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Mario Monti tente une OPA sur le système politique italien

lundi, 24 décembre, 2012 - 11:18

L'actuel président du Conseil a accepté de chapeauter une liste présentée par les centristes aux législatives du 25 février prochain. Sur le papier, il a peu de chances d’être élu, mais il escompte susciter un mouvement de ralliement venu aussi bien de la droite berlusconienne que de la gauche de Pierluigi Bersani. 

Mario Monti a choisi : il sera candidat à sa propre succession. Mais sans participer à la compétition électorale le 25 février prochain. « Je ne m'aligne sur personne mais je suis prêt à encourager et même guider les forces qui le souhaiteraient. Et si les circonstances le veulent, je suis prêt à accepter les responsabilités qui me seront confiées par le parlement» a déclaré Mario Monti à l’occasion de sa conférence de presse de fin d’année.

Sénateur à vie mais pas président

L’ancien commissaire européen a un problème : sa nomination de sénateur à vie qui l’empêche de se présenter aux législatives puisqu’il siège déjà au sénat à titre permanent. Il pourrait certes démissionner mais la chose serait mal perçue. « Etre nommé sénateur à vie en Italie est un honneur, y renoncer une claque à la République » explique le sénateur démocrate Luigi Vimercati.

Alors qu’il réfléchissait, le parti démocrate lui avait proposé d’occuper le poste de chef de l’Etat qui se libère en avril prochain pour le convaincre de ne pas participer à la course. Trop peu pour Mario Monti, le président de la République italienne n’ayant pratiquement aucun pouvoir. Sauf en période de crise comme l’a démontré Giorgio Napolitano qui a réussit à déboulonner l’indéboulonnable Silvio Berlusconi au plus fort de la crise en novembre 2011.

L'appel de l'Europe

Et puis, les pressions des partenaires européens, des marchés et des Etats-Unis qui considèrent « Angela Merkel comme politiquement morte, François Hollande inutile et Mario Monti comme l’unique interlocuteur possible pour sauver l’euro » affirme un sénateur italien sous couvert d’anonymat, ont flatté l’ancien commissaire européen. Du coup, le professeur s’est dit prêt à rempiler.

La seule façon pour Mario Monti de contourner l’écueil de son titre de sénateur à vie est d’être présentée par des partis politiques proches de ses idées et de sa vision de l’état et de l’économie. Cela tombe bien, c’est justement le profil des centristes qui le courtisent depuis des mois. Chapeautée par l’industriel Luca Cordero Di Montezemolo, président de Ferrari, et deux ex alliés centristes de Silvio Berlusconi, cette coalition de modérés proches des mouvances catholiques, devrait composer une liste électorale portant le nom de Mario Monti.

Un agenda axé sur la compétitivité et l'équité

Elle s’appuiera sur le programme concocté par l’ancien commissaire européen. Intitulé « L’agenda pour changer l’Italie et réformer l’Europe », ce programme a pour objectif, de consolider les grands travaux du gouvernement de technocrates en introduisant de nouvelles réformes. Notamment au niveau de l’emploi et des libéralisations pour relancer la croissance et la compétitivité en perte de vitesse.

Le président du Conseil italien a aussi évoqué le mot équité ce qui pourrait vouloir dire taxe sur les grandes fortunes. Mais dans une version certainement plus soft que le modèle adopté par le gouvernement Ayrault pour éviter de faire fuir les grands capitaux. Enfin, Mario Monti veut aussi renforcer le rôle de l’Italie en Europe en garantissant aux partenaires la stabilité de la péninsule grâce à une ultérieure remise à plat des points faibles de l’économie transalpine. Soit le contraire de Silvio Berlusconi qui pour des raisons électorales, a promis d’abolir la taxe foncière réintroduite l’an dernier par l’exécutif de technocrates.

Défections à droite et à gauche

C’est d’ailleurs ce que Mario Monti a dénoncé durant la conférence de presse. A plusieurs reprises, il a attaqué son prédécesseur allant jusqu’à dire qu’il a « du mal à le suivre et à comprendre la logique se ses idées ». Notamment en ce qui concerne les déclarations du Cavaliere sur l’économie. « On ne peut pas hypothéquer l’avenir des jeunes et faire des promesses faciles juste pour être élu » a déclaré Mario Monti.

Dimanche après-midi, les centristes applaudissaient la décision de Mario Monti en avouant qu’ils approuvent son programme bien qu’ils ne l’aient pas encore lu. Faire référence, sur leurs listes électorales, à celui qui est soutenu par l’union européenne et les marchés vaut tous les programmes !

A gauche en revanche, les démocrates ont pris leurs distances. « L’Italie frappée de plein fouet par la crise sur le plan social a besoin d’un changement » a déclaré Pierluigi Bersani secrétaire général du parti démocrate. La droite berlusconienne quant à elle a immédiatement pris la défense de son chef. « Le système Monti est basé sur la taxation, la croissance est en dessous de zéro et les indicateurs sont tous négatifs » a déclaré Angelino Alfano secrétaire du Pdl.

Des prises de positions convenues qui ne parviennent pas à faire oublier les défections, à droite de Franco Frattini, l'ancien ministre des affaires étrangères de Silvio Berlusconi et, à gauche, celle de Pietro Ichino, un des caciques du parti démocrate de Bersani. Tous deux choisissent Monti.
 




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