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L’austérité, un remède pire que le mal

vendredi, 9 novembre, 2012 - 14:45

Hier adeptes de la plus stricte rigueur budgétaire, les économistes du FMI sont désormais formels: l'austérité drastique prescrite en Europe est un remède pire que le mal. Elle tue inexorablement les pays malade de la dette. La raison: le ratio entre baisse des dépenses publiques et croissance servant de référence aux économistes est faux. Explications.

Les économistes du FMI ont tourné casaque. Ils ne prônent plus l'austérité à tous crins. Cette révolution idéologique s'est faite progressivement. Le temps n'est plus où les experts fonds monétaire préconisaient une stricte orthodoxie monétaire à l'allemande.

Dominique Strauss-Kahn, dès son arrivée à la tête de l'organisation internationale en 2007 avait mis en garde les Etats les plus lourdement frappés par la crise de la dette et leurs partenaires européens. Il faut, certes, mettre en œuvre une politique de désendettement, mais aller plus vite que la musique c'est foncer dans le mur. Chi va piano, va sano. Analyse partagée, peu ou prou, par Christine Lagarde, qui lui a succédé à la direction du FMI.

Fait nouveau, cette évolution fondamentale du Fonds monétaire repose désormais sur un ratio économique tangible. Dans une conjoncture hautement dégradée en Europe, le "multiplicateur budgétaire" sur lequel repose les prévisions de croissance, n'est plus de l'ordre de 0,5 comme on semble encore le croire encore à Paris, Bruxelles ou Francfort mais, comme le précise le dernier Rapport sur l'économie mondiale du FMI, il est nettement plus élevé.

Le multiplicateur qui tue

On peut y lire, dans un encadré passé inaperçu, si ce n'est par notre confrère suisse Le Temps, en page 41 que :

Le multiplicateur utilisé pour les prévisions de croissance a été systématiquement trop bas depuis la Grande dépression. Celui aujourd'hui utilisé implicitement est d'environ 0,5%. Le multiplicateur réel peut être, en fait, plus élevé, de l'ordre de 0,9 à 1,7%"

Et cela change totalement la donne. Cela signifie, très concrètement, que lorsqu'un pays réduit de 1% ses dépenses dans la protection sociale, les infrastructures, l'aide à la cherche, l'éducation… , la croissance va diminuer non pas de 0,5%, mais de 0,9 à 1,7%. L'écart est large, mais il est basé sur les données macro-économiques de 28 pays avec des niveaux d'endettement et de croissance divers.

Evidemment, plus l'économie d'un pays est fragile et plus son endettement est élevé plus le ratio est élevé. Ainsi pour la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Italie, c'est la spirale dépressive infernale. Les coupes budgétaires massives plongent ces pays dans la récession. Au dessus d'un "multiplicateur budgétaire" de 1%, les coupes budgétaires aggravent la situation économique.

Un cercle vicieux et infernal

On peut certes, comme le fait la Commission européenne, répondre que les Etats n'ont à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ils ont laissé filer la dette et provoqué la panique de leurs créanciers engendrant des taux de remboursement usuraires. Ainsi pour réduire la prime de risque, ils doivent désormais faire preuve de la plus stricte rigueur budgétaire en contrepartie d'une aide européenne.

Mais ce raisonnement ne mène nulle part. Plus la récession s'amplifie, plus les recettes fiscales diminuent, plus l'endettement public augmente. Outre une caution européenne sur leurs emprunts pour engendrer une baisse des taux, une des solutions reste bien, comme le préconise le FMI, un rééchelonnement des dettes.

Le très officiel Institut national de recherche économique et social britannique (National institute of economic and social research) vient de publier une étude allant dans le même sens que le FMI. Les auteurs ne s'embarrassent cependant pas des mêmes pudeurs diplomatiques que les économistes du Fonds monétaire international. Ils affirment que les politiques d'austérité radicale mise en œuvre en Europe sont "une folie collective".

Pour les économistes britanniques, 

Les plans de consolidation budgétaire qui sont mis en œuvre vont engendrer des ratios de dette publique plus élevés, et non moins élevés, en 2013 pour l'Union européenne en moyenne et pour presque tous les pays de l'UE individuellement".

Et d'ajouter:

Pourquoi cet assainissement budgétaire est beaucoup plus dommageable maintenant? Dans des circonstances normales, un resserrement de la politique budgétaire devrait engendrer un relâchement de la politique monétaire. Cependant, les taux d'intérêt étant déjà à des niveaux exceptionnellement bas, il est quasi impossible de baisser les taux d'intérêt (…) De plus, tous les pays mettant en même temps en œuvre une politique d'austérité, la production de chaque pays est réduite non seulement par l'assainissement budgétaire au niveau national, mais aussi par la baisse des échanges commerciaux avec d'autres pays".

Un cercle vraiment très vicieux. 




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