA au détriment des habitants. De nombreuses rues à double sens sont devenues des sens uniques pour permettre aux apparatchiks du football d'éviter les embarras de la circulation. D'autres ont été reconverties en parking. Du coup, la circulation est beaucoup moins fluide.

Durant l’Euro, la paralysie sera totale. Ce sera un véritable chaos. D’ailleurs, je connais beaucoup d'habitants, des personnes âgées surtout, qui quitteront Wrocław pendant toute la durée de l’Euro. A Varsovie c'est pareil".

Seul point positif pour Andrzej: on parlera de Wrocław dans les médias européens.

A Poznań, le tram est en retard

Agata, au contraire, estime que l’Euro 2012 sera un grand évènement et que les Polonais devraient en être fiers. Elle commence par énumérer les aménagements qui ont été rénovés dans sa ville de Poznań et aux alentours : les routes, la gare, le stade et même les trottoirs et les arrêts de bus. Elle pense aussi que l’Euro 2012 sera une occasion de faire la fête ensemble.

Cet évènement soude la population. Tout le monde en parle. On va tous s’amuser comme des fous. C’est déjà le cas lors des matchs du Lech Poznań : on y va tous en famille. Il y avait bien des incidents avec les hooligans par le passé mais ce temps est révolu. Ils sont interdits aux matchs désormais. Tout est sous contrôle".

Le championnat d’Europe des Nations va également permettre de faire découvrir la Pologne aux touristes. "Et ils resteront sous son charme s’il n’y a pas de problèmes pendant l'Euro". Elle regrette cependant que les préparatifs aient débuté trop tard.

Certains travaux ne sont pas achevés. L’une des lignes de tramway n’a pas encore été totalement rénovée, mais elle sera malgré tout ouverte les trois jours où des matchs de l’Euro se dérouleront à Poznań.

C’est notre nature, que voulez-vous. On fait tout au dernier moment" plaisante Agata.

Elle reconnait aussi que les habitants auront probablement du mal à se déplacer dans la ville, mais "tout le monde oubliera rapidement ces désagréments. Seul le souvenir de cette grande fête de football restera dans les esprits des Polonais".

A Gdańsk, les prix flambent

Tomek, habite à Gdańsk, ville qui accueillera quatre autres matchs.

"L’Euro 2012? J’y suis totalement indifférent". Il n'y voit, au mieux, que des désagréments:

Les prix des nuits d’hôtels vont flamber pendant le championnat". Ses amis qui vont venir lui rendre visite au mois de juin ont donc décidé de dormir… sur la plage. En effet, la ville y prévoit un emplacement pour y monter sa tente depuis quelques années.

Toujours à Gdańsk, Zofia ne se sent guère plus concernée par l’Euro. Elle espère seulement que ce championnat se passera bien, sinon, "ce sera contreproductif pour l’image de la Pologne". Elle craint, notamment, que les connaissances linguistiques limitées des Polonais les ridiculisent.

Varsovie sous haute surveillance

Jacek et Adam sont, eux, des grands fans de football. 

Oui, je suis très content. L’Euro 2012 sera un événement fabuleux. Et arrêtons de dire qu’on n’y a arrivera pas. Montrons au monde entier qu’on est capable d’organiser quelque chose!"

s’exclame Jacek. Il ajoute aussi que le reportage récent de la BBC sur les hooligans racistes est très tendancieux.

Certes, il y a des voyous dans les stades de foot en Pologne, comme partout, mais c’est le cas surtout dans les championnats de divisions inférieures. Ce problème ne concerne pas les matchs de l’équipe nationale.

"Et puis même si des problèmes apparaissaient, les forces de l’ordre sont au point!" renchérit Adam en pointant du doigt les policiers nous entourant, qui sont déjà très présents dans le centre de Varsovie (où je recueille leurs témoignages) à quelques jours de l’Euro.

Mais il faut avouer que la construction des autoroutes a été une catastrophe"

nuance Jacek, dépité. Il juge qu’elles auraient pu coûter deux fois moins cher et que rien ne justifie le retard des travaux.

A la frontière avec l’Ukraine, calme plat

Barbara habite Horyniec, une petite localité à 5 km de la frontière avec l’Ukraine.

Je pense que l’Euro est une bonne chose pour la Pologne. Et pourtant, j’ai peur parce que je vais passer la seconde moitié du mois de juin à Varsovie et des terroristes pourraient profiter de cet événement en faisant exploser une bombe !"

s’alarme-t-elle.

Elle nous informe que le passage de la frontière avec l'Ukraine sera facilité, non seulement au poste frontière de Horyniec, mais aussi à Przemyśl.

Nous téléphonons à Paweł qui y réside. Chez lui, c'est le calme plat.

Il y a bien des bannières avec l’inscription 'Przemyśl vous souhaite la bienvenue !' en anglais et en russe, mais je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de touristes dans notre ville de taille moyenne. Il y aura des supporteurs allemands qui coucheront à Przemyśl parce qu’ils n’ont pas envie de passer leurs nuits en Ukraine [les Allemands jouent à Lviv qui se trouve à 100 km de Przemyśl] mais ça sera marginal. Et comme je ne vais jamais en Ukraine malgré la proximité parce que je n’ai rien à y faire, je ne me sens ni concerné ni inquiété par les problèmes à la frontière. – conclut-il.

Indifférence, crainte, enthousiasme… Les sentiments à l’égard de l’Euro sont donc très variés. Mais une chose est sûre : les Polonais ne font pas preuve d'un grand enthousiasme pour la championnat d'Europe de foot. Toutefois, selon un sondage, 80% des habitants de Varsovie sont satisfaits du fait que l’Euro ait lieu en Pologne. 




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