Connexion

Syndicate content

UMP: la droite française à l’heure de l’euro-populisme

lundi, 26 novembre, 2012 - 15:43

Le duel à mort entre François Fillon et Jean-François Copé, c'est aussi la fracture entre deux droites. Une droite nationale sans tabou vis-à-vis du FN et une droite européenne, libérale, ouverte sur le monde. Ailleurs en Europe, la ligne jaune entre les partis conservateurs et l'extrême droite est fluctuante.

Chronique sur RFI - Les conservateurs et l'Extreme droite by Myeurop

C'est la lutte finale entre Jean-François Copé et François Fillon. C'est aussi la fin pour l'UMP, du moins dans sa configuration actuelle. Devenue une Union des Mauvais Perdants, l'UMP ne peut plus mettre sous le boisseau ses profonde divergences, notamment sur la question fondamentale d'une éventuelle alliance électorale avec le Front National.

Non seulement lors de scrutins locaux, mais aussi, si nécessaire, au second tour des présidentielles. Les deux prétendants à la présidence de l'UMP, poste sensé être un marchepied pour l'Elysée en 2017, ont tranché ce nœud gordien en se déclarant la guerre sans limite. Aujourd'hui ou demain, c'était inévitable.

Combat des chefs, mais aussi catharsis pour un parti et ses militants. Entre ceux favorables à une alliance avec les centristes et ceux partisans d'un accord avec le FN, l'union s'est défaite.

Une désunion d'autant plus inexorable que, comme ne se prive évidemment pas de le souligner Jean-Louis Borloo,

L'UMP est confrontée à cette fracture des deux fois 50%. Et au-delà des problèmes d'appareil, au-delà des parlementaires, fondamentalement et sociologiquement, nous assistons à une réorganisation de la vie politique de notre pays".

Pour le président de l'Union des Indépendants (UDI), l'occasion est trop belle pour renforcer les troupes de son nouveau parti centriste qui se veut une "terre d'accueil" pour les fillonistes.

Une ligne jaune franchissable

Si l'UMP survit tant bien que mal en restant sous la coupe des partisans de Jean-François Copé, le Front national va, quant à lui, pouvoir faire alliance avec cette partie de la droite républicaine. C'est du pain bénit pour Marine Le Pen dans sa stratégie de dédiabolisation du FN.

La carte politique à droite se composerait ainsi, comme au temps du RPR et de l'UDF, d'une droite libérale ouverte sur l'Europe et le monde et d'une autre, foncièrement conservatrice, nationale et frileuse, voire hostile, vis-à-vis de l'Europe. Avec cependant une nuance de taille: encore imprégné des valeurs gaullistes, le RPR de Jacques Chirac avait imposé une ligne jaune infranchissable avec le FN.

Il n'y a pas qu'en France que se pose cette question des relations entre les conservateurs et l'extrême droite. Ce terme "extrême-droite" est d'ailleurs sujet à controverse puisque les partis ainsi désignés rejettent pour la plupart cette qualification qu'ils jugent discriminante.

Ce dont il s'agit ce sont toutes ces formations à discours populiste et à tendance xénophobe, nationaliste, antieuropéenne prônant des solutions radicales par rapport aux partis dits "classiques".

En Europe, les situations sont très diversifiées. Il y a des pays où l'extrême droite est pratiquement inexistante comme en Espagne. Il y a des pays où elle est marginale comme en Allemagne ou au Royaume-Uni et où les partis conservateurs se refusent à toute discussion.

Lorsque l'extrême-droite est plus parlementaire – donc plus "présentable" – certains pays, comme la Belgique, pratiquent une politique de "cordon sanitaire" (union nationale contre les extrémistes); d'autres, comme l'Italie, voient la droite classique former sans hésiter des coalitions avec des formations à tendance xénophobe.

Pacte avec le diable en Autriche

En Europe du nord, notamment aux Pays-Bas et au Danemark, les populistes ont longtemps soutenu des coalitions libérales ou conservatrices. En Suède, ce soutien est beaucoup plus épisodique. Enfin, des conservateurs ont véritablement "pactisé avec le diable" en Grèce et surtout en Autriche.

Car l'Autriche est vraiment le premier pays – dès 2000 – à avoir franchi le pas avec la formation d'une coalition "noire-bleue" entre les conservateurs et le FPÖ national-populiste de Jörg Haider. Cette coalition avait suscité un tollé dans une Europe qui n'avait pas hésité à mettre l'Autriche au ban des pays-membres. Sans résultat pratique puisque l'alliance se prolongera jusqu'à l'avènement de la grande coalition entre socio-démocrates et conservateurs en 2007.

Islamophobie en Italie, Aube dorée en Grèce

L'Italie serait également un pays pionnier en la matière si l'on considère l'alliance, dès 1994, entre le parti de Silvio Berlusconi et la Ligue du nord d'Umberto Bossi. Mais, à l'époque, la ligue était plus un parti régionaliste que réellement populiste.

Et sa radicalisation islamophobe et anti-immigration de la fin des années 2000 ne suffit pas, pour certains, à en faire un parti d'extrême droite. Quoiqu'il en soit, depuis la fin du gouvernement Berlusconi en 2011, la Ligue du Nord se considère dans l'opposition.

Depuis la fin du régime des colonels, en 1974, la Grèce n'avait plus connu de phénomène d'extrême-droite significatif. On les a vus réapparaître au début des années 2000 avec l'Alliance populaire orthodoxe (Laos). Celle-ci a vécu une brève expérience gouvernementale quand, en pleine crise de la dette, le technocrate Loukas Papademos a fait rentrer dans son gouvernement d'Union nationale deux députés du Laos, en novembre 2011.

L'expérience a pris fin en mai 2012 quand le parti a été laminé aux élections législatives. Celles-ci ont vu l'avènement d'une nouvelle formation – l'Aube dorée – encore plus marquée à droite. Mais elle reste dans l'opposition.

Le chat et la souris en Scandinavie

A Stockholm, les démocrates de Suède – qui sont en fait nationalistes – ont fait leur entrée au Parlement en 2010 et, depuis, ils jouent au chat et à la souris avec le gouvernement minoritaire du conservateur Fredrik Reinfeldt. Ce dernier refuse clairement tout dialogue avec l'extrême droite mais profite parfois de son soutien lorsqu'il a contre lui toute la gauche.

Au Danemark, il y a moins d'ambiguïté puisque le parti du peuple danois, islamophobe et anti-européen, a servi pendant dix ans de force d'appoint aux coalitions libérales-conservatrices. Il a été écarté de toute influence depuis l'arrivée au pouvoir du centre-gauche en 2011.

Aux Pays-Bas, Wilders n'est plus faiseur de roi

L'influence des populistes est encore plus forte aux Pays-Bas. Ou du moins l'a été puisque le Parti de la liberté de Geert Wilders n'est plus en mesure, depuis septembre dernier, de dicter ses conditions au gouvernement du libéral Mark Rutte.
Entre 2010 et 2011, Wilders, fort de ses 15% de députés à la Chambre, avait apporté son soutien à la coalition de droite. Mais il a également décidé de faire chuter le gouvernement en avril dernier en refusant l'austérité imposée – dixit Wilders – par Bruxelles.

L'extrême régionalisme de la Belgique

Depuis quelques années, l'extrême-droite est très puissante en Flandres. Le Vlaams Belang, xénophobe et indépendantiste, a été longtemps le deuxième parti de la province mais il a beaucoup reculé, ces dernières années, au profit de l'Alliance Néo-Flamande de Bart de Wever, la NVA. Le discours nationaliste et indépendantiste de ce parti séduit même si la NVA ne saurait, à la différence du Vlams Belang, être taxée de xénophobie.

Toujours est-il que les partis conservateurs traditionnels en Flandres ont toujours opté, quand ils le pouvaient, pour la politique du "cordon sanitaire", c'est à dire celle de coalitions anti-extrêmes.

Celles-ci ont fonctionné dans les grandes villes, notamment Anvers, jusqu'au raz de marée nationaliste d'octobre dernier. Et c'est ce qui a valu aux Belges 500 jours sans gouvernement en 2010-2011 puisqu'il s'agissait de faire barrage à Bart de Wewer.

En somme, les relations droite / extrême-droite ont tendance à se distendre depuis quelques mois dans presque tous les pays où elles existaient: Autriche, Italie, Danemark, Grèce, Pays-Bas. Et aujourd'hui, si l'on exclut la radicalisation droitière de la Hongrie de Viktor Orban, plus aucune formation d'extrême droite ne siège dans un gouvernement européen.  




Pays