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Pour les jeunes Espagnols, la famille ou l’exil

mardi, 17 juillet, 2012 - 13:15

Deux Espagnols sur trois âgés de moins de trente ans vivent toujours chez leurs parents. Pour des raisons culturelles mais surtout économiques, ce phénomène touche davantage le sud de l'Europe que les pays du nord. Et quand ils coupent le cordon, c'est pour quitter leur terre natale.

"J’aimerais quitter le domicile familial, mais je ne sais pas comment m'y prendre", confie Paula au quotidien espagnol El Pais. A 28 ans, cette professeur dans le secondaire est représentative de la génération "Tanguy" ibérique.

Deux Espagnols sur trois, entre 20 et 29 ans, vivent toujours chez leurs parents selon une étude intitulée La transición de los jóvenes a la vida adulta: crisis económica y emancipación tardía (La transition de la jeunesse vers la vie adulte: crise économique et émancipation tardive) réalisée début juillet pour la banque ibérique La Caxia.

Ce phénomène n’est pas nouveau (lire notre article de 2011). Mais depuis le début de la crise, il prend de l'ampleur. En 2005, ils étaient moins d’un jeune sur deux, dans la même tranche d’âge, à vivre chez leurs parents.

L’émancipation des jeunes a reculé à son niveau de 2000"

explique Almudena Moreno, titulaire d’un doctorat en sociologie de l’Université de Barcelone et co-responsable de l’étude et interrogée par le quotidien espagnol.

Le chômage, premier responsable

Selon l’étude, le chômage et la précarité de l’emploi sont les premiers responsables de ce phénomène. En Espagne, pas loin d’un jeune sur deux est au chômage, contre seulement un sur cinq fin 2007. Une situation qui ne fait que retarder l'émancipation des jeunes adultes de l’autre côté des Pyrénées. Sans indépendance économique, il devient difficile de louer ou d’acheter un logement.

Et quand ils arrivent à trouver un emploi, les jeunes quittent le domicile familial plus tard que dans de nombreux pays européens. En Espagne, l’âge moyen pour quitter le domicile familial est de 29 ans, contre seulement 23 ans en Finlande. Il serait de près de trente ans en Bulgarie, en Slovénie et en Slovaquie.

Ce n’est pas qu’une question de différence culturelle (avec la Finlande). Les jeunes ne reçoivent pas les mêmes aides sociales dans les deux pays"

note Almudena Moreno.

Qu'ils soient au chômage ou non, 44,1% des 16-34 ont besoin de l'aide financière de leurs parents pour boucler leur fin de mois, une augmentation de 4% par rapport à 2005.

Rupture avec l'Etat

En Espagne, seulement 2,9% des dépenses sociales sont destinées aux jeunes. Un taux bien inférieur aux autres pays Européens, et en particulier à ceux du Nord, comme au Royaume-Uni, où il est de 6,6% selon El Pais.

Plus grave encore, il apparait que les jeunes sont de plus en plus nombreux à tourner le dos aux services sociaux. Un phénomène qui, pour de nombreux spécialistes, s'explique par le fait que les jeunes font de moins en moins en confiance à l'Etat et aux institutions.

Il existe une sorte d'incompréhension entre les jeunes et l'Etat: une délégitimisation réciproque. En vérité, les jeunes ne sollicitent pas les programmes sociaux qui leurs sont destinés et c'est un gros problème"

note le professeur Antonio Lopez, un des auteurs du rapport.

En 2009, seul 1,2% des bénéficiaires d'aides sociales étaient des jeunes, note le quotidien espagnol.

La "génération boomerang"

De nombreux spécialistes font aussi état d’une "génération boomerang": après une expérience professionnelle non concluante, de plus en plus de jeunes choisissent de retourner vivre chez papa-maman. Même constat chez les jeunes diplômés, qui après plusieurs mois de galère à chercher un emploi, retournent habiter chez leurs parents.

Pire, près de deux Espagnols sur trois entre 15 et 35 ans se disent prêt à immigrer pour des raisons professionnelles. Le nombre de jeunes ibériques à tenter leur chance à l’étranger ne cesse d’augmenter. Les départs vers l’Argentine, le Brésil et d’autres pays d’Amérique Latine sont en constante hausse depuis le début de la crise.

En Grèce, au Portugal et en Italie, trois des pays les plus touchés par la crise, de plus en plus de jeunes quittent, eux aussi, leur pays pour de meilleurs horizons.

La famille, amortisseur social

En Europe du Sud, la famille fait souvent office d' "amortisseur social". C'est toujours le cas en Espagne, en Italie et au Portugal.

Il y existe deux soutiens majeurs à ces jeunes: d'un côté les amis, souvent dans la même situation, qui permettent de socialiser. Et de l'autre, la famille, qui joue le rôle d'amortisseur social"

explique José Manuel Martínez, professeur de psychologie à l'Université Autonome de Madrid, et spécialiste des questions touchant à la jeunesse, dans El Pais.

Et comme cette situation touche désormais l'essentiel de toute une génération, les jeunes l'acceptent plus facilement, car elle devient la norme. Cela a donc des répercussions moins grave sur l'estime de soi.




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