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L’Italie, toujours gangrenée par la corruption

mercredi, 17 octobre, 2012 - 15:52

Vingt après l’opération "mains propres" la corruption continue de gangréner les partis politiques. Celui de Berlusconi, le PDL, est au centre de multiples affaires de détournements de fonds publics. Les Italiens assistent désabusés à cette incurie d'une classe politique démonétisée. 

Quand ils ne sont pas arrêtés pour détournement de fonds publics, ils sont inculpés pour collusion avec la mafia. Depuis quelques mois, les juges italiens ne chôment pas. A Milan, Domenico Zambetti, conseiller régional du PDL, le parti fondé en 2008 par Silvio Berlusconi, a été arrêté pour complicité avec la pieuvre. En charge du logement pour la région de la Lombardie, il est accusé d’avoir acheté près de 4000 voix lors des élections locales de 2010 à cinquante euros le bulletin de vote.

Le scandale milanais touche aussi le très puissant gouverneur de la Lombardie. Soutenu par la Ligue du Nord et fervent catholique, Roberto Formigoni qui a fait vœu de chasteté, est soupçonné d’avoir été arrosé par l’homme d’affaires Pierangelo Dacco.

Jets privés, yacht et Caraïbes

Selon les magistrats en charge de l’enquête, la région lombarde n'aurait, en échange, pas lésiné sur les aides publiques à la clinique Maugeri appartenant à Pierangelo Dacco. Entre 2002 et 2011, cet établissement aurait bénéficié de 196 millions d’euros de financements régionaux. Une partie, destinée à participer aux dépenses de santé, aurait été déroutés sur les comptes personnels de Pierangelo Dacco, ami intime du gouverneur.
En retour, l’homme d’affaire aurait pris en charge les menues dépenses Roberto Formigoni, lui permettant ainsi de mener grand train: vacances aux Caraïbes, location d’avions privés et d’un yacht, week-end dans les grandes capitales européennes. Plus un peu d’argent de poche.

Lâché par la Ligue du Nord, harcelé par le PDL et le Parti démocrate, hué par ses concitoyens qui ont manifesté lundi dernier devant les locaux de la région, Roberto Formigoni a finalement rendu son tablier. Pour l’heure, le gouverneur démissionnaire n’a pas encore été mis en examen. Mais cela ne devrait pas tarder.

Batman champion des fausses factures

Au milieu de la botte, dans le Latium, un autre scandale de détournement de fonds publics a fait sauter tout le conseil régional. Au cœur de cette affaire: Franco Fiorito rebaptisé "Batman" par ses amis. Après avoir fricoté avec l’extrême-droite, cet homme qui mesure 1,90 mètres et pèse 170 kilos a été élu en 2008 chef du groupe parlementaire régional du PDL. A ce titre, il avait les clefs du coffre contenant 8 millions d’euros de fonds régionaux destinés aux "relations avec les électeurs".

Après avoir prélevé la bagatelle de 750.000 euros pour subvenir à ses besoins personnels, Batman avait aussi réglé les factures – fausses pour la plupart- de plusieurs conseillers régionaux membres de Pdl. Ainsi, certains conseillers se sont fait rembourser leurs notes de supermarché !

Bon vivant, Franco Fiorito organisait aussi des bals costumés où des politiciens, déguisés en légionnaires et sénateurs d’époque romaine, tripotaient des jeunes vestales. L’homme s’était aussi fait offrir un 4×4 et une Smart par le contribuable. Une erreur de casting, la voiture étant trop petite pour un homme de la taille et du poids de Batman!

Face à l’ampleur du scandale, la gouverneure Renata Polverini a été obligée de démissionner il y a dix jours. Sans être impliquée, cette femme sponsorisée par Silvio Berlusconi lors des élections de 2008 n’a pas eu le choix, les conseillers de l’opposition ayant menacé de jeter l’éponge pour la contraindre à quitter la scène politique. Une opposition qui a pourtant trop longtemps fermé les yeux sur ces détournements de Batman. Malversations qu'elle ne pouvait pas totalement ignorer.

Peine capitale virtuelle pour les politiciens véreux

La semaine dernière, un autre scandale a défrayé la chronique lorsque le ministre de l’Intérieur a décidé de dissoudre le conseil municipal de Reggio Calabria, chef lieu de la Calabre. Une région placée sous la coupe de la mafia qui a la main mise sur toute l’économie locale, à commencer par le traitement des déchets et le marché des fruits et légumes. En attendant les élections qui devraient avoir lieu d’ici un an et demi, l’administration sera confiée à un haut fonctionnaire nommé par le gouvernement de Mario Monti.

Les Italiens se disent las de cette corruption généralisée qui continue de gangréner les partis politiques vingt après l’opération "mains propres". Une lassitude qui risque de changer la donne pour les législatives en avril et, d'ici là, pour les régionales qui se tiendront probablement d’ici la fin de l’année dans le Latium pour renouveler le conseil régional démissionnaire.

Cette déliquescence des partis politiques ne peut que favoriser le mouvement "5 stelle", cinq étoiles, fondé l’an dernier par le comique génois Beppe Grillo. Réclamant la mise à mort virtuelle des politiciens véreux, ce mouvement représenté par des hommes et des femmes sans aucune expérience politique est déjà crédité de 17,2% d’intention de vote dans les sondages. Soit quasiment autant que le PDL qui plafonne autour des 18% après avoir longtemps dominé la vie politique transalpine, du temps de la splendeur du Cavaliere.  




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