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Pourquoi le Nobel de la paix à l’Union européenne ?

vendredi, 12 octobre, 2012 - 16:54

En décernant à l'Union Européenne le Nobel de la Paix, le comité norvégien a, au moins, réussit un coup médiatique planétaire. La surprise est totale. Mais pourquoi avoir décerné ce prix à l'UE en 2012? Questions et réponses. 

Selon Alfred Nobel, ce prix récompense "la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix". Cela tombe bien, l'Union européenne se définissant, non seulement comme une "union" de pays, mais aussi, depuis le Traité de Rome, acte de naissance de la CEE en 1957, comme une "communauté". Il n'y a ainsi rien de choquant à ce qu'elle reçoive ce prix.

Lech Walesa, Nobel de la paix en 1983, se dit néanmoins "déçu" de l'attribution de cette récompense prestigieuse à une institution comme l'UE. L'ancien leader se Solidarnosc souligne à juste titre qu'il "existe dans ce monde beaucoup de cas d'engagement personnel", qui méritent prioritairement ce Nobel. A l'inverse l'UE n'a pas besoin de la protection symbolique de ce prix dans son combat pour la paix.

Le Nobel de la Paix est ainsi le plus souvent un hommage rendu pour une action précise, identifiée, comme le prix attribué à Muhammad Yunus (Bangladesh) en 2006 pour son combat en faveur du micro-crédit où celui délivré conjointement à Arafat, Perez et Rabin en 1994 pour l’ensemble du processus d’Oslo au Moyen-Orient.

Il y a aussi les prix d’encouragement à persévérer: ainsi le sacre de Lech Walesa, en 1983, deux ans après la normalisation en Pologne où celui de Barach Obama en 2009 pour sa politique de coopération entre les peuples.
Il y a également des hommages quasi-posthumes décernés après toute une vie de combat comme pour Mère Térésa en 1979 ou Andreï Sakharov en 1975.

Certains eurosceptiques seraient enclins à ranger dans cette catégorie de prix 2012 décerné à l’UE. Mais les optimistes peuvent à juste titre signaler que dix fois – sans compter les années de guerre mondiale – le Nobel de la paix n’a pas été attribué : 1973, 1967, 1966, 1956… Le prix à l'UE pour 2012, c'est donc toujours mieux que rien.

Pourquoi l'UE en 2012 ?

Mais pourquoi donc ce Nobel à l'Union européenne en 2012, à l'heure ou le divorce entre les citoyens européens et Bruxelles n'a jamais été aussi patent ?

Pour les millions de Grecs, d'Espagnols, de Portugais, d'Irlandais et de Français au chômage, le choix du comité d'Oslo aura un goût amer. Qu'a fait dernièrement l'Union européenne qui justifie cette médaille norvégienne? Question légitime pour les 18 millions d'Européens privés d'emploi dans la zone euro.

Et on entend déjà les souverainistes, populistes en tous genres, se gausser d'un prix de la Paix décerné à cette Europe honnie, responsable de toutes les maux qui accablent les victimes de la crise.

Alors, certes, la guerre entre les pays de l'Union est aujourd'hui oubliée, mais la paix ne se limite pas à l'absence de conflits armés entre Etats. La peste brune de retour en Grèce est de mauvais augure et en Espagne, on peut s'étonner que l'indignation reste non violente, tant la violence sociale est importante pour le quart de la population privé d'emploi.

Quel bénéfice politique ?

Le comité Nobel espère probablement donner à l’Union une impulsion politique au moment ou la crise économique sape ses fondements et où le monde se constitue en bloc régionaux qui se livrent une concurrence acharnée. "Continuez à resserrer vos liens en dépit du contexte" semble être son message de ce prix Nobel à l’heure où le vent mauvais du nationalisme et de la xénophobie souffle de nouveau sur le continent. Mais également "jouez collectivement un rôle plus fort" sur le théâtre international.

A cet égard, l’injonction significative est moins dans le "plus fort" que dans le "collectivement". Projeter ce prix dans l’avenir, saisir la balle au bond, c’est ce qu'a voulu exprimer Daniel Cohn Bendit dans sa réaction à la nouvelle venue d’Oslo. Selon lui, cet avenir collectif passe par une politique étrangère unifiée dont l’expression la plus symbolique serait l’attribution à l’UE d’un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU, France et Royaume-Uni cédant leurs sièges à l'UE.

Mais l'eurodéputé insiste aussi sur l’ADN du "modèle" européen en matière de progrès sociaux vers un monde meilleur. Cela passe pour lui par un fonds social d’amortissement de la crise qui ne laisserait pas au bord de la route toutes les populations victimes de la compétition internationale.

Autre souhait de Daniel Cohn Bendit dans la foulée du Nobel: la consécration de l’Europe "soft power" avec l’instauration d’un corps civil de paix, bras diplomatique non armé de l’Union s’appuyant sur un "service civique" généralisé.

Qui va recevoir le prix ?

Qui va, ou quels sont ceux qui vont venir le recevoir dans la capitale norvégienne? L’Union européenne étant une union d’Etats souverains, il serait logique que les 27 chefs d’Etat et de gouvernements en soient les récipiendaires. On l’imagine mal, car toute défection suffirait à brouiller le message d’union. Surtout, l’orgueil naturel des responsables des grands Etats – qui après tout peuvent prétendre un jour, à un titre ou à un autre, à cette consécration – paraît constituer un obstacle diplomatique important.

Mais l’Union européenne est également un ensemble d’institutions: le conseil, présidé par le Belge Herman van Rompuy, la Commission, présidée par le Portugais José Manuel Barroso, le Parlement, présidé par l’Allemand Martin Schulz. On pourrait imaginer ce trio à Oslo. Mais ne serait-ce pas consacrer la position des tenants d’une Europe fédérale et faire de l’ombre aux partisans de l’Europe des Nations que sont notamment la France et le Royaume-Uni?

Pour ces derniers, le véritable représentant de l’Union ne saurait être qu'Herman van Rompuy, le président du conseil des Chef d’Etat et de gouvernements. Mais celui dont un eurodéputé britannique eurosceptique disait cruellement qu'il avait "le charisme d’une serpillière humide" peut-il tenir ce rôle sans que le sacre de l’Union européenne prenne des allures de vaudeville?

Un homme désigné, non par le peuple, mais par ses pairs (il a été premier ministre belge) parce qu’il constituait à l’évidence le plus petit dénominateur politique commun, peut-il personnifier cette Union, si utile à l’humanité que le jury du Nobel vient de la sacrer championne 2012 de la paix?
 




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