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Mario Monti et les Italiens: je t’aime, moi non plus

mercredi, 14 novembre, 2012 - 16:23

Il y a un an, Mario Monti prenait le gouvernail de l'Italie menacée de naufrage. Super Mario a redressé le cap, mais en ce jour de mobilisation syndicale en Europe contre l'austérité, l'homme à la barre de l'Italie doit faire face à un rejet de sa politique de rigueur. Mais il dispose pourtant d'un réel capital sympathie.

A Milan, la police a chargé les manifestants. A Brescia, plusieurs étudiants ont été blessés, certains grièvement. A Turin, des centaines de manifestants ont investi le centre des impôts et brulé des documents. Pour montrer leur colère contre les banques, ils ont occupé ensuite un chantier de l'institut de crédit Sanpaolo Intesa. Le drapeau de l'Union européenne a été brulé. A Rome, les manifestants ont marché sur le parlement, mais ils ont été bloqués par la police.

Ce mercredi 14 novembre, en Italie comme en Espagne, au Portugal, et, dans une moindre mesure, en France, des manifestations contre l'austérité ont été nombreuses. En Italie et en Espagne, pays particulièrement touchés par les coupes budgétaires, notamment dans les dépenses sociales, les heurts avec la police lors de cette "journée européenne d'action et de solidarité" ont été particulièrement violents.

De quoi gâcher le premier anniversaire de Mario Monti à la tête de l'Italie fêté deux jours plus tôt.

C’était le 12 novembre 2011. Après avoir régné pendant dix ans sur l’Italie à titre de Président du Conseil et conduit le pays à deux doigts de la faillite, Silvio Berlusconi jetait l’éponge. Trois jours plus tard, l’ancien commissaire européen pour la Concurrence Mario Monti prêtait serment devant le chef de l’Etat Giorgio Napolitano. L’opération, selon certaines sources, aurait été préparée trois mois auparavant avec le soutien des marchés et de l’Union européenne pour éviter que l’Italie se fasse dévorer à la sauce grecque.

Retour de la confiance

Depuis, un an a passé. Malgré deux cures d’austérité, des malaises sociaux évidents et l’annonce de nouvelles coupes budgétaires, Mario Monti a conservé un bon capital sympathie. Pour preuve, certains partis politiques comme les centristes, voire même le Parti démocrate (PD, social démocrate) pourraient lui demander de rester aux commandes du paquebot Italie après les législatives d’avril prochain.
Sur le plan économique, les indicateurs toutefois ne sont pas au beau fixe. Notamment en ce qui concerne le PIB (-2,3%), le chômage (10,8%) et une baisse de la consommation évidente (-2,8%) . Selon "Super Mario", le pays devrait toutefois renouer avec la croissance à partir de l’an prochain.

Malgré ces mauvaises notes, le gouvernement de technocrates de l’ancien commissaire européen a restauré la confiance des investisseurs et surtout, des marchés. L’image d’une Italie alignée sur la Grèce ne fait plus la une des bulletins économiques et financiers même si certaines agences de notation agitent régulièrement un bonnet d’âne façon bâton.

Cure sévère pour les retraités et chômeurs

Concernant les "grands travaux " de rénovation de l'économie italienne, le gouvernement Monti a bouclé trois dossiers importants.
D’abord, la réforme des retraites avec le rehaussement de l’âge du départ en retraite. Pour dire adieu à leurs collègues, les femmes devront avoir versé 41 annuités, les hommes 42 plus un mois. L’Italie étant dotée d’un système à deux vitesses avec les retraites d’ancienneté et les retraites dites de vieillesse, l’âge du départ en retraite n’est cependant toujours pas égal pour tous les Italiens. En moyenne les Italiens quittent la vie active à 65 ans.

En ce qui concerne la réforme de l’Emploi, là encore les Italiens ont mal digéré la cure Monti. En premier lieu, Super Mario a éliminé le fameux article 18 du code du Travail qui réglementait les licenciements depuis 36 ans. L’idée étant de favoriser la flexibilité, pas question de conserver un article limitant la marge de manœuvre des entreprises ayant plus de 15 salariés. Même si en Italie, cet article concerne seulement 3% des entreprises. 

Enfin, la réforme sur la dérégulation de certains métiers a suscité la colère notamment des chauffeurs de taxi et des pharmaciens qui n’ont plus le monopole sur tous les médicaments, certains pouvant être vendus désormais en parapharmacie et dans les grandes surfaces.

Sur la politique étrangère, Mario Monti a redoré le blason d’un pays dont la réputation avait été largement entachée par les scandales et les multiples frasques de Silvio Berlusconi. Au point d’ailleurs que plusieurs leaders européens, à commencer par François Hollande et Angela Merkel sans parler de David Cameron, souhaiterait qu’il conserve la direction de la péninsule après les législatives d’avril 2013. 

Offensive anti-corruption

Tout comme les marchés, l’Union Européenne et les institutions financières internationales les dirigeants européens craignent par-dessus tout que les partis politiques affaiblis par les scandales et un manque de savoir faire évident en matière d’économie ne jouent les démolisseurs.

En matière de justice, le parlement habitué depuis dix ans à voter au pas de charge des lois spéciales pour permettre à Silvio Berlusconi d’échapper à la justice a dû changer son fusil d’épaule. Pour preuve, la loi anticorruption.

Bien qu’incomplète, elle constitue toutefois un premier pas, les sanctions pénales ayant été doublées pour décourager corrupteurs et corrompus. En outre, le parlement a approuvé un projet de loi interdisant aux personnes condamnées d’être élues.
De même, les services fiscaux ont considérablement renforcé leurs contrôles et réduit la fraude et l'évasion des capitaux.

Début de reprise

A cinq mois des élections législatives qui devraient rendre le pouvoir à la classe politique après une parenthèse d’un an avec les technocrates, l’Italie est donc redevenue présentable. Certes, toutes les difficultés économiques n’ont pas été aplanies mais la situation n’est plus aussi dramatique qu’en 2011.

Mais le retour sur la scène italienne des investissements étrangers qui ont doublé en octobre pour la première fois depuis un an et la relance des exportations marque un début de reprise. Reste à savoir si Mario Monti sera toujours à la barre après les législatives d'avril.




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