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Séisme de l’Aquila: une « légèreté » très lourdement sanctionnée

jeudi, 25 octobre, 2012 - 15:48

La polémique bat son plein en Italie après la condamnation à six ans de prison ferme des experts de la commission "Grands risques". Ceux qui n'avaient pas vu venir le tremblement de terre de l'Aquila. Une peine très lourde pour sanctionner ce que le juge Billi qualifie de "légèreté"

Le ministre italien italien de l'environnement Corrado Clini ne mâche pas ses mots. A propos de la condamnation pour "imprudence" à six ans de prison des sept membres de la commission "grands risques" qui n'avaient pas vu venir le danger une semaine avant le séisme meurtrier de l'Aquila, il affirme que

l'unique précédent juridique à ce jugement est celui de Galilée"

Référence à la condamnation par la tribunal de "la Sainte Inquisition", le 22 juin 1633, de l'astronome italien qui affirmait trop péremptoirement que la terre tournait autour du soleil.

Un jugement probablement cassé

Tandis que la communauté scientifique mondiale s’indigne et affirme que les sismologues ne pourront plus faire bénéficier la société de leurs expertises, la classe politique italienne s’interroge. Et à l’instar du ministre de l’Environnement, certains députés estiment que le jugement sera inévitablement cassé en appel.

Reste que le juge Marco Billi pourrait avoir raison. Du moins si l’on s’en tient aux déclarations du magistrat et non pas aux informations relayées depuis trois jours par la presse italienne et internationale. Certes les motivations du verdict n’ont pas encore été publiées.

Mais selon les déclarations faites à la lecture du jugement, le magistrat n’aurait pas reproché aux accusés de ne pas avoir prédit le terrible séisme. De l’avis général, aucun tremblement de terre ne peut pas être effectivement prédit en l’état actuel des connaissances.

Des secousses d'avertissement

Selon Marco Billi, les experts et le vice-directeur de la Protection Civile, ont tout simplement péché par "légèreté" car ils n’ont pas suffisamment tenus compte des multiples secousses enregistrées durant les douze mois précédents. Des secousses d’une intensité inférieure à celle qui a détruit la ville de l’Aquila et rasé au sol des villages environnants dans la nuit du 6 avril 2009. Mais des secousses qui ont provoqué des fissures dans certains immeubles et suscité les inquiétudes de la population.

Craignant un séisme meurtrier, quelques habitants quitteront carrément la ville peu de temps avant la secousse assassine. Face à l’angoisse croissante des habitants de l’Aquila, la commission Grands Risques se réunira le 31 mars 2009 soit une semaine avant le tremblement de terre. Leurs conclusions seront les suivantes : pas de danger. D’où l’accusation de "légèreté".

Le technicien qui avait vu juste

Pour rendre son jugement, Marco Billi a aussi probablement tenu compte des avertissements lancés un mois avant le séisme par Giampaolo Giuliani. Pour ce technicien salarié du centre de recherches sismiques et géologiques basés aux pieds du mont Gran Sasso à quelques kilomètres de l’Aquila "la forte concentration de gaz radon" signalait l'imminence d'un fort séisme.

Mais Giuliani n’est pas un sismologue. Et par ailleurs, la communauté scientifique internationale a toujours refusé d’établir un rapprochement entre le radon et les tremblements de terre.

Pour faire appel, les condamnés devront attendre la publication des motivations du tribunal. Mais pour exprimer leur désarroi face à cette décision qui risque de créer avant tout un important précédent juridique, les membres de la Commission "Grands Risques" ont rendu leur tablier. Hier matin, le ministre de l’Environnement Corrado Clini a annoncé que le Conseil des ministres qui se réunira vendredi matin leur demandera de revenir sur leur décision.

Le gouvernement désavoue le juge

Une façon de désavouer officiellement le juge Billi et de rassurer une communauté scientifique très préoccupée. En parallèle, le Conseil national d’Ingénieurs italiens impliqué dans le domaine de la prévention des Grands Risques, a demandé au gouvernement d’intervenir en approuvant une loi "individualisant les degrés de responsabilités". Ce qui revient à demander à l’exécutif de rassurer les experts qui pourraient à l’avenir être accusés d’homicide volontaire en cas de tremblement de terre.

Cet appel du pied semble d’ailleurs avoir été bien entendu. Pour preuve, la déclaration faite ce matin par le ministre Clini:

On ne peut pas demander à des experts et des scientifiques d’assumer des responsabilités. On ne peut pas demander à une commission de techniciens et de scientifiques de prendre des décisions ».

Du coté des familles des victimes, des autorités régionales de l’Aquila et des magistrats, on se dit choqué par tout ce bruit. Le président de la Cour de Cassation de la région des Abruzzes, Ernesto Lupo a parlé de "réactions inciviles face à un verdict alors que les motivations du juge n’ont pas encore été publiée"




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