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Parité hommes-femmes au Parlement: la route reste longue

mardi, 19 juin, 2012 - 12:10

Malgré une augmentation des femmes élues lors des législatives françaises, la politique se conjugue toujours essentiellement au masculin. La France remonte de la 17ème à la 10ème place en Europe, mais avec 26,8% de femmes à l'Assemblée, on est encore loin de la parité. Etat des lieux continental d'un chantier démocratique lent et laborieux.

Malgré des améliorations, l'Europe en politique demeure un territoire de domination masculine. A l'image du Parlement européen et ses deux tiers d'hommes, les femmes restent rares dans les hémicycles nationaux selon le classement de l'Inter-Parliamentary Union.

La France avec ses 26,8% de femmes à l'Assemblée Nationale depuis dimanche dernier revient de loin. Elles étaient 18% auparavant. Mais le coq gaulois a du chemin à faire avant de rattraper la Suéde qui n'est plus très loin de la parité avec ses 44,7% de députées. Focus sur l'inégalité hommes-femmes en politique en France et chez ses voisins.

En France, l'Union des Machos Populaires

La politique française n’échappe pas au sexisme malgré la parité au sein du gouvernement Ayrault I. Egalité des sexes promise par François Hollande. Mais seulement un quart des parlementaires (les députés et les sénateurs) sont des femmes.

155 femmes sur 577 député(e)s ont été élues dimanche, contre 422 hommes. La proportion de femmes à l'Assemblée Nationale est désormais de 26,8%. A titre indicatif, la France reste derrière le Népal et l'Equateur. Pourtant, c'est un record dans l'histoire de la Ve République. Elles étaient seulement 107 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, et sept lors de la première législature de la Ve République.

Le scrutin de 2012 souligne de forts contrastes entre les partis: le PS fait figure de bon élève, avec 37% de femmes élues parmi les député(e)s, soit 106 sièges occupés par des femmes sur les 280 gagnés par les socialistes. A l'inverse, avec seulement 27 femmes élues pour 194 hommes à l'UMP, le chemin à parcourir est immense: seulement 12% des député(e)s UMP sont des femmes.

Au Sénat, un peu moins d'un quart des élus sont des femmes: 23,5%, soit 80 sénatrices pour 261 sénateurs (2011).

Les député(e)s ont néanmoins adopté à la quasi-unanimité un projet de loi le 14 février dernier, instaurant des quotas dans la haute fonction publique. L’objectif ? Porter à plus de 20% les nominations de femmes sur la période 2013-2015, de 30% pour les deux années suivantes, et au delà des 40% à partir de 2018. Les femmes représentent près de 60% des agents de la Fonction publique, mais ne sont que 14% aux postes de cadres dirigeants et 24% à ceux de cadres supérieurs.

Belgique: les quotas font pschitt

Le droit de vote des femmes existe depuis 1948 en Belgique. Mais 64 ans plus tard, elles demeurent sous-représentées dans l'appareil politique. Une tendance qui a justifié en 2002 l’adoption d’une loi imposant des quotas de candidates femmes pour certaines élections. Sur les listes électorales, la parité doit être respectée, à un candidat près.

Lorsqu’un parti présente 21 candidats, 11 d'entre eux, au maximum, peuvent donc être des hommes. Un système applicable aux élections fédérales, européennes et régionales. Les élections locales ont leurs propres règles selon les régions. Dans tous les cas, le non-respect de ces quotas est passible de sanctions.

Mais si le principe de ces quotas semble équitable, ils n'a qu'un faible impact sur la présence des femmes dans les différentes instances représentatives belges. Le système électoral est basé sur la place qu'occupent les candidats sur une liste. Le panachage est autorisé, mais la majorité des voix se portent sur les têtes de liste. Et les partis placent en tête des poids lourds qui vont "tirer" la liste. Et ces ténors sont le plus souvent des hommes.

La Belgique se place au 5 ème rang européen pour la proportion de femmes au Parlement.

Pays-Bas: la Reine qui cache la forêt

Les Pays-Bas, où les femmes ont le droit de vote depuis 1919, font un peu mieux. Le pays est à la 3 ème place européenne. De plus, le chef de l’Etat néerlandais est une femme, c'est la reine Beatrix qui règne depuis le 30 avril 1980. Le souverain des Pays-Bas est d’ailleurs une souveraine depuis 1890… Certes, mais qu’en est-il dans les institutions politiques ?

Les femmes occupent 40,7% des fauteuils au Parlement, c’est un peu plus qu’au Sénat (36%), et davantage que dans les gouvernements provinciaux (34, 6%). A un échelon plus local encore, la parité diminue: seuls 26,8% des conseillers municipaux sont des femmes. A l’inverse, presque la moitié des député(e)s européens néerlandais sont des députées.

Royaume-Uni: les LibDems n’aiment pas les femmes

La parité dans la politique britannique semble aujourd’hui bien illusoire. 143 femmes siègent à Westminster, soit une proportion de seulement 22% (2010).

Les différences sont importantes entre les différents partis. Les mauvais élèves sont libéraux-démocrates et conservateurs : seulement 12,3% de députées (7 sur 50) pour les premiers, et 15% pour les seconds (48 sur 259). L’opposition travailliste fait bien mieux, avec près d’un tiers (81 sur 177).

Il n’est donc pas étonnant que le parti travailliste – qui fut le premier parti à nommer une femme au gouvernement, Margaret Blondfield en 1924 – veuille imposer des quotas. Les autres partis politiques s’y opposent.

Les travaillistes ont d’ailleurs tenté de montrer l’exemple dès l’élection générale de 1997 et la mise en place de listes de certaines circonscriptions uniquement composées de femmes: 101 femmes avaient ainsi été élues au poste de parlementaire, contre seulement 13 conservatrices, 3 libérales-démocrates et 2 indépendantistes écossaises.

Mais le système fut suspendu pour l’élection de 2001 car jugé illégal par un tribunal, ce qui aboutit à une nouvelle rechute du nombre de femmes au Parlement. En 2005, rebelote, l’innovation paritaire du Labour est revalidée.

Ainsi, le Royaume-Uni est 13 ème du classement européen.

Espagne: pas de femmes alibi

En Espagne, les femmes politiques sont plus souvent numéro deux que numéro un. Mais contrairement à d’autres pays, leur pouvoir est réel. Elles servent rarement d’alibi pour justifier la composition essentiellement masculine des organes du pouvoir.

Dans l’Espagne de Mariano Rajoy, 37,4% des députés sont des femmes, ce qui place le pays au 6 ème rang européen. Une moyenne honorable comparée à d’autres pays. On est toutefois loin de la parité, et notamment de celle promue par la précédente mandature. En effet, le gouvernement du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero était composé en majorité de femmes, tandis que celui du conservateur Rajoy, élu le 20 novembre dernier, ne compte que quatre femmes sur quatorze ministres.

Une proportion qui ne doit cependant pas occulter le rôle prépondérant que certaines d’entre elles sont amenées à jouer. C’est le cas notamment de Sorya Sánchez de Santamaría, qui domine sans partage le gouvernement depuis son poste de vice-première ministre et porte-parole chargée des relations avec le Parlement.

Turquie: une seule femme ministre… de la famille

La Turquie multiplie les contrastes. Les femmes turques ont obtenu le droit de vote aux élections locales en 1930 et aux élections nationales en 1934, c’est à dire bien avant la plupart des autres pays européens. En 1993, Ankara comptait même à sa tête la première femme premier ministre de son histoire (la seule jusqu’à présent), Tansu Ciller.

Mais en dehors de cela, la représentation des femmes en politique reste dramatiquement faible. Dans l’actuel parlement, élu en juin 2011, seuls 14,2% des députés sont des femmes. Si on intégrait la Turquie dans le classement des pays de l'Union européenne, elle serait à la 22 ème position.

Quant à l’actuel gouvernement composé de 26 ministres, il ne compte qu’une seule représentante de la gente féminine, installée au très traditionnel ministère de la famille.

Même constat au niveau local: moins de 1% des maires élus lors des dernières élections de 2009 sont des femmes (27 femmes sur 2.948). Le parti pro-kurde du BDP est de loin le plus avenant envers les femmes qui constituent 47% des membres de ses instances dirigeantes, contre 15% pour le parti au pouvoir AKP et 16% pour le principal parti d’opposition CHP. 


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