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Sortie du nucléaire : où en est l’Europe ?

jeudi, 5 juillet, 2012 - 16:26

Si les risques d'accidents nucléaires sont désormais connus de tous, sortir du nucléaire suppose de trouver un délicat compromis entre enjeux écologiques, coûts de l'énergie, et négociations avec les opérateurs des centrales. Pas si simple...

En Belgique, trois des sept centrales nucléaires devaient fermer en 2015. Deux d'entre elles le seront effectivement en 2016. La troisième devra attendre… dix ans de plus ! Le nouveau plan de sortie du nucléaire examiné le 4 juillet par la coalition gouvernementale dirigée par le socialiste Elio di Rupo, envisage la fermeture des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Doel six mois plus tard que prévu initialement et repousse celle de Tihange 1 à 2025. Et ce, afin de parer aux pénuries d'électricité que pourrait connaître le pays dans le cas d'une fermeture précipitée.

Quant aux quatre autres réacteurs nucléaires, ils devront être arrêtés entre 2022 et 2025.

Pour élaborer ce plan, le secrétaire d'Etat à l'énergie, Melchior Wathelet, a dû composer entre des éléments discordants:

  • Les socialistes wallons qui refusent de voir augmenter les prix de l'électricité
  • Les nouvelles énergies dont la mise en place a pris du retard
  • Le parti Ecolo qui tente d'accélérer la dénucléarisation.

Quant à Gérard Mestrallet, PDG du groupe français GDF Suez qui assure l'exploitation des centrales belges via sa filiale Electrabel, il a prévenu que le groupe n'investirait pas dans les anciennes centrales sans garantie de rentabilité. Malgré tout, GDF aurait beaucoup à perdre dans la fermeture de son seul parc nucléaire au monde.

L'Espagne prolonge la "sœur jumelle" de Fukushima

L'Espagne vient, elle aussi, d'autoriser la prolongation de la plus ancienne de ses centrales, Garoña, construite en 1971. La situation de ce centre, proche du Pays Basque, est pourtant plus que préoccupante. Et pour cause, sa technologie est identique à celle du premier réacteur de Fukushima. Mais un déficit énergétique espagnol de 24 milliards d'euros nécessite d'autoriser le report de six ans de la fermeture de la centrale, en 2019.

En Allemagne, un an après l'annonce d'Angela Merkel de la dénucléarisation à l'horizon 2022, les polémiques sur cette décision vont bon train. L'électricien allemand, Vattenfall Europe, prédit une augmentation de 30 % de l'électricité allemande d'ici 2020. Un chiffre démenti par les associations écologistes. Les électriciens réclament, en outre, une contrepartie financière au préjudice causé par la fermeture des réacteurs. Contrepartie qui s'élève à plusieurs milliards d'euros.

Le nucléaire toujours impopulaire

La difficulté à sortir du nucléaire n'encourage guère les autres pays à sauter le pas.

La France, avec 58 réacteurs qui fournissent 75 % de ses besoin en électricité, pourrait bien être l'un des derniers pays à s'extraire de l'énergie atomique. Promesse de campagne de François Hollande, la fermeture du site de Fessenheim en 2017 a été, depuis lors, remise en question. EDF se préparerait même à investir 20 millions d’euros supplémentaires pour sécuriser le site, conformément aux prescriptions de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

En Italie, le nucléaire, abandonné en 1987, est, pour sa part, bel et bien mort. Et n'est pas près de renaître, étant donné la vigueur du « non » (94 % des voix) au référendum de juin 2011. Un revers pour Silvio Berlusconi qui souhaitait relancer l'énergie atomique. Il faut dire que le référendum intervenait trois mois après la catastrophe de Fukushima et quelques semaines seulement après que la Suisse et l'Allemagne ont tour à tour annoncé leur retrait du nucléaire.

Si des enjeux économiques et politiques rendent encore difficile en Europe la sortie de l'atome, elle semble inexorable en Europe, à plus ou moins long terme, du fait de l'impopularité massive de cette énergie.




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