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Pesticide : quand les abeilles ont le bourdon

jeudi, 21 juin, 2012 - 13:57

L’Italie l’a interdit pour le maïs, la France annonce son intention de retirer du marché le pesticide Cruiser pour son utilisation sur le colza. Réactions des apiculteurs et des agriculteurs.

C’est une très bonne nouvelle pour les apiculteurs, le Cruiser est un produit très dangereux, et les abeilles apprécient particulièrement le colza"

se réjouit Roland Rondelet, un apiculteur de la vallée de Chevreuse, près de Paris. Propriétaire de 206 ruches, il ne cache pas sa satisfaction.

Le pesticide Cruiser, commercialisé par la firme suisse Syngenta, est utilisé dans de nombreux pays d'Europe pour le traitement de différentes cultures agricoles. Les apiculteurs l'accusent d’être nocif pour les abeilles.

Après lecture d'un avis rendu le 31 mai par l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire), le ministre de l’agriculture Stéphane le Foll a annoncé son souhait de retirer l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de ce pesticide pour son utilisation sur le colza.

Si le retrait n'est pas encore effectif, cette annonce était attendue par les apiculteurs, et l’Union Nationale de l'Apiculture Française (UNAF) se félicite déjà de sa victoire.

Principe de précaution

Alerté à temps, j’ai interrogé les agriculteurs des alentours pour savoir s'ils utilisaient ou non le Cruiser. Ils ont été honnêtes. Certains, ayant entendu parler du doute qui existait concernant la dangerosité du Cruiser pour les abeilles, avaient choisi de ne pas l’utiliser. J’ai retiré les ruches qui se trouvaient à proximité de parcelles traitées avec le produit pour ne pas y exposer mes abeilles"

explique l'apiculteur.

Chez les producteurs de colza, les réactions sont plus nuancées.

"Produire assez ou produire bien"

Pierre Bignaux, agriculteur à la tête de 85 hectares en Basse-Normandie, estime que cette décision en faveur de la protection des butineuses ne fait que déplacer un problème qui est loin d’être réglé.

Le Cruiser est utilisé dans le traitement de semence, c’est-à-dire qu’il est intégré directement dans la graine. La quantité de matière active restant dans la plante lors de la floraison, sept mois après le semi, est alors assez faible."

Les détracteurs du Cruiser dénoncent la matière active utilisée dans ce produit, le thiamethoxam, qui serait nocive pour les abeilles. Mais selon l'agriculteur, les produits qui seront utilisés à la place du Cruiser, qui ne contiennent pas de thiamethoxam, ne sont pas moins dangereux pour l'écosystème.

A l'avenir, j’utiliserai un produit sans thiamethoxam parmi ceux qui nous sont proposés, mais ceux-ci sont à pulvériser directement sur le champ, et contiennent donc une quantité de matière active bien plus grande. Or, ces produits sont également nocifs, on le sait."

Cet agriculteur avoue être confronté à un dilemme: d'un côté la nécessité de produire en quantité suffisante, de l'autre celle de protéger l’environnement.

Le problème pour les producteurs, c’est que si on ne traite pas, on risque de perdre une grande quantité de la production. Il faut savoir si on veut produire assez ou produire bien."

"Distorsion de concurrence" en Europe 

De son côté, la société Syngenta, contactée par Myeurop, défend évidemment le Cruiser. Dans une lettre de réponse adressée à la Direction Générale de l’Alimentation, l’entreprise dénonce une intention de retrait "absolument incompréhensible".

Laurent Peron, son porte-parole en France, parle lui d'une "décision incohérente". Selon lui,

les doses administrées aux abeilles lors de l'étude étaient largement supérieures aux doses auxquelles elles sont en réalité exposées. Par ailleurs, l'expérience n'a été ralisée qu'une seule fois. Il aurait fallu la renouveller plusieurs fois en variant les doses".

Il estime que le préjudice en 2012-2013 pour le secteur agricole pourrait atteindre 230 millions d'euros. Autre argument mis en avant: la "distorsion de concurrence avec les autres pays d'Europe qui n'interdisent pas le cruiser". 

Pour la société, l'avis de l'ANSES ne remet pas en question l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser utilisé sur le colza.

Dans cet avis, l’ANSES déclare que des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer le risque réellement encouru par les abeilles, et rappelle que le "phénomène de mortalité des abeilles est d'origine multifactorielle".

Le Ministre de l’agriculture a exprimé son souhait d’inviter la Commission Européenne à mener de nouvelles recherches sur la question du thiamethoxam. La décision définitive de retirer le Cruiser OSR du marché français n’a pas encore été annoncée.

Le ministère pourrait opter pour un retrait temporaire de l’autorisation de mise sur le marché, dans l’attente d’une décision au niveau européen(2).


(2)L’UE est compétente pour dresser la liste des produits phytosanitaires autorisés dans les Etats membre, mais les AMM des produits commerciaux contenant des produits phytosanitaires sont délivrées au niveau national.




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