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La vague jaune et noire va-t-elle engloutir la Belgique ?

lundi, 15 octobre, 2012 - 13:50

La victoire de l'Alliance néo-flamande (N-VA), aux élections municipales belges sont-elles aussi les dernières d'un pays dont les divisions s'accentuent de jour en jour? L'émergence d'une formation d'extrême-gauche souligne aussi le rejet des partis institutionnels belges.

"Vague jaune en Flandre, Révolution en Belgique" titre De Morgen le grand quotidien flamand. "Bart De Wever est le champion absolu en voix" clame De Standaard. "Un grand triomphe" pour Het Laatste Nieuws, et le Het Nieuwsblad de surenchérir: "le triomphe est total".  Quant à  Gazet van Antwerpen, principal journal d'Anvers, il barre sa Une d'un éclatant "Changement" (Verandering) qui divise un cliché de Bart De Wever acclamé par la foule et une photo de Patrick Janssens, bourgmestre (maire) sortant, pleurant sur une épaule amie.

On pourrait croire, en lisant ces titres, que l'on vient d'élire un premier ministre et non pas le maire d'une ville flamande, si importante soit-elle. C'est ce que tente de rappeler Francis Van de Woestyne dans son éditorial de La Libre Belgique de ce matin.

La victoire éclatante du populiste flamand, leader de l'Alliance néo-flamande (N-VA), a éclipsé toutes les autres réalités de ce scrutin municipal. Même si, comme souvent, les profondes divergences d'analyses de la presse francophone et de la presse néerlandophone donnent l'impression que l'on parle – déjà – de deux pays différents.

La N-VA populiste écrase l'extrême-droite et les socialistes

Pour les francophones de Belgique, il est temps de ne plus se voiler la face : la N-VA – Nieuw-Vlaamse Alliantie (Nouvelle Alliance Flamande) – avec ses 37,7 % et ses 23 sièges est devenu le premier parti d'Anvers. Une progression de 22 sièges pour le parti séparatiste qui en avait péniblement décroché un seul lors du précédent scrutin!

Le parti populiste flamand vient non seulement de mettre un terme à l'hégémonie socialiste, mais a aussi écrasé le parti d'extrême-droite Vlaams Belang (Intérêt flamand) qui avec ses 10,2 % et ses 5 sièges s'effondre littéralement: une chute vertigineuse de 23,3 % et de 15 sièges par rapport à 2006.

Même si à Gand, Hasselt ou Leuven, les coalitions socialistes et chrétiennes-démocrates en place tiennent bon, il serait vain d'ignorer la percée de la N-VA dans d'autres villes flamandes comme Saint-Nicolas, Geel, ou encore Halle, près de Bruxelles. Dans toutes ces communes, la N-VA rafle plus ou moins de 30 % des voix…

Ce 14 octobre, les Belges renouvelaient aussi leurs Députés et Conseillers provinciaux. Et sur les cinq provinces flamandes, trois ont connu une victoire éclatante de la N-VA : Anvers avec 35,9 %, le Brabant Flamand avec 25,8 % et la Flandre Orientale avec 26,1 % !.

Il est difficile à ce stade de prétendre que le phénomène ne concerne qu'Anvers, attirée à son habitude par une personnalité originale. Il s'agit ici d'un mouvement de fond, d'une vague nationaliste qui touche l'ensemble de la Flandre.

Marche vers Bruxelles ?

La N-VA n'a jamais caché ses intentions séparatistes : l'article 1 du manifeste de ce parti flamingant dénonce l'absence de démocratie de la construction belge et revendique l'autonomie de la Flandre. La N-VA se positionne clairement comme le "parti de et pour six millions de Flamands".

Dans son discours de dimanche soir, Bart De Wever a bien entendu souligné le caractère historique de ces résultats:

Ceci est un tournant dans l’histoire ! Non seulement nous égalons notre score monstre de 2010, mais nous avons été jusqu’à le dépasser. Personne ne s’attendait à ça. La N-VA n’est plus un géant avec des pieds de nain."

Mais surtout, il a balisé le parcours pour les toute prochaines années : "C’est à présent à nous de défendre le courant en Flandre, de la rue du Village à la rue de la Loi" a-t-il encore déclaré. La rue de la Loi étant l'adresse à Bruxelles du siège du gouvernement fédéral.

Et il a prévenu ce dernier sans ambiguïté :

Préparez avec nous la réforme confédérale. Prenez vos responsabilités !"

Cette réforme "confédérale" dont les francophones ne veulent pas entendre parler, c'est pour eux le dernier stade avant l'indépendance de la Flandre. Cette république indépendante de Flandre dont toute une partie de la population du Nord rêve depuis des décennies.

Bart De Wever, en excellent tribun populiste, joue en virtuose de ces mythes qui divisent le pays : un "gouvernement de taxes", des "transferts du Nord au Sud"… Une Flandre travailleuse qui paie pour une Wallonie "grévicultrice " (*) et toujours plus avide de subventions publiques : ces clichés taillés à la hache du nationalisme le plus obtus fonctionnent à merveille auprès d'un électorat de plus en plus large…

Le chef du gouvernement, le socialiste Elio Di Rupo, a beau railler De Wever et tenter de le réduire à des proportions locales purement anversoises : il sait qu'à moyen terme le poids des nationalistes flamands va lui mener la vie dure. Le Nord exigera de plus en plus d'autonomie. Certains Flamands ne cachent pas leur espoir : que ce gouvernement belge soit le dernier !

Un gouvernement sans pays ?

Autre résultat notable de ces élections communales de 2012 : une percée surprenante du PTB – Parti des Travailleurs de Belgique. Un parti marxiste qui, jusque-là, occupait des positions marginales dans le paysage politique belge.

Ce dimanche, il vient d'arracher la deuxième place à Herstal et à Seraing, deux communes de la région liégeoise. Il gagne aussi un siège au conseil communal de Liège. Et, surprise, son parti-frère flamand vient de remporter ses 4 premiers sièges à Anvers où il promet lui aussi de "mener la vie dure à Bart De Wever !"

Est-ce l'angoisse du lendemain alors que la crise européenne menace de s'approfondir ? Ou s'agit-il d'une polarisation croissante de la société belge, comme on a pu le constater aux Pays-Bas ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Mais tous les partis ont déjà en vue les prochaines élections législatives de 2014 qui promettent d'être passionnantes. Les précédentes avaient valu à la Belgique un record : celui du pays resté le plus longtemps sans gouvernement – 541 jours…

Les prochaines élections pourraient bien être l'occasion d'un autre record belgo-belge: un gouvernement sans pays!


(*) Belgicisme : se dit d'une personne ou d'une institution qui cultive la grève, qui en abuse.




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