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Grèce: un gouvernement de bric et de broc

vendredi, 22 juin, 2012 - 16:24

Le leader du parti conservateur Nouvelle démocratie, Andonis Samaras, a finalement réussi à former un gouvernement avec le PASOK et la Gauche Démocratique. Un mariage gouvernemental par nécessité négocié par les leaders de ces trois formations que tout oppose, sauf de vouloir rester dans la zone euro. Portraits des protagonistes.

Le 21 juin, le leader du parti conservateur Nouvelle démocratie, Andonis Samaras, a finalement réussi à former un gouvernement avec l’appui du leader socialiste Evanguelos Vénizélos (PASOK) et de Fotis Kouvélis de la Gauche Démocratique (DIMAR). Ce dernier se situant à mi-chemin entre le PASOK et la Gauche Radicale (SYRIZA).

Ces trois formations ont pour seul point commun d'accepter le plan d’austérité de la Troïka (UE, FMI, BCE). Une coalition politiquement et idéologiquement des plus bancales. Jusqu’à maintenant ces trois partis étaient farouchement ennemis : ND contre PASOK depuis 1974 et DIMAR contre PASOK depuis 2010.

Et l'attelage gouvernemental est très déséquilibré. Sur les 38 ministres et secrétaires d’Etat, le PASOK le DIMAR n'ont qu'un portefeuille chacun. La durée de vie de ce gouvernement par défaut parait, dés lors, très aléatoire.

Portrait du nouveau premier ministre et des deux ex-ennemis, devenus ses compagnons de route pour cette aventure gouvernementale destinée, avant tout, à éviter que la Grèce abandonne l'euro.

Samaras, un conservateur sans panache

Andonis Samaras n’est pas connu pour être le plus brillant des politiciens de droite, loin s’en faut. Appartenant à une famille de la grande bourgeoisie athénienne il est diplômé d'Harvard. En 1977, à 26 ans, il est député de la Nouvelle Démocratie. En 1990, Konstantin Mitsotakis en fait son ministre des affaires étrangères. Mal lui en pris.

En effet Samaras, n’a eu de cesse que d’envenimer les relations entre la Grèce et la jeune République de Macédoine (ex-Yougoslave), organisant avec le soutien de l’église orthodoxe grecque des manifestations nationalistes monstres à Athènes et Salonique, alors que le Premier ministre souhaitait sincèrement un règlement diplomatique à l’amiable, avec le très modéré président macédonien Kiro Gligorov.

Le clash entre Mitsotakis et Samaras est inévitable. En 1992, il quitte le gouvernement et crée "Printemps Politique" un nouveau parti conservateur, plus nationaliste. Pensant, à tort, devenir calife à la place du calife. Aux législatives de 1993, son parti obtient seulement 5% et 10 députés sur 300. Aux européennes de l’année suivante, il obtient 9%. Mais aux législatives de 1996, c’est la descente aux enfers. Avec seulement 2,8%, il ne peut faire entrer des députés à la Vouli (l’assemblée nationale). Penaud, il retourne au bercail de la ND en 2004.

Kostas Karamanlis, Premier ministre conservateur, lui offre un petit lot de consolation en le nommant ministre de la culture, un poste où il ne connaît pas grand-chose, mais où il reste contrôle par le Premier ministre. Profitant des rivalités à la tête de la ND entre Karamanlis, Dora Bakogiannis-Mitsotakis, Samaras s’empare de la direction du parti avec l’aide de ses barons qui voient en lui une personne influençable et manipulable.

Prudents, Evanguelos Vénizélos et Fotis Kouvélis n’ont pas souhaité entrer personnellement dans ce gouvernement de coalition.

Vénizélos, rusé comme un renard

Evanguelos Vénizélos est né le 1er janvier 1957 à Salonique, issu d’une famille de réfugiés grecs d’Asie mineure chassés par Atatürk en 1922-23. Son grand père s’appelait Turkoglu. Ce dernier du donc helléniser son patronyme et choisit celui de Vénizélos, le père de la libération de la Crète et le grand politicien républicain de 1916 à 1933, plusieurs fois Premier ministre.

Evanguelos fait des études de droit à Salonique puis à Paris, où il est un militant syndicaliste étudiant très actif en 1977. De retour en Grèce, il devient professeur de droit constitutionnel à l’université de Salonique dès 1984. Il entre au PASOK en 1990 et est élu député de Salonique trois ans plus tard.

Il va rapidement devenir un poids lourd de ce parti, au sens propre comme au sens figuré. Il jongle avec les portefeuilles ministériels. De 1993 à 2011, il sera, porte parole du gouvernement en 1993-94, plusieurs fois ministre de la Culture, ministre de l’information, des transports, de la justice, du développement économique, de la défense …
En 2011-12, il est vice Premier ministre et ministre des finances. En mars 2012, après la démission de Georges Papandréou, il prend la direction du PASOK.

Kouvélis, communiste "non stalinien"

Fotis Kouvélis est un communiste atypique en rupture de marxisme. Il est né le 3 septembre 1948 à Volos dans le centre de la Grèce. Après des études de droit, il devient avocat. Au milieu des années 60, il est membre des Jeunesses Lambrakis, un mouvement de jeunes démocrates fondé par Mikis Théodorakis qui combat le roi et le régime monarcho-fasciste grec. Après la chute des colonels en 1974, il rejoint le Parti communiste de l’intérieur (KKE-es), une scission réformatrice du KKE stalinien en 1968.

Il sera membre du Comité central du KKE-es de 1975 à 1987. Quand ce dernier se transforme en Synaspismos en 1987, il en devient le Secrétaire général. Il sera député de cette formation de 1989 à 2007. Mais quand le Synaspismos se transforme en Syriza et devient plus radical, il quitte la Syriza en décembre 2010 et fonde le DIMAR avec des dissidents socialistes et communistes.

Quant au nouveau ministre des Finances et de l’Economie, Vassili Rapanos, 65 ans,c'est un banquier proche du PASOK. Il qui fut le conseiller économique du Premier ministre socialiste Kostas Simitis en 2001, à l’époque où le gouvernement a commencé à tripatouiller les statistiques du pays ! Mais il a été hospitalisé juste après avoir été nommé à ce poste décisif pour l'avenir de son pays. Selon des médias grecs, Vassilis Rapanos "s'est évanoui vendredi après-midi avant d'être transféré à l'hôpital". Mauvais présage?
 


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