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L’aide alimentaire à 18 millions d’exclus menacée par la rigueur

mardi, 16 octobre, 2012 - 17:38

Le programme européen d'aide alimentaire aux démunis est menacé. L'Allemagne notamment, ne veut plus payer. Ce n'est pas nouveau, mais les associations françaises s'inquiètent à l'heure des coupes budgétaires. Elles lancent un appel à la mobilisation citoyenne.

Si un nouveau programme [d'aide] n'est pas voté par les chefs d'Etat ou de gouvernement avant décembre 2012, notamment à l'occasion de la finalisation du budget européen pour les sept ans à venir, l'aide alimentaire à l'échelon européen disparaîtra totalement et irrémédiablement un an plus tard".

Le Collectif des banques alimentaires, la Croix-Rouge, les Restos du cœur et le Secours populaire lancent un appel à la mobilisation pour éviter une réduction drastique des aides alimentaires européennes. Bon an et surtout mal an, en ces temps de crise économique et sociale, 18 millions d’Européens peuvent se nourrir grâce au Programme européen d’aide aux démunis (PEAD) aujourd'hui toujours menacé.

Pour mobiliser l'opinion, ces associations demandent, notamment, aux citoyens européens de se filmer en faisant semblant de manger dans une assiette vide. Cette vidéo pouvant être postée sur le site theairfoodproject.com.

Aide peau de chagrin

Très concrètement, l'aide européenne aux plus démunis pourrait se réduire comme une peau de chagrin.
Ce n'est pas nouveau, mais l'échéance approche, le PEAD étant financé sur le budget de la PAC. Or le "cadre financier pluriannuel 2014-2020" de la politique agricole commune doit être adopté d'ici la fin de l'année.

L’aide alimentaire ne peut pas être cassée au moment où l’Europe en a le plus besoin"

prévient Olivier Berthe, le président des Restos du Cœur. "Sinon, les gens vont finir par désespérer de l’UE" renchérit Alain Seugé, son homologue à la Fédération française des banques alimentaires.

Grâce au PEAD, 480 millions d’euros de marchandises ont été redistribués dans ces pays par le PEAD en 2011, dont 73 millions dans l’Hexagone, soit environ 130 millions de repas. Selon ces quatre associations caritatives agréées pour recevoir l’aide européenne, cela représente un tiers des denrées alimentaires distribuées chaque année en France.

Solution provisoire

Déjà en novembre 2011, le programme européen qui subvient aux besoin des démunis dans 20 pays, avait été sauvé in extremis. Une "solution de transition" jusqu'en 2014 avait été négociée avec l'Allemagne opposée au principe d'un financement des "politiques sociales" par l'Union européenne. Sans ce compromis, ce sont 130 millions de repas qui n'auraient pu être distribués cette année par les seules associations françaises.

Mais l'Allemagne n'est pas seule dans cette offensive anti PEAD. Ce dispositif est également dans le collimateur de six Etats membres pour qui la politique sociale est une prérogative nationale: outre l'Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, le Danemark, la République tchèque et les Pays-Bas sont opposés à ce programme.

Coluche désavoué

Après 2014, l’aide alimentaire européenne risque ainsi d'être mise à portion congrue. Le projet de budget européen pour la période 2014-2020 prévoit d'allouer seulement 2,5 milliards d’euros à l’aide alimentaire, soit 1 milliard de moins qu'actuellement, et loin des 4,5 milliards nécessaires pour faire face au problème dans une Europe en crise.

C’est un minimum pour atteindre les objectifs du programme 'Europe against poverty', qui s'est fixé comme objectif une baisse de 25% de la pauvreté d’ici 2020"

estime Olivier Berthe.

Le compte à rebours a, en fait, commencé en avril 2011, quand la Cour de Justice de l'Union Européenne, saisie par Berlin, a décrété que les denrées distribuées par le PEAD ne seraient puisées que dans les stocks alimentaires existants et ne pouvaient plus être achetées sur le marché mondial.

Mauvaise ironie de l'histoire, c'est Coluche, choqué par les stocks de nourriture accumulés par une PAC sur-productive, qui avait fait appel en 1986 à Jacques Delors pour que les Restos du cœur bénéficient d'une aide alimentaire européenne…

Un Espagnol sur cinq sous le seuil de pauvreté

Lorsque le programme d'aide européen avait été mis en place en 1987, la part des financements directs de Bruxelles était marginale et ne servait qu’à compléter les stocks publics lorsque ceux-ci s’avéraient insuffisants.

Cependant, à la suite des réformes de la PAC, les stocks ont progressivement baissé, mais ils étaient compensés par des achats de denrées alimentaires pour les plus démunis sur le marché mondial.

Ainsi, en 2011, par manque d’excédents agricoles, l’Europe a remplacé l’aide par les stocks par une enveloppe représentant 1% du budget de la PAC, soit environ 500 millions d’euros.

Selon les estimations de Bruxelles,

43 millions de personnes dans l’UE sont menacées par la pauvreté alimentaire"

alors même que l’accès à l’alimentation est un objectif prioritaire de la PAC.

La Commission européenne, favorable au renforcement du programme d'aide, est soutenue par le Parlement européen ainsi que par les acteurs du caritatif, face à une minorité de sept pays qui refusent de faire évoluer le programme européen dans le bon sens.

Pourtant, dans certains pays européens l'aide alimentaire est plus que jamais une urgence sociale. Ainsi, 21,8% des Espagnols, soit plus d’un sur cinq, vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. Un chiffre semblable aux deux pays dont les populations sont les plus démunies de l’UE, la Roumanie (21,1%) et la Lettonie (21,3%) [source Eurostat].  




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