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Les OGM, une polémique de dimension européenne

vendredi, 21 septembre, 2012 - 12:54

En pointant les dangers d'un maïs OGM de Monsanto, l’étude controversée réalisée par une équipe de chercheurs de l’université de Caen a relancé la polémique entre partisans et détracteurs de ces cultures. Un débat qui traverse toute l’Europe.

Chronique sur RFI - Les OGM by Myeurop

Pour la première fois au monde, un OGM et un pesticide ont été évalués pour leur impact sur la santé plus longuement et plus complètement que par les gouvernements et les industriels. Or les résultats sont alarmants"

résume Gilles-Éric Séralini, professeur à l’université de Caen, pilote de l’étude menée sur des rats de laboratoire pointant les conséquences sur la santé du maïs OGM NK603 – autorisé à l'importation mais non cultivé en Europe – et de l'herbicide Roundup, tous deux produits par Monsanto.

Ces résultats ont fait l’effet d’une bombe, relançant la guerre de tranchée que se livrent depuis plus de 10 ans partisans et détracteurs des cultures transgéniques. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé que si le danger de certains OGM était avéré, la France "défendrait au niveau européen" leur interdiction. Le gouvernement a d’ailleurs déjà saisi l’Agence de sécurité sanitaire et la Commission européenne a fait de même auprès de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire, demandant une procédure rapide qui pourrait prendre quelques semaines.

Sans attendre les conclusions, Bruxelles a déjà annoncé le gel de l’examen de la demande de renouvellement de l’autorisation de culture accordée à Monsanto pour le MON 810, un des deux seuls OGM, avec la pomme de terre Amflora développée par BASF, dont la culture est autorisée en Europe.

L’Espagne, championne européenne des OGM

Malgré cette autorisation, La France, la Hongrie, le Luxembourg, la Grèce, l’Allemagne, l’Autriche et la Bulgarie, rejoints par la Pologne en avril dernier, ont décrété un moratoire. Selon l’organisation suisse Stop OGM, quelque 260 régions et plus de 4500 communes en Europe se sont aussi autoproclamées "sans OGM". A l’opposé, l’Espagne, championne européenne, cultive 50 000 à 100 000 hectares de maïs OGM.

Le Portugal, la République tchèque, la Slovaquie et la Roumanie autorisent également de plus petites surfaces. En 2009, le nombre d’hectares ensemencés sur le continent était toutefois en recul. Seulement 94 750 contre 107 000 l’année précédente, selon le Service international pour l’acquisition d’applications agricoles biotechnologiques, une association qui promeut l’utilisation des OGM.

Derrière ces chiffres plane cependant des zones d’ombre. Ainsi, selon Stop OGM, du colza transgénique de Monsanto pousse en Suisse sur deux sites de l’enceinte portuaire de Bâle et une station ferroviaire du canton, malgré leur interdiction. Déjà, cette fois en Allemagne, les autorités avaient ordonné en 2007 l'arrachage de plants de colza OGM non-autorisés dans l’Union européenne et de colza traditionnel contaminé poussant à proximité.

Manque de transparence

Reste que si les surfaces concernées par les OGM sont réduites, de nombreux doutes subsistent également sur la présence de ces variétés dans les assiettes… En janvier dernier, 44 sortes d’OGM pouvaient en effet être importées à des fins alimentaires dans l’Union européenne (soja, maïs, colza et dans une moindre mesure pomme de terre et betterave), provenant essentiellement des Etats-Unis, d’Argentine, du Brésil ou de Chine où la culture de plantes OGM est autorisée et pratiquée à grande échelle.

Destinés à l’alimentation animale – 80% des 4, 5 millions de tonnes de soja importé chaque année du Brésil pour nourrir les porcs et volailles est transgénique, selon Greenpeace – ou à la fabrication d’ingrédients pour l’industrie agroalimentaire, les OGM ne peuvent pas toujours être décelés par les consommateurs en dépit de la réglementation : depuis 2004, Bruxelles oblige les fabricants de produits alimentaires contenant plus de 0,9% d’ingrédients génétiquement modifiés à les signaler par une étiquette.

Mais l’affaire se complique avec les produits issus d’animaux nourris avec de l’alimentation OGM. Les viandes et les aliments provenant d’animaux, comme les œufs ou le lait, et leurs dérivés (yaourts, biscuits…) ne sont soumis à aucune obligation d’étiquetage même si, depuis le 1er juillet, les producteurs peuvent, en France, bénéficier du label "nourris sans OGM" garantissant qu’ils contiennent moins de 0,1 % d’OGM.

Avant la France, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie pratiquaient déjà cet étiquetage spécifique. De quoi rassurer les consommateurs qui au niveau européen y sont à 71% opposés, selon un sondage Eurobaromètre réalisé par la Commission Européenne, de décembre 2010 ? C'est peu probable.




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