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Elections néerlandaises : la reine ou le chaos ?

Aux Pays-Bas, le libéral Mark Rutte (ici avec ses filles) arrive en tête des élections.

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13.09.2012 | 17:44

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Les Néerlandais se réjouissent du retour des Pays-Bas à une politique plus modérée et de la punition infligée au populisme. Mais une coalition entre les vainqueurs sera d'autant moins facile que la reine Beatrix est désormais exclue du processus de formation du gouvernement...

Les sondages n'ont pas vu venir le double ras de marée: alors qu'ils avaient donné le socialiste Emile Roemer, le "Mélenchon de Hollande", grand gagnant pendant des semaines, les débats télévisés ont été décisifs lors de la dernière ligne droite. Et la médiacratie néerlandaise a sorti de son chapeau deux vainqueurs à la Pyrrhus : le libéral Mark Rutte, qui établit un record historique pour son parti, le VVD, avec 41 sièges au parlement. Et le travailliste Diederik Samson qui revitalise un PvdA jugé exsangue en arrachant 39 sièges !

Le PVV de Geert Wilders s'effondre littéralement, passant de 24 à 15 sièges, ex-aequo avec le SP - parti socialiste - d'Emile Roemer, tandis que les chrétiens du CDA plongent à 13 sièges (-8). Les centristes de D66 gagnent 2 sièges et s'établissent à 12 pendant que les écolos de Groen Links dégringolent de 10 à 3 sièges, devenant ainsi une force politique aussi négligeable que le Parti des Animaux (2 sièges) ou des Retraités, 50plus (2 sièges). Le Parti Pirate qui se présentait pour la première fois n'engrange aucun résultat tangible.

Personne n'avait prévu une telle concentration de voix sur deux partis. Et l'hebdomadaire Vrij Nederland a beau titrer "Retour vers des Pays-Bas ouverts et tolérants", la partie n'est pas gagnée pour autant. En effet, ce que les Néerlandais souhaitent aujourd'hui, c'est un peu de stabilité politique: en dix ans, ils viennent d'élire leur sixième gouvernement !

Deux partis aux antipodes sur le social et l'économie

Mais les coalitions ne vont pas être faciles à trouver. Car si la presse étrangère s'est surtout concentrée sur la victoire de l'idée européenne sur les souverainistes, elle a oublié l'essentiel : les deux partis en présence ont non seulement une idée différente de l'Europe, mais ils sont aussi aux antipodes sur le social et l'économie.

Mark Rutte, le premier ministre sortant, se réjouit à l'idée de poursuivre le chantier qu'il a ouvert : des réformes drastiques et des coupes budgétaires douloureuses, surtout pour les plus faibles. Tandis que Diederik Samson, le leader travailliste, ambitionne de redresser la situation néerlandaise tout en assurant une redistribution plus équitable des richesses.

Un gouvernement gauche-droite comme celui-là sera difficile à mettre sur pieds. D'autant qu'à eux deux, les partis vainqueurs rassemblent 80 sièges au Parlement, mais n'ont toujours pas de majorité au Sénat.

La reine mise hors jeu

Un autre important détail a échappé à l'ensemble de la presse étrangère: la reine Beatrix ne participera pas à la formation du prochain gouvernement.

Alors que pendant des décennies, elle avait vu défiler au palais royal les présidents des partis pour les entendre et peser de toute son autorité sur la composition et les équilibres gouvernementaux, elle en sera exclue cette année.

Car, en mars dernier, un mois avant que le gouvernement tombe, le parlement a voté discrètement une réforme institutionnelle essentielle: désormais, ce sont les membres du Parlement eux-mêmes qui doivent négocier et former la nouvelle coalition gouvernementale. C'est donc à la présidente du Parlement, Gerdi Verbet, d'entamer les négociations. Un seul problème: la socio-démocrate qui a surtout brillé par son absence d'autorité pendant tout son mandat, a décidé de se retirer de la vie politique ! Ce qui ajoute une nouvelle pièce au casse-tête.

Une icône intouchable

Alexander Pechtold, le président du parti centriste D66 s'est proposé pour assurer le rôle "d'informateur "- aux Pays-Bas comme en Belgique, cet intermédiaire est chargé d'approcher les présidents de partis afin de constituer une plate-forme gouvernementale - entre les deux vainqueurs et se fait fort d'obtenir rapidement une coalition. Mais, outre son évident manque de charisme, Pechtold ne dispose pas de l'autorité royale.

Car ici, comme au Royaume-Uni, la reine est une icône. La fête du travail a été remplacée aux Pays-Bas par le "jour de la reine" - le Koninginnedag - qui draine des foules énormes à chaque déplacement de la souveraine et déchaîne la liesse populaire. 

L'étoile de Geert Wilders a ainsi commencé à pâlir dans les sondages lorsque ce dernier a attaqué la reine et la princesse Maxima pour avoir porté le voile alors qu'elles visitaient une mosquée d'Abou Dhabi.

L'autorité royale est loin d'être symbolique. En septembre 2010, alors que l'informateur de l'époque, Ivo Opstelten, déclarait qu'il ne pouvait trouver de coalition gouvernementale, c'est la reine qui a insisté et obtenu qu'on applique cette formule de cabinet minoritaire libéral-chrétien soutenu par le populiste.

Fin de 10 ans de populisme

Pechtold aura-t-il vraiment l'autorité et l'habileté nécessaire afin de réunir autour de la table une coalition crédible? S'il veut une majorité au Parlement et au Sénat, il devra faire appel à une quatrième formation politique. Les chrétiens sont décrédibilisés, les écolos atomisés, le parti socialiste a été brandi comme épouvantail par la droite et son programme est incompatible avec celui des libéraux...

Même si une coalition élargie devait l'emporter, personne ici n'est prêt à parier sur sa longévité. La crise européenne et la survie du "modèle des polders" constituent des enjeux importants et nécessitent une unité politique difficile à réaliser dans une telle conjoncture électorale.

Une bonne nouvelle toutefois dans cet imbroglio politico-électoral : les Néerlandais viennent (momentanément ?) de fermer la porte à 10 ans de populisme. C'est la première fois, en effet, depuis l'ascension fulgurante de Pim Fortuyn avant les élections de 2002, qu'un bon nombre d'électeurs reprennent leurs voix à un leader radical pour les reporter sur les partis classiques.

Geert Wilders a eu beau verser une larme devant ses fidèles mercredi soir, cela ne le rendra pas plus fréquentable. Dans toutes les coalitions possibles que les analystes ont mises en avant ces dernières heures, aucune ne considère le PVV comme une partenaire possible. Le Parti de la Liberté ne devrait pas s'en remettre de sitôt. A moins d'une nouvelle crise grave de l'euro ? 





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