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Séries TV: mieux que « Les Experts », les eurocrates

mercredi, 26 septembre, 2012 - 15:15

Eurodéputés vaniteux, lobbyistes cyniques, eurocrates improbables et… meurtres. Les producteurs de séries TV s'intéressent à l'univers impitoyable de l'eurocratie bruxelloise. Babylon, méga-production, et une web-série ont préféré les vices de Bruxelles à ceux de Miami. Mission impossible?

A voir la page d'accueil du site Euronoir.eu, on pourrait croire à un blockbuster hollywoodien: un ciel orageux, une ville écrasée aux pieds d'un immense palais sombre, un hélicoptère à l'horizon… Un seul élément détone: le drapeau européen au premier plan, blême, délavé.

Un titre barre l'écran : BABYLON. Pour une première série dans les méandres des institutions bruxelloises, cela s'annonce grandiose. On apprend que la série sera produite par Zentropa, la "boîte de prod" de Lars von Trier, en partenariat avec quatre chaînes européennes.

Le réalisateur allemand Olivier Hirschbiegel (La chute) peut compter sur un budget d'1,5 million d'euros par épisode. Par rapport aux 18 millions de dollars de l'épisode pilote de Boardwalk Empire, cela peut paraître modeste, mais, pour une série qui parle d'eurodéputés et de lobbystes, le budget frôle la munificence. Et le storyboard du scénographe danois David Drachmann est plutôt prometteur.

Au cœur de l'intrigue du premier épisode, trois ingrédients essentiels: des victimes (un camion fonce dans une foule réunie près du monument de Waterloo, provoquant un massacre), un policier (l'investigateur Luke Alexander, chargé d'enquêter sur ce prétendu accident) et une femme (l'irlandaise Catherine McIntyre, jeune eurodéputée).

Résumé de l'intrigue sur le site:

Luke et Catherine se retrouvent au centre d'un conflit aussi vieux que l'Europe, une lutte pour le pouvoir entre réseaux secrets. L'un de ces réseaux est issu de la Révolution française et se bat pour la liberté des hommes. L'autre est une sinistre trame de sociétés offshore, finance globale et pouvoirs occultes".

Le tournage aurait débuté en janvier 2012 et l'épisode pilote devrait donc être quasi terminé.

Faux départ

En fait, il n'en est rien: le projet Babylon, tel qu'il est présenté sur le site Euronoir, a cessé d'exister. Aucune information officielle n'a été donnée, pas même à la Commission européenne qui a déjà déboursé 60.000 euros. Chez Zentropa, on se limite à donner le nom d'un des nouveaux producteurs, Thomas Gammeltoft, qui dirige la société Eyeworks Fine & Mellow.

Joint par téléphone, ce dernier explique que le changement de production a été dicté par le partenaire principal du projet, Arte France.

Des nouveaux scénaristes ont été appelés (Peter Thorsboe et Mai Broström, auteurs des trois séries policières Unit One, L'Aigle dt The Protectors, qui leur ont valu autant d'Emmy Awards) ainsi qu'un nouveau producteur, le danois Ingolf Gabold, qui travaillera en équipe avec Gammeltoft et le français Claude Chelli (de Capa Drama).

Si le titre est censé rester le même, "on aura besoin d'au moins un an pour développer le nouveau projet", reconnait Gammeltoft.

Les choses sont en train de changer rapidement en Europe et nous pensons qu'il vaut mieux attendre afin de refléter le plus fidèlement possible ces changements dans la série, qui, au fond, sera une série politique".

Seule information concernant la nouvelle intrigue: l'histoire se passera en 2019.

Malgré ce faux départ, le projet Babylon témoigne d'un réel intérêt pour le potentiel narratif et télévisuel de l'univers UE.

"Eurobubble" financé par le crowdfunding

C'est ce même intérêt qui anime Yacine Kouhen et Charly Jourdan, créateurs de Eurobubble, première série consacrée à la "bulle européenne", autrement dit à toute cette faune foisonnant à l'intérieur et autour des institutions bruxelloises: eurodéputés vaniteux, lobbyistes impitoyables, stagiaires de premier ou deuxième niveau, fonctionnaires aux fonctions indéfinies…

Tous ces personnages, Yacine les avait déjà brossés dans un blog. "J'ai pensé presque tout de suite que ça pouvait devenir un série", raconte-t-il, "mais je ne savais pas avec qui la faire. Puis j'ai rencontré Charly, qui est réalisateur, je lui ai parlé du blog… c'est parti comme ça".

Pour financer le projet, les deux amis ont choisi la voie du crowdfunding: en moins d'un mois, ils ont récolté à travers le site Ulule les 5.000 euros dont ils avaient besoin pour démarrer. "On était agréablement surpris", reconnait Charly. "Cela prouve que l'intérêt existe".

Les gens attendaient quelque chose de ce genre"

confirme Yacine.

Je l'ai senti quand j'ai créé le blog, puis quand on a lancé le trailer".

Le casting a confirmé l'engouement général. "Les candidats étaient incroyablement motivés. Il y avait des acteurs, mais aussi des eurobubblers qui se reconnaissent dans les personnages. Et certains d'entre eux sont très bons devant la caméra", raconte Charly. Le tournage se terminera d'ici la fin d'octobre et sera suivi de plusieurs mois de postproduction. A la fin, treize ou quatorze épisodes verront le jour pour cette première saison, dont trois ou quatre "bonus".

Un univers fascinant

Si le cadre est le même que celui de Babylon, l'approche est radicalement différente. Etranger à l'analyse politique, le projet relève plutôt de l'étude sociologique :

La bulle européenne est un contexte unique au monde, que je trouve fascinant"

explique Yacine.

Voilà pourquoi les deux auteurs se sont éloignés de leur modèle initial, Bref de Canal +.

Le montage restera très dynamique, mais on a décidé d'étoffer un peu les personnages pour qu'on puisse s'y attacher, indépendamment du fait que ce sont des eurobubblers. Cela dit, il est clair que dans un premier temps on visera un public proche des personnages. Mais ce qu'on essaye de développer, c'est une série qui puisse parler à tout le monde"

Le projet, en tout cas, a déjà réussi à jeter un pont entre la "bulle" et le reste du pays, puisque plusieurs des acteurs sont Belges.

Eurobubble sera diffusée sur le web, mais pourrait trouver d'autres canaux de distribution: "Il y a déjà différents diffuseurs qui nous ont contactés", assure Yacine. "Pour nous, c'est une véritable aventure. Et pour l'instant tout va à merveille"




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